« Cloclo » : pas assez pour les fans…

focus film Florent-Emilio Siri, sortie 14 mars 2012

Pitch

L'enfance, la vie et la carrière météore de Claude François, musicien, chanteur, danseur, businessman, homme pressé, hyperpro et perfectionniste, jusqu'à sa mort tragique à 39 ans, doublé d'un portrait des années 60/70.

On entend ici et là un choeur de dithyrambes sur « Cloclo »… C’est vrai que le film est plutôt réussi mais on est loin du chef d’oeuvre, à mon avis. Cependant, une question s’impose en amont : qui ira voir ce film? Les fans ou les béotiens n’ayant entendu parler de Claude François qu’en écoutant « Alexandra, Alexandrie » à un mariage ou en remix dans une boite de nuit? Pour ma part, étant fan de l’artiste, connaissant la plupart de ses chansons depuis ses débuts, sa biographie, etc… Je ne suis pas certaine d’être objective sur le film dont j’attendais sans doute trop… Pour commencer, je n’ai rien appris que je ne savais déjà. Ensuite, une chose m’a profondément agacée : le parti pris d’envoyer en bande son off des chansons de CF alors que l’action se poursuit (même si la chanson choisie a un rapport avec le thème de la scène), quelle frustration! On aurait préféré mille fois un extrait d’archives! Il y a peu de chansons en fait dans ce film sur le chanteur Claude François qui était aussi, un musicien, un danseur, et, plus tard, un businessman qui a lancé, outre son propre label Flèche, le magazine « Podium » (pour faire concurrence à Salut les copains/SLC) et « Absolu » (un clone de « Lui) ainsi qu’une agense de mannequins qui lui servait de vivier à jolies filles. Sur ces derniers points, c’est très lisse, édulcoré, on ne montre même pas une couverture du magazine « Absolu »…
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photo StudioCanal

Dans le film tout se passe comme si CF, insatiable, hyper-actif, s’éparpillait avec des activités annexes qui le conduiront à la ruine (à sa mort, il était très endetté) alors qu’il semble qu’en réalité il avait vraiment l’ambition de devenir lui aussi un « tycoon » de la presse à la manière de Philipacchi, créateur de SLC, qui possédait notamment « Lui » et « Playboy ». Ce qu’on ne dit pas non plus (ou à peine), c’est l’aspect hyper-novateur de son fan club, car, bien avant tout le monde, CF avait, en précurseur, lancé les produits dérivés à son effigie, que le fan club et le journal « Podium » faisaient gagner par concours aux fans, aux lecteurs, des quantités astronomiques (mettant le journal en déficit) de ce qu’on appelle aujourd’hui des « goodies ». Mieux, CF faisait régulièrement des tests auprès des fans pour savoir ce qu’ils voulaient lire dans « Podium », devançant l’appel en y posant avec ses enfants, inventant l’interactif avant l’heure ; dans le film, rien de tout ça ou pas grand chose. Rien non plus sur l’exception absolue qu’était CF de faire de véritables chorégraphies avec l’invention des Clodettes, on le montre bien sur scène avec 4 Clodettes (de 4, on passera à 6, il y aura ensuite les Fléchettes, choristes, cf. son label Flèche) et on a ici une unique scène courte où le chanteur répète avec elles. Pour l’époque, ces shows « à l’américaine » avec tenues pailletées un peu Las Vegas étaient une exception, aucun chanteur en France ne s’y risquait et aucun non plus ne portait ce genre de tenues de scène, sauf Sylvie Vartan, dans une certaine mesure, aux USA (après un accident de voiture) où elle apprendra à danser.
Paradoxalement, alors que la presse salue que les enfants de CF aient laissé faire pour qu’on montre les côtés sombres et tyranniques de leur père, ses infidélités récurrentes, c’est à se demander si justement on n’a pas trop fait dans le négatif ; à leur décharge, et, contrairement à leur mère, les deux fils de CF l’ont à peine connu, très jeunes à sa mort en 1978. J’ai lu par hasard une petite interview de Paul Lederman (Benoit Magimel, méconnaissable dans le film), impressario de CF jusqu’en 1972 (ensuite, il s’occupera de Thierry Le Luron) où il dit clairement qu’il aurait bien voulu parler à ses enfants de la grandeur de leur père mais qu’il n’était pas certain que ça les intéresse…


photo StudioCanal

Comme pour « Gainsbourg, vie héroïque », on table sur les ressemblances, l’interprétation mimétique, France Gall est montrée comme une poupée angélique qui va d’ailleurs provoquer la colère de CF, alors son fiancé, en gagnant l’Eurovision avec « Poupée de cire, poupée de son », chanson écrite d’ailleurs par Gainsbourg. C’est mieux pour Isabelle, la mère des deux fils de CF, interprétée par Ana Girardot, et Jérémie Renier est exceptionnel, là, tout le monde est d’accord.
Ce qui est le plus réussi dans ce film, c’est l’enfance confortable dans une belle maison, puis, l’exode d’Egypte en juillet 1956 après la nationalisation du canal de Suez, l’installation à Monte-Carlo en 1957 dans un petit logement, sans le sou, avec un père impitoyable, dépressif, qui va se laisser mourir. Quand Sinatra, « The Voice », adaptera en anglais « Comme d’habitude » (« My way »), CF imaginera son père fier de lui, enfin. « Comme d’habitude » écrit en hommage à France Gall qui l’a quitté, tout comme le magnifique « Je sais » (chanson présente dans le film) écrit quand Janet, la seule femme qu’ait épousé CF, le quitte pour Gilbert Bécaud. Les débuts à Paris, l’insistance chez Philips qui préfère Johnny Hallyday, le premier disque « Le Nabout twist », un échec, le second « Belles, belles, belles », un succès, tout cela est bien rendu.

Disons que plus on avance, plus c’est imprécis, plus on grignote l’homme, qu’on caricature en obsessionnel redressant un tableau jusqu’à la lampe fatale qui va l’électrocuter, au profit d’anecdotes et conflits familiaux.

On s’éternise dans des disputes au Moulin de Dannemois, que CF a acheté dans l’Essonne, où il cache son second fils pour ne pas déplaire à ses fans. On se dirige au pas de course (oui! on sait, c’était un homme pressé, boulimique d’activités!), en énumérant les faits marquants des dernières années plus qu’on ne les traite, en négligeant l’homme malheureux (« Le Chanteur malheureux ») et l’homme d’affaires, vers cette salle de bains maudite du bd Exelmans (CF habitait au dernier étage, y avait aussi ses bureaux) où il va trouver la mort. Cependant, les relations qu’avait CF avec ses fans qui campaients devant chez lui et dont il avait besoin, qu’il laissait volontiers l’approcher, sont bien vues. La mise en scène plutôt académique est ponctuée de quelques scènes « à effets » (dont on aurait pu se passer ou pas…) comme CF torse nu transporté au ralenti par la foule tel un Christ païen au sacrifice… Questions archives, hormis la foule après l’annonce de sa mort, pas grand chose, même pas une image dans le générique de fin.

Oui, pour les fans de Claude François, la tentation est forte à la sortie du film d’aller écouter l’intégrale de ses disques
(ça tombe bien, une déferlante de compil et livres sortent!), voire visionner des archives, dans « Génération Podium », on a pas mal de vidéos de l’époque (années 70) aussi et un doc exclusif où le chanteur témoigne… Ce qui plaira aujourd’hui? Sans doute le portrait des années d’insouciance, de pléthore, les 60/70, la mode d’alors, l’improvisation des évènements pas formatés, la possiblité pour tous d’avoir sa chance, etc… 


photo StudioCanal


quelques chansons à (re)découvrir (toutes nostalgiques, souvent d’inspiration auto-biographique)
mon Top 6
« Je sais »
« Même si tu revenais »
« Reste »
« J’attendrai »
« Mais quand le matin »
« Le Chanteur malheureux »

 

 

 

 

 

Lire aussi…

« Salut les Copains »…

« Génération Podium »…

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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