« A Deriva » : fin d’été à Búzios + notes sur « Nobody knows about persian cats »

Heitor Dhalia, Bahman Ghobadi, Cannes 2009, Un Certain regard, sortie 9 septembre et 23 décembre 2009

 

Je suis allée hier voir deux films de la section Un Certain regard reprise au cinéma Reflet Médicis dont un que je voulais voir en particulier pour plusieurs raisons « A Deriva » d’Heitor Dhalia : d’abord, parce que j’aime le Brésil et le cinéma brésilien, ensuite, parce que j’avais eu l’occasion à Cannes de les rencontrer sur la plage Orange, le réalisateur Heitor Dhalia et son actrice principale Debora Bloch, star de la telenovela au Brésil. On n’en finira pas de s’étonner combien le contact avec les brésiliens est facile, combien ils sont ouverts et généreux. Alors que tant le réalisateur et sa scénariste que Deborah Bloch étaient surchargés d’interviews à la chaîne (pour eux), de séances de photos pro (pour elle), ils ont pris un moment pour bavarder, poser, demandant même l’adresse du blog! 

 



Vincent Cassel au générique, Fernando Meirelles comme coproducteur, un lieu magique :
Búzios et ses plages, sorte de Saint Tropez (en sympa) à deux heures et des poussières de Rio de Janeiro, un lieu que je connais bien de surcroît pour y avoir passé des vacances et même le réveillon du passage à l’an 2000. Búzios immortalisé par Brigitte Bardot dans les années 60 dont la ville possède même sa statue, un cinéma à son nom et une promenade Bardot sur la mer… Et je dois dire qu’on plonge dans cette presqu’île de Búzios aux 36 plages et au paysage très différent des plages cartes postales sable et cocotiers de Bahia, du Nordeste, par exemple : relief rocailleux, grimpettes, végétation proche du maquis, petites criques et plages de sables, un paysage plus arride qu’on peut le fantasmer vu de Paris. En cela, regarder « A Deriva », c’est aller passer deux heures à Búzios… Malheureusement, ce premier film, bien que possédant beaucoup d’atouts au départ, ne convainct pas.Le projet du film est visiblement de créer une ambiance un peu dans le genre de « La Piscine » de Deray ou/et de « L’Année des méduses » (reproduisant un peu le tandem Valérie Kaprisky et sa mère Caroline Cellier) s’agissant de Filipa, l’adolescente héroïne du récit, à la fois spectatrice et actrice d’un été à

Búzios où elle va passer de l’adolescence à l’âge adulte, où ses parents vont se séparer, où elle va se frotter aux mensonges et infidélités des adultes.
—–
 


photo Universal

Avec son père Mathias (Vincent Cassel), dès le départ, Filipa a des relations tellement limites qu’on peine à penser que ce n’est pas plutôt le second mari de sa mère, un beau-père qu’elle adore et qu’elle allume perversement, se comportant en Lolita. La mère Clarice (Debora Bloch), vue au départ comme une femme trompée par son mari avec Angela, une belle américaine, semble à la dérive, agressive, alcoolique, sarcastique. Le couple a de nombreuses disputes que Filipa impute à la liaison de Mathias avec Angela (Camilla Belle), pourtant, petit à petit, on se rend compte que ce n’est pas Clarice la victime de Mathias mais plutôt l’inverse car c’est elle qui veut divorcer, ayant rencontré un autre homme… Mais cette volonté de rupture de Clarice, en aimant « un autre », n’est que la conséquence de l’accumulation des infidélités, des déceptions, de l’usure installée dans ce couple tentant de recoller les morceaux, trop tard… Sur ce schéma de délitement de la cellule familiale, Filipa teste son pouvoir, cherche son identité, sa place sur la photo, cruelle avec son petit ami, espionnant la maîtresse de son père, compatissante avec sa mère, elle s’initie douloureusement au monde des désirs adultes, des trahisons, des mensonges, n’en saisissant pas la logique.
Les relations de Filippa avec son père sont quasi-incestueuses et c’est posé ainsi, débutant et finissant par Filippa et son père faisant la planche sur l’eau. Vincent Cassel, parlant lui-même en portugais, très bien d’ailleurs, n’est pas convaincant en père de famille, mal à l’aise, pas non plus en époux infidèle et trompé, ses capacités de grand acteur n’étant absolument pas exploitées, on filme parfois gratuitement son regard inquiétant qui n’aura aucun impact sur le récit puisqu’il joue un homme gentil et faible, un écrivain banal exorcisant ses problèmes conjugaux en écrivant un roman, point final. Seule pépite : Debora Bloch, vraiment crédible, grande actrice, une découverte.

Beaucoup (trop) de plans sous l’eau, dans l’eau, pour justifier le titre? Pour participer à une ambiance oppressante, inquiétante, jamais atteinte malgré les tentatives mais dont on sent bien la volonté? En voulant incorporer de bons sentiments, banaliser les conflits, on tourne le dos à une ambiance d’angoisse pourtant créée en images : parti tendance thriller, le film se dilue dans la banalisation de problèmes conjugaux, familiaux, où personne n’est ni méchant ni gentil, où la description de la vraie vie reprend le dessus. Ca donne un film hybride, pas assez audacieux, n’ayant pas choisi son camp, son style, un film brouillon dont on sent bien le projet film d’ambiance qui a été grignoté, rattrappé par la description du quotidien, changeant son fusil d’épaule en cours de route.

 

2 remarques, d’abord, c’est rare qu’on montre en France des films brésiliens où évolue cette catégorie sociale de bourgeois aisés de Sao Paolo passant leurs vacances dans une station balnéaire à la mode, en cela, c’est bien qu’on voit aussi cette tranche de population qui existe, même minoritairement, au Brésil. Ensuite, on se demande à quelle période se passe le film quand l’écrivain tape sur une vieille machine à écrire et qu’il n’existe pas de téléphones portables… 

    
Heitor Dhalia, Debora Bloch sur la plage Orange à Cannes, mai 2009, lire mon billet + photos sur www.cinemaniacannes.fr…
Second film vu hier dans la reprise d’Un Certain regard : « No one knows about persian cats » de Bahman Ghobadi : prix ex-aequo du jury 2009. 

  

Tiré d’une histoire vraie, c’est une fiction documentaire sur la difficulté insensée de faire de la musique underground en Iran. A Téhéran, à leur sortie de prison, un jeune couple de musiciens, las de jouer dans la clandestinité, décide de monter un groupe et d’émigrer en Europe mais, pour cela, il leur faut un passeport, un visa, et beaucoup d’argent pour se les procurer chez un faussaire… Description du quotidien oppressant dans l’Iran de la république islamique où tout est interdit, réprimé, graver un film américain et même sortir son chien en voiture, où seul le désir de faire de la musique décuple les forces pour espérer (aux séquences musicales correspond une succession d’images de la ville en accéléré). Attachant, tourné dans la clandestinité, un peu artisanal, ce film, paradoxalement plein de vie, a le mérite de conserver de l’humour presque jusqu’à la fin… sur une très belle BO composée par le réalisateur.

 

Mots clés: , , , , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top