« Canine » : dressage

focus film Yorgos Lanthimos, sortie 2 décembre 2009

Pitch

Une famille vit enfermée derrière de hauts murs. Les trois enfants n'ont jamais connu le monde extérieur, élevés par leurs parents qui leurs enseignent la performance sportive et la défense comme on dresse des chiens de garde. Sauf Cristina, une employée de l'entreprise du père, reçue dans la maison régulièrement pour satisfaire les besoins sexuels du fils, les deux filles l'adorent...

Un film insoutenable pour lequel j’ai hésité à mettre le concours en ligne pour gagner des places de cinéma… Après réflexion, le spectateur se fera son opinion. Dans une maison isolée loin de la ville, une famille, père, mère et trois enfants d’environ une vingtaine d’années, passe son existence enfermée sans aucun contact avec le monde extérieur. Seul le père a le droit de sortir et raconte que sa femme malade ne veut voir personne. L’objectif délirant du père est de dresser plus qu’élever ses enfants pour les préserver de tout contact avec l’extérieur et leur donner les moyens de se comporter en chiens de garde envers toute intrusion externe. Exception pour Cristina, un agent de sécurité que le père emmène les yeux bandés dans sa voiture jusqu’à leur maison pour assouvir les besoins sexuels du fils aîné. On voit évidemment où l’on veut en venir, à l’effet cocotte minute de ce groupe enfermé qui va exploser sous la pression, aux effets du conditionnement sur l’être humain transformé en animal obéissant aux ordres de manière réflexe.
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On insiste beaucoup sur le fait que les deux filles ne possèdent presque rien, se réjouissant d’acquérir un simple serre-tête, celui que Cristina va négocier à l’aînée en échange d’un petit service sexuel… Un service qui va devenir un passe-temps entre soeurs, par exemple, qui n’y voient pas malice, n’ayant aucun notion du bien et du mal, encore moins de la notion de tabou. Les deux soeurs et le frère sont habillés en maillot et jogging Adidas : gagner des challenges sportifs, des points, des gratifications comme choisir le modeste programme de la soirée, toute activité, que le père filme en vidéo, vise la performance avec punitions et récompenses à la clé, en deux mots le dressage de chiens de combat. 


photo MK2
Le film, outre le catalogue de maltraitances traitées de manière jouissive, provoquant le malaise, se complait à montrer l’immontrable, afin de

faire faire passer un message fort, le réalisateur va augmenter la dose et montrer toujours davantage, des gros plans, des plans fixes. Une exhibition censée surligner de rouge le propos : les effets du lavage de cerveau sur des enfants en passe de devenir des adultes, sur leur libido ligotée par les interdits qui va venir réclamer des comptes sous la forme de violence, de cruauté, de sévices sur les gens et les animaux (le massacre d’un chat, par exemple, ignoble). 


photo MK2
 

La complaisance est le maître mot de ce film, complaisance à transgresser les tabous, à se repaître des corps maltraités, à zoomer sur la misère sexuelle et l’inceste. Et puisqu’on a trouvé ce jeu de mots canine pour les enfants-chiens et canine, symbole que dès leur première canine tombée, ils auront droit à sortir de la maison, on fait aboyer les enfants devenus adultes, on fait danser les filles comme un ballet canin, subtil… Un enfant manquant à l’appel qu’on suppose de l’autre côté du mur, à qui on jette parfois de la nourriture, le père tâche de peinture rouge son costume, sa chemise, pour faire croire aux autres qu’il l’a tué à l’arme blanche.
Le sujet intéressant en soi de l’enfermement d’enfants nés derrière des murs où ils ont passé leur vie coupés du monde avait déjà été traité par un des plus grands cinéastes mexicains Arturo Ripstein en 1972 « Le Château de la pureté » d’après un fait divers réel. Le film « Canine » a obtenu le Prix Un Certain regard et le Prix de la jeunesse à Cannes cette année, qu’en penseront les spectateurs dans les salles de cinéma loin des flonflons de la Croisette?

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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