"Capitaine Achab" : le versant humain de Moby Dick

Philippe Ramos, 2007, sortie 13 février 2008
          
Denis Lavant est le Capitaine Achab

Libre adaptation de Moby Dick, comme on dit Bien quil y ait une volonté affichée de moderniser lentreprise, il ne faut pas sattendre pour autant à une adaptation contemporaine ni même moderne du roman de Melville. Sauf le premier plan dun sexe de femme, puis dun long corps blanc dévoilé petit à petit par la caméra, celui dune épouse morte, celui de la mère dAchab, qui donne un ton entre réalisme et poésie quon retrouvera quelquefois par la suite. Car le film, bien quil sen défende, ressemble beaucoup aux contes dautrefois, on est lentement bercé par le récit monocorde (voix off tout le long du film) et les images léchées et nettes composées comme des tableaux.
Après la mort de sa mère, le petit Achab (prononcer Akab) est pris en charge par son père, un homme rustre et coléreux, peu rodé à léducation des enfants, plus enclin à ses plaisirs, la chasse et les femmes, quà soccuper de son fils. Ainsi, samourachant dune jeunette, Louise, le père en viendra à se faire tuer par son rival, le peintre. Le jeune Achab est fasciné par la belle Louise, seule femme à porter des pantalons et les cheveux lâchés, libre et infidèle. Pourtant, à la mort de son père, il est encore déménagé, envoyé contre son gré chez sa tante. Louise lui donne alors un médaillon avec sa photo dont il ne se séparera plus comme de la bible paternelle. Il en arrivera même, adulte, à dire que cette photo est celle de sa mère.

—–

 

Hande Kodja et Virgil Leclaire
© Sophie Dulac Distribution Galerie complète sur AlloCiné
Chez Rose, la tante sage dAchab, on se lève tôt et on dit des prières, la maison bien rangée telle le chignon de la tante. Tout comme le père était préoccupé de Louise, la tante Rose sentiche de Henry (Philippe Katherine), un bellâtre mi-dandy mi-coincé, qui léveille aux plaisirs de la chair et lépouse pour son argent. Le couple est embarrassé par la présence dAchab qui multiplie les comportements délinquants, tuant sauvagement, par exemple, un pauvre chien, pour faire croire à sa mort et séchapper de la maison.Le film comporte donc 5 parties toutes racontées en voix off par les protagonistes, les témoins de ces mini-histoires indépendantes les unes des autres avec un début et une fin. Après le père, la tante Rose et le pasteur Mulligan, on retrouve Achab adulte (Denis Lavant), capitaine baleinier, craint et respecté. Achab, devenu un tueur sanguinaire sans pitié, une sorte de monstre solitaire, poursuit de sa vengeance suicidaire la baleine blanche qui lui a arraché une jambe, sacrifiant son ultime équipage. Dans lintervalle, il est soigné et aimé par Anna (Dominique Blanc), une femme entre deux âges dans le genre de la tante Rose, qui va le recueillir sur lîle de Nantucket après son accident.

Le réalisateur a inventé une vie au capitaine Achab, avec un parti pris : ce nest plus Moby Dick, la baleine, le personnage central, mais Achab, lhomme. Les symboles de la naissance (premier plan du sexe de la mère morte, sans jeux de mots !) et de la mort avec le retour aux éléments (la mer) sont simples. Contrairement au livre, Achab nest pas né au bord de l’océan, il vient de la campagne et découvrira la mer ensuite. La vie dAchab nest quune succession de familles daccueil qui auront toutes du temps compté à lui consacrer, souvent seuls quand Achab arrive dans leurs vie. Eternellement balloté, Achab est néanmoins aimé et rejeté ensuite pour un tiers, la mort pour la mère, Louise pour le père, Henry pour la tante Rose. Devenu adulte, cest lui qui abandonnera Anna pour soffrir en pâture à Moby Dick, la baleine blanche menaçante et fascinante, représentant le continent blanc féminin qui la mutilé, dévoré.

Difficile de donner un avis objectif sur ce film auquel on na rien à reprocher mais où on sennuie quand même pas mal. Travail dorfèvre sur les plans, interprétation impeccable et casting original (le brillant Denis Lavant trop peu employé, lidée du dandy Philippe Katerine, la toujours parfaite Dominique Blanc), il manque sans doute un peu de fantaisie, dinventivité, de désordre, bien que le film ne suive pas le livre ou peu, on a limpression de tourner les pages

 

Notre note

(3 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top