"Changeling" ("L'Echange") : portrait de femme à Oscar

compétition Cannes 2008, Clint Eastwood, sortie 12 novembre 2008

Pitch

Dans le LA des années 30, une jeune mère de famille, dont le fils a été kidnappé, se voir rendre par la police un enfant qui n'est pas le sien mais personne ne veut la croire...

Comme j’avais vu ce film à Cannes en mai le dernier jour du festival en manquant pas mal de sommeil, je suis allée le revoir au festival de Deauville il y a peu en septembre, « à tête reposée », pour comparer, voire rectifier mes impressions : identiques, je me souvenais en fait très bien du film et j’ai eu exactement la même déception sur le film et sur l’actrice principale Angelina Jolie, que je trouve au demeurant très sympathique et que j’aurais préféré apprécier davantage… Coiffée d’un bibi casque pendant tout le film, le maquillage crayeux blanc et le rouge à lèvres violent, elle semble porter un masque, et c’est peut-être ça qui lui donne cette physionomie mono-expressive, même si on remarque qu’elle a une gestuelle très limitée, comme ce geste de la main devant son visage quand elle pleure, inchangé sur 2h20 que dure le film. Tiré d’un roman de Dennis Lehane, comme « Mystic river » du même réalisateur et « Gone, baby gone » de Ben Affleck l’année dernière, les thèmes sont proches, la corruption, l’innocence bafouée, l’enfance volée. A la différence que « Changeling » se passe au début du siècle, film en costumes d’époque avec une luxueuse reconstitution de LA, film à gros budget « à l’ancienne », classique, qu’on aurait pu tourner à l’identique il y a 20 ou 30 ans. Clint Eastwood s’est assagi, et si le sujet est fort, on restera en surface, le sujet (une histoire vraie) servant plutôt d’arrière-plan à la performance d’actrice (rôle hypertrophié qu’on dirait taillé sur mesure pour un Oscar), car ce qui a intéressé le réalisateur, ce n’est pas tant l’enlèvement d’enfants

dans un LA corrompu (bien aseptisé, on a vu mieux, ne serait-ce que dans « LA Confidential »), mais le vécu de la mère de l’enfant kidnappé mettant en vedette sa star .
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Angelina Jolie
© Universal Pictures Galerie complète sur AlloCiné

 

Dans le LA des années 30, Christine, une jeune femme, élève seule son fils de 9 ans et travaille pour cela, ce qui est rare pour l’époque. Promue à un poste de responsable dans une société de télécommunications, la jeune mère accepte de remplacer une collègue souffrante lors d’un de ses rares jours de congé. Au retour, son fils à disparu. Quelques temps plus tard, la police de LA lui ramène en fanfare un enfant du même âge qui n’est pas le sien mais il lui est impossible de se faire entendre. Commence alors le chemin de croix de Christine que la police ne croit pas, puis essaye de faire passer pour folle, allant jusqu’à l’interner dans un hôpital psychiatrique.

L’intrigue et sa résolution sont lacunaires, que la police corrompue couvre un traffic d’enfants où des hommes politiques sont impliqués, et que les protestations de la mère de l’enfant disparu dérange les notables, on le comprend. Mais au final, on ne saura pas grand chose de plus que ce constat, si ce n’est une vague allusion au cinéma à Hollywood et encore, peut-être ai-je fabulé… On attendait une affaire dans le genre de celle du « Dalhia noir », on aura un fait divers sordide dont on ne comprend pas bien pourquoi la police le couvre, excepté pour ne pas être prise en échec de ne pas résoudre les affaires criminelles de LA en période électorale…

 

John Malkovich et Angelina Jolie
© Universal Pictures Galerie complète sur AlloCiné

 

On espérait autre chose de la part du réalisateur de « Mystic river », ce portrait de femme de presque 2h30, seule contre tous (ou presque, John Malkovich à la rescousse) va certainement toucher le spectateur, rien que du correctement choquant, du consensuellement révoltant, du travail soigné pour un grand spectacle dans la tradition Hollywoodienne, ceux qui ronchonnent qu’ils ne peuvent plus rêver au cinéma vont être ravis avec ce kit d’émotion formatée « clé en main », tout à l’inverse de « Mystic river », quant aux amateurs de polar noir, d’enquêtes sur la corruption à LA dans les années 30, ce sera pour une autre fois…


John Malkovich au festival de Deauville en septembre 2008
pour la présentation de « Changeling » sur www.cinemaniacadeauville.fr
 

 

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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