« Antichrist » : la femme est l’anti-avenir de l’homme

Lars Von Trier , sortie 3 juin 2009



Plus maniériste, plus mégalo, plus je signe chacun de mes plans et j’ai un style inimitable, c’est difficile… Dès la première image, c’est une caricature de film d’auteur trop doué qui se prend à présent pour un génie. Prologue en noir et blanc, sur une musique de Haendel, un couple fait l’amour dans une chambre, gros plan sur  la pénétration non simulée (et toc! semble dire au spectateur l’infantile Lars VT qui s’épuise à provoquer tout le long du film), soudain, leur fils, un petit garçon blond, réveillé en pleine nuit et ayant observé ce que les psy appeleraient une scène primitive, se jette par la fenêtre avec son ours en peluche dans la neige. Scène raccoleuse à la fois tire-larmes et pornographique avec des gros plans obèses des visages filmés comme des sexes béants, démonstration voyante du couple sexualité et mort.Tout le film est à l’échelle de ce qu’on suppose la description autobiographique vaguement romancée des angoisses et de la folie du réalisateur, le récit maquillé de sa thérapie.  Ayant dit en interview avoir fait ce film pendant une grave dépression nerveuse, le réalisateur semble s’identifier au personnage de la femme en deuil dont le mari, psychanalyste, transgresse les règles de déontologie en décidant de faire la psychothérapie de son épouse. Mais ce serait trop simple, le personnage de l’épouse n’est pas seulement envisagé comme une femme en deuil mais une femme tout court telle que la perçoit Lars VT, soit une

dangereuse femelle castratrice.—–



Plusieurs phases de mal en pis se succèdent : le deuil, la douleur (le chaos avec un chien/ou renard qui parle…), le désespoir. Pour soigner sa femme, le mari lui  demande ce qui lui fait peur, on découvre rapidement que c’est ce qu’elle aime, leur maison à la campagne nommée Eden, il pourra alors ajouter à ses notes qu’elle a peur d’elle-même, grande trouvaille! Le couple va donc s’enfermer dans cette lugubre maison truffée comme le film d’une pléthore de symboles, gravures de martyres, etc…
La seule chose intéressante, c’est le rapport d’autopsie du petit garçon suicidé, on a noté une malformation du pied, or, le mari se rend compte que sur les photos, il a toujours ses chaussures inversées, se souvient qu’il pleurait quand sa mère lui mettait ses chaussures… Ca donne une indication nette sur les dessous d’un drame conduisant au suicide de l’enfant, le récit affiché d’un deuil qui rend fou n’est pas la bonne version quand on montre furtivement qu’en amont, sa mère étudiait les violences faites aux femmes et maltraitait son fils, en deux mots, que la perte de l’enfant n’est que le catalyseur d’un état psychotique latent féminin… En prenant une femme basculant dans la folie, entraînant l’homme avec elle, Lars Von Trier ne fait que ressasser ses obsessions que la femme, loin d’être  l »avenir de l’homme, est son boucher, sa sexualité insatiable terrifiante le condamnant à être castré (très nouveau aussi comme constatation!).

Donc, au bout d’une heure et demi, le réalisateur passe à l’acte, met en images ses angoisses comme pour les exorciser une fois pour toutes, le sang commence à couler franco, top départ d’une boucherie paroxystique finale démarrant par un solide coup de bûche sur organes génitaux masculins, puis d’un massacre de tout attribut sexuel qui semble être le prétexte de ce scénario pauvre à deux personnages, une femme et son psy de mari.

Quand Charlotte Gainsbourg dégaine sa boite à outils, je ne regarde pas l’écran mais j’entends des cris dans la salle et je sors sans me retourner… Je ne vois donc pas les 20 dernières minutes du film, en revanche, le spectacle a lieu aussi dans le hall du Grand théâtre Lumière à Cannes, 5 malaises en 5 minutes, les pompiers retapent les spectateurs traumatisés qui sortent de la salle, à la projection du matin, même topo, d’après eux. Mais l’after ne s’arrête pas là, pendant les applaudissements mitigés, Lars Von Trier sort en courant de la salle et s’enferme dans les toilettes du rez-de-chaussée d’où le délégué général de Cannes Thierry Frémaux, devenu malgré lui figure paternelle du garnement Lars Von Trier,  ne peut pas le déloger… L’équipe de film descend donc seule les marches sans son réalisateur.

PS1 . Haendel, Nietsche ne suffisant pas, le film est dédié à Tarkovski, en toute simplicité…

PS2. Les scènes de sexe non simulées sont tournées par des acteurs porno professionnels qui ont doublé Charlotte Gainsbourg (elle partagera son prix d’interprétation?) et Willem Dafoe.


sortie de projection officielle à Cannes sans Lars Van Trier avec de dos de gauche à droite :
Charlotte Gainsbourg, Yvon Attal, Willem Dafoe et son épouse, Mme Lars Von Trier…

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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