« ACAB » : Voyage au bout du fascisme ordinaire + Rencontre avec le réalisateur Stefano Sollima

focus film Stefano Sollima, sortie 18 juillet 2012

Pitch

Immersion dans le quotidien et le travail d'une compagnie de CRS : trois anciens, Cobra, Negro, Mazinga, et l'intégration d'une nouvelle recrue, Adriano. Voyage au bout de la haine, externe, interne.

    

Le film démarre par « CRS, fils de putes ». Quant au titre, il provient du slogan des shinheads en Angleterre dans les années 70 : « all cobs are bastards » (A.C.A.B.) Le jeune Adriano vient d’intégrer une compagnie de CRS sous la houlette d’un trio qui a l’habitude de travailler ensemble depuis Gênes (allusion aux événements du G8 à Gênes en 2001) : Cobra, le chef, Negro, Mazinga, les deux accolytes, auquel se joint souvent bénévolement, Carletto, un exclu de la police, devenu gardien de parking.
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photo Bellissima

Adriano, nouvelle recrue débarquée dans une « unité d’élite » de CRS, est d’abord mis à l’épreuve, bizutage, par les trois anciens, Cobra (le leader naturel), Negro (surnommé ainsi car il a épousé une Cubaine), Mazinga (le plus âgé) : on l’enferme dans une voiture, asphyxié par des gaz, il en sort en cassant la vitre, il est des leurs!
Adriano Constantini, ancien loubard, veut « un boulot propre », voulait… il est fasciné par la morale du groupe à la fois absolue et ambigue : car l’amitié passe avant tout, quand Giancarlo, le jeune  fils de Mazinga, fasciste, genre skinhead, qui tabasse des immigrés, est arrêté, la compagnie de CRS élimine tous ses copains mais le sauve, ce sera finalement le jeune Adriano qui ne sera pas d’accord. Autre exemple : un de leur est agressé, les trois CRS opèrent une « expédition punitive ».

 


photo Bellissima
Le réalisateur Stefano Sollima a réalisé les deux saisons de la série « Romanzo criminale » qui raconte les exploits d’une bande mafieuse d’un quartier de Rome (la bande de la Magliana) qui terrorisa la région dans au milieu des années 70 :  si l’arrière-plan de « Romanzo criminale » rappelle les évènements politiques comme l’assassinat d’Aldo Moro, les brigades rouges, le carnage de la gare de Bologne, etc…, le film (je n’ai pas vu la série mais seulement le film, réalisé, lui, par Michele Placido) ne dénonce absolument rien. « ACAB », en revanche, est un film politique engagé dans la lignée des réalisateurs italiens des années 70 comme Francesco Rosi (« Main basse sur la ville », « L’Affaire Mattei ») et Elio Petri (« Enquête sur un citoyen au dessus de tout souçon », « La Classe ouvrière va au paradis). 


photo Bellissima
C’est un film sur la haine ambiante qui se focalise sur l’étranger, sur l’autre, où tout le monde s’imagine vouloir « nettoyer l’Italie ». Le fils de Mazinga est plus radical que son père à qui il reproche ses compromissions, il préfère encore la prison que l’aide d’un homme qui représente une société qu’il vomit. La haine, celle qui nous entoure, celle qui est en nous, et, quand les deux entrent en contact, ça explose. Violent, réaliste, anti-glamour, bien que le style visuel de Stefano Sollima n’ait rien à voir avec Matteo Garrone, « ACAB » a en commun avec « Gomorra » ce parti pris anti-glamour, cette démarche factuelle, montrer brutalement les faits. 

(« Les faits se suffisent en eux-même à porter une accusation, lucide jusqu’à la froideur » (Francesco Rosi)

 


Stefano Sollima à Paris lundi 9 juillet 2012 

Paris, lundi 9 juillet, le réalisateur Stefano Sollima est à Paris pour deux jours, les interviews se succèdent dans les locaux du distributeur de son film (Bellissima) ; puis, vers 18h, rencontre avec le réalisateur en compagnie d’autres bloggers cinéma, ces « tables rondes », comme c’est devenu désormais l’usage avec les blogs, un petit groupe face à un réalisateur, ça donne des rencontres plus informelles, détendues que des interviews classiques minutées, et je préfère, pour ma part, cette formule qu’un austère « tête à tête ». 

RENCONTRE/INSTANTS 

entretien avec Stefano Sollima
« ACAB » est plutôt un film politique qu’un film de genre, dans la lignée de Francesco Rosi et Elio Petri, à la différence de « Romanzo criminale » dont le climat politique des années 70 sert de toile de fond (les brigades rouges, Aldo Moro, etc..)?
Ce n’est pas tant un film sur le fascisme ordinaire qu’un film sur les conséquences de ce fascisme au quotidien : on voyage dans une société divisée en petits groupes, où, d’une certaine manière, tout le monde est fasciste, avec focus sur un petit groupe de CRS (Cobra, Mazinga, Negro, Adriano) labellé d’extrême-droite.

entretien avec Stefano Sollima
Son expérience d’ancien reporter de guerre a-t-il influencé le réalisateur pour traiter les scènes de violence?

Non, il n’y a pas 36 façons de montrer la violence : un acte brutal. Le journaliste, lui, choisit des fragments de ce qu’il veut présenter dans les médias. Le réalisateur insiste pour la notion de « point de vue » chez un réalisateur de fiction : quand on lui demande, par exemple, si l’absence des politiques est voulue pour justement renforcer leur poids par leur absence, il répond négativement, son point de vue dans « ACAB », c’est l’immersion dans la vie de ce  groupe de quatre CRS.


entretien avec Stefano Sollima
Adriano, la nouvelle recrue, ancien loubard, et le fils de Mazinga, appartenant à un groupe ultra-fasciste, ne sont-ils pas d’une certaine manière les deux personnages les plus purs?

Pour le réalisateur, le fils de Mazinga a absorbé les « valeurs » de son père à qui il reproche de ne pas être parfait. On parle aussi de transmission des valeurs. (à noter que le fils, que sauve le père, préfère encore la prison que les compromissions du père)

entretien avec Stefano Sollima
Comment s’est passé le travail avec les acteurs? Pourquoi Rome?

Essentiellement l’entraînement physique. Rome parce que le sujet nécessitait une grande ville.
entretien avec Stefano Sollima
C’est un groupe de famille sans les liens du sang? On parle souvent de « casa nostra » dans le film.

Il y a un lien tribal, ce qui va à l’encontre d’une société évoluée. D’une certaine manière, Cobra, seul personnage sans famille réelle ni vie privée (Mazinga a un fils, Negro a une femme et une fille) est le père symbolique d’Adriano, la nouvelle recrue.
entretien avec Stefano Sollima
Le final fait penser un peu à un western, est-ce un hommage du réalisateur aux films de son père Sergio Sollima?

Pas consciemment (sourire du réalisateur). L’idée était en fait de construire un final qui n’en soit pas un mais comme il est un grand consommateur de westerns, peut-être inconsciemment.
entretien avec Stefano Sollima
Ajouter au scénario le personnage d’Adriano, le jeune CRS, qui ne figurait pas dans le livre (de Carlo Bonini), était-ce pour ajouter un aspect moral?

Non, Adriano est le seul personnage à qui le spectateur peut s’identifier, c’est donc une porte d’accès au film.
entretien avec Stefano Sollima
Son prochain film sera un film de genre? Aimerait-il tourner des docs?

Oui, un film de genre mais le réalisateur ne peut pas en dire plus pour l’instant… Au doc, il préfère la fiction.

 

entretien avec Stefano Sollima
La BO (top!), très « action », a-t-elle été choisie pour donner un côté série question rythme?
Non, tous les morceaux choisis ont une relation étroite avec l’action, les White stripes au stade, par exemple, Joy division qu’écoute Cobra, ce qui n’est pas fréquent chez un CRS, donne une indication sur le personnage..




Rencontre avec Stefano Sollima à Paris le lundi 9 juillet 2012

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Lire aussi :
http://www.avoir-alire.com/entretien-avec-stefano-sollima-le-realisateur-d-acab

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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