« 24 mesures » : Un cri dans la nuit

Jalil Lespert, sortie 5 décembre 2007
Il existe une avant-première du film le jeudi 29 novembre 20h au MK2 Quai de Loire!!!


Bien que les gros plans composent plus de la moitié du film, cest un film sur le son, sur la musique, 24 mesures parce que le jazz en a douze et que le réalisateur Jalil Lespert l’ignorait mais il a conservé quand même le titre. Tout comme, il a écrit le scénario avec un écrivain (Yann Apperry) mais ils se sont contentés de définir chaque personnage et de poursuivre en écriture automatique, de «faire confiance à la force de linconscient», cest lui qui le dit (interview du dossier de presse). On comprend que le rationnel nest pas le souci du film. En revanche, le film culte prémédité est lobjectif inavoué du film, Jalil Lespert est un acteur et un cinéphile, tout dans ce film est référencé et ostentatoire, excessif, chaotique, emphatique.
Un chauffeur de taxi (un « Taxi driver » névrosé dont on retrouve le don pour le monologue), Didier (Benoit Magimel), enlisé dans léchec, rivé à son chapelet, se paye avec de largent volé une nuit idéale avec une prostituée droguée à qui il donne un mini-scénario. Dentrée, cest encore raté, il voulait soffrir une danseuse brune mais il se fait virer de son club, il se contentera dune blonde qui monte dans son taxi. La fausse blonde, cest Helly (Lubna Azabal), le personnage transversal principal du film, celle qui rencontre les autres personnages dun film choral à la structure éclatée, un peu genre « 21 grammes ».

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La première scène colle au personnage de Helly, épuisée, maltraitée, elle rhabille un corps beau mais fatigué, la tignasse jaune emmêlée, les racines noires, se traînant dun faux mac tatoué et brutal à un type odieux et rustre, gérant dune boite, pour extorquer une permission, un emploi de danseuse, de largent pour Noël. Sur place, la nourrice lui claque la porte au nez, elle ne peut pas voir son fils la veille de Noël, pas même lui donner son cadeau.
 

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Didier emmène Helly, en manque de son enfant, voir son père agonisant. Quand il se tire une balle dans la tête après cette nuit quil aurait voulu de rêve, Helly essaye de téléphoner à son fils dune cabine publique. En en sortant, elle est renversée par une voiture, deux chocs assourdissants en deux minutes, belote et rebelote (ça fait beaucoup…). Plus tard, on refilme la scène mais cette fois-ci, cest côté conductrice, arrivée du troisième personnage, Marie (Bérangère Allaux), androgyne, gay (Clothilde Hesme dans le petit rôle de la compagne), celle-ci va régler ses comptes avec sa mère (Marisa Berenson). Quatrième personnage greffé au film : le musicien de jazz Chris (Sami Bouajila), là, je nai pas bien compris de quel manque il souffrait à moins quil ne sagisse dun plein, dun trop plein de jazz sur la musique dArchie Shepp***, légende du jazz New-Yorkais, présent également dans le film. En tout cas, il semble que Chris ait été sauvé par la musique. Et le scénario lacunaire du film aussi sans doute.

Les images obèses, dilatées, stroboscopées, floutées, voyantes, malmenées saturent lécran pour servir finalement le son, la musique, de dure et stridente, syncopée au début, deviendra mélodique à la fin, correspondant à lapaisement des personnages trouvant leur salut ou leur fin en une nuit, 24 heures la nuit du 24 décembre, Noël, 24 mesures. Les pleurs, les prières, le cri de Magimel sont emblématiques du film, lacteur livre une prestation magnifique, un peu dans le genre de « Déjà mort » où il était génial (dans un film génial), avec une touche pathétique dun personnage si désespéré quil ne craint plus le ridicule. Didier et Helly correspondent au type de personnage prisé par le réalisateur : beau mais usé, déglingué, détruit de l’intérieur. Quand Magimel disparaît à mi-film, cest le deuil pour tout le monde, le spectateur surtout. Ensuite, le film se dilue, se délite jusquau final, et la caractérisation des personnages, malgré quelques belles prestations isolées des acteurs, ne suffit plus à pallier les carences du scénario. Un réalisateur doué dont le premier film n’évite pas l’écueil de privilégier ce qui se voit : la forme, si choc soit-elle, ne remplace pas la structure, le fond, les fondations.

Taillé pour être le film branché de lannée, il suscitera sûrement des polémiques, ce coup de poing émotionnel, tellement volontaire et démonstratif, cette énergie du désespoir surexposée, vont-ils pourtant laisser certains spectateurs de marbre?

Ce film a été présenté à la dernière Mostra de Venise dans la Semaine de la critique où il a reçu un fort bon accueil.

*** Le jeudi 29 novembre, il y aura au « Triptyque » (142, rue Montmartre à paris (2°) à partir de 22h30, un concert privé d’Archie Shepp pour fêter l’avant-première officielle du film.

 

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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