« Armadillo » : le vrai et le faux

Janus Metz, sortie 15 décembre 2010

Pitch

Mads et Daniels se sont engagés comme soldats pour leur première mission en Afghanistan. Postés au camp d'Armadillo, il luttent contre les Talibans tout en essayant d'aider la population locale mais un fossé les sépare.

Je traînais pour écrire cette critique d' »Armadillo », que j’ai vu il y a déjà quelques temps, quand une lecture de la critique d’un blogger ciné (Cinéma is not dead) m’a accrochée, qui n’a pas, comme moi, subi le film mais l’a vécu de l’intérieur. Je vais donc essayer de ne pas lui piquer ses idées et en particulier cette notion de déréalisation de la guerre ; les soldats d’aujourd’hui ne feraient plus la différence entre virtuel et réalité, jeux vidéo et combats, conditionnés à tirer dans les jeux, à regarder tirer à la TV, au cinéma, etc… Joueurs conditionnés à se réjouir quand ils ont atteint une cible, synonyme de succès.
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photo Distrib Films 

Comme tous ceux qui ont vu le film, l’étonnement est immense d’apprendre que c’est un documentaire et pas un film de fiction, pas tellement à cause du sujet mais grâce à une mise en scène et des images souvent magnifiques dignes d’un film d’auteur. La narration, en revanche, est un peu plate, il y a le départ pour le front, le retour du front, les familles qui accompagnent, les mêmes qui accueillent au retour. Le film suit un contingent de soldats danois volontaires pour une période de six mois sur le front Afghan. On suit de près deux d’entre eux, Mads et Daniels, qui se sont engagés pour leur première mission, envoyés dans la province d’Heldmand en Afghanistan. Dès le départ, on sent la volonté du réalisateur de mettre en scène, en images, en musique, les évènements quotidiens, cette dernière soirée avec des prostituées, filmée dans le flou sur une musique hard rock lourde, par exemple. Il y a des ruptures de rythme nombreuses correspondant aux temps d’attente, aux temps forts, aux rares moments de répit, avec des manières de filmer différentes selon ce que l’on filme, mais le tout s’imbrique harmonieusement sans donner la sensation d’hétérogènéité ou de juxtaposition de styles, c’est vraiment très fort (autant le style que le sujet).
 


photo Distrib Films 

Postés au camp d’Armadillo, sur la ligne de front d’Helmand, l’unité doit à la fois préserver la population locale afghane et lutter contre les Talibans, avec, en premier lieu, cette suspicion de ne pas savoir à qui on a affaire, qui se cache derrière chaque habitant, nourrissant une sorte de paranoïa. Avec, en second lieu, les vrais motifs de discorde entre les soldats et les autochtones : les dégâts collatéraux en installant leurs opérations, ce qui creuse le fossé avec la population très pauvre qui n’a souvent que deux vaches et quelques hectares pour se nourrir et voit ses bêtes tuées, son champ dévasté, sa maison détruite, incrédules quand on leur explique que l’armée est là pour leur bien alors qu’ils sont privés du peu qu’ils possédaient, résignés à être tués par les uns ou par les autres s’ils donnent des indications aux uns ou aux autres (l’armée ou les Talibans).
 


photo Distrib Films 

Le réalisateur montre la progression naturelle, si l’on veut, de l’acclimatation des soldats tout neufs à l’horreur, puis de leur implication déconnectée de la réalité des combats, est-ce pour se défendre et être capable de combattre, ou par amalgame avec des jeux vidéo où l’on gagne par KO, ou sans doute les deux, mais certains des soldats vont franchir la ligne rouge, se vantant de leurs exploits comme on raconte un match. Du point de vue féminin, le mien donc, je me suis fais souvent la réflexion en regardant ce film que l’homme est « fait » depuis la nuit des temps pour la chasse et la guerre, que chassez le naturel… C’est un peu ce que le film montre aussi, les soldats ne demeurent pas longtemps des jeunes gens hypercivilisés, la part de sauvagerie occultée dans nos civilisations policées émerge rapidement, d’ailleurs, et ce n’est pas le moins étonnant, lors du générique de fin, on apprend que la plupart des soldats désirent retourner sur le front! Ce qui nous ramènerait à la question préalable : pourquoi se sont-ils engagé une première fois? 
Si s’agissant d’un film « immersion » totale dans la guerre, j’avais tout de même préféré un poil « Lebanon » à cause de son parti pris de mise en scène tellement original, « Armardillo » est dans la veine du film de guerre choc nouvelle manière, appréhendé « de l’intérieur » des combattants, presque une représentation mentale des soldats. Ce film a obtenu le prix de la Semaine de la critique cette année à Cannes.

 

Notre note

4 out of 5 stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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