« Colonel Blimp » : ce qui reste du temps qui passe

Michael Powell et Emeric Pressburger, 1943, reprise 4 avril 2012

Pitch

A l'occasion d'un exercice de défense de Londres en 1943, le vieux Général Wynne-Candy est bousculé par les troupes et se souvient alors de ses débuts, quarante ans plus tôt, jeune officier décoré, impétueux.

Un exercice de guerre à Londres en 1943, un bataillon, peu respectueux des anciens, conduit par un certain Spud, qui trangresse les règles et capture le vieux général Wynne-Candy qui se prélassait aux bains turcs, une jeune femme, Angela, son chauffeur, qui tente de le prévenir. Scandalisé par les nouvelles manières de l’armée, le général Wynne-Candy se souvient de ses débuts. Flash-back quarante ans plus tôt. A son retour d’Afrique du sud en 1902, décoré, le colonel Candy, officier fougueux, décide, après la lecture d’une lettre d’une jeune femme anglaise en poste en Allemagne, d’aller défendre à Berlin la réputation malmenée de l’armée britannique. Une décision que n’approuve pas sa hiérarchie. Arrivé à Berlin, Clive Candy rencontre l’auteur de la lettre, Edith Hunter, dont il tombe amoureux sans s’en apercevoir tout de suite. Aussi, quand après un duel forcé au sabre avec l’officier allemand Theo Kretschmar-Schuldorff, ils deviennent amis, séjournant dans le même hôpital pour récupérer de leurs blessures, quand Theo et Edith, peu après, lui annoncent leur fiançailles, il est ravi. C’est de retour à Londres que Clive Candy se rend compte qu’il aimait aussi Edith Hunter.
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photo Carlotta
C’est un film sur le temps qui passe et avec lui la séduction, la jeunesse, les femmes aimées disparues, ou plutôt pour Candy, la déclinaison de la seule femme aimée qui prend plusieurs visages. Un film ponctué par les guerres successives mais un film de guerre sans un coup de feu. Un film sur l’amour absolu de Candy pour Edith, qui toute sa vie recherchera son double, commençant par inviter sa soeur au théâtre de retour à Londres. En 1918 dans les Flandres, affamé, Candy va dîner dans un couvent français quand il tombe sur un groupe d’infirmières anglaises, l’une d’elle, Barbara, est le portrait d’Edith avec 20 ans de moins, il la retrouve en Angleterre et l’épouse. Après des années de bonheur, Barbara meurt, le film le montre par un simple plan de quelques lignes de condoléances imprimées sur le carnet de deuil d’un journal.Quand Clive revoit Theo, lors de la première guerre mondiale, ce dernier prisonnier dans un camp anglais, les retrouvailles sont glacées, l’Allemand est amer, accablé par la défaite de son pays. Plus tard, après la mort d’Edith, ayant quitté l’armée, ses deux fils enrôlés dans le nazisme, Theo, vieillissant, viendra s’installer en Angleterre et les deux amis deviendront inséparables. Et la surprise de Theo sera complète de constater qu’Angela, la jeune femme chauffeur du Général Wynne-Candy, est le sosie d’Edith.

 


photo Carlotta

Deborah Kerr interprète trois rôles à trois époques différentes, 1902, 1918, 1942 : Edith Hunter, Barbara Wynne, Angela Cannon ; la blonde et intransigeante Edith Hunter, corsetée dans ses vêtements raides, la douce Barbara, cheveux chatain, robes fluides, la pétulante et rousse Angela en tailleur militaire, moderne, sympa. Le projet du film ayant eu mauvaise presse auprès de Churchill et du War office, qui tenta de le stopper, craignant qu’il mine le moral de l’armée, notamment en empêchant la démobilisation de Laurence Olivier, premier choix de Powell, le rôle de Candy fut alors distribué à Roger Livesey, celui de Theo à Anton Walbrook.

 


photo Carlotta
« Colonel Blimp » (1943) est le premier film en Technicolor produit par « The Archers », la société de production de Michael Powell et Emeric Pressburger, duo qui réalisera ensuite « Le Narcisse noir » (1947) et « Les Chaussons rouges » (1948). Carlotta, qui signe ici la reprise en salle de la copie restaurée de « Colonel Blimp, » vient d’ailleurs d’éditer les DVD des deux films suivants. Le colonel Blimp était au départ un personnage de papier, représentant caricatural de l’establishment militaire, inventé par le caricaturiste David Low en 1934. A l’humour qui persiste dans le film, Powell et Presburger vont ajouter la nostalgie, le romantisme, le mélodrame mélancolique. Le film est de facture classique, les couleurs magnifiques très Technicolor, on craint un peu la longueur (2h45) en démarrant mais le flash-back quarante ans en arrière a vite faire d’immerger le spectateur dans des souvenirs qu’on va peu à peu remonter jusqu’à ce que de la jeunesse, de la vie, de l’espérance, il ne reste plus grand chose que ces souvenirs-là.Je lisais hier dans le dernier livre d’Angelo Rinaldi* une phrase que j’ai trouvé infiniment juste : « … si nous n’arrêtons pas de nous raconter notre vie, au risque de nous embrouiller dans les étapes, ne serait-ce pas pour croire qu’elle a bien eu lieu?… »

* « Les Souvenirs sont au comptoir » d’Angelo Rinaldi, Fayard, 2012

 

SORTIES Powell/Presburger Grand écran/DVD

« Colonel Blimp » (1943) reprise en salles 4 avril 2012
« Les Chaussons rouges » (1948) et « Le Narcisse noir » (1947) éditions Carlotta, sortie DVD 9 novembre 2011 et 7 mars 2012

 

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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