"Corps à corps" : raccords

François Hanss et Arthur-Emmanuel Pierre, 2003

Laura Bartelli, strip-teaseuse au « Moonside », un cabaret minable, s’apprête à raccrocher son costume d’effeuilleuse pour refaire sa vie. Tandis que Laura (Emmanuelle Seigner) apparaît sur scène pour la dernière fois en combinaison lamé argent et perruque assortie, un homme, Marco (Philippe Torreton) l’attend au fond de la salle avec l’expression absente d’un Jacques Dutronc, petites lunettes métalliques et mèches tombant sur les yeux. En coulisses, Laura se dispute avec ses collègues de strip-tease et on comprend qu’elle connait à peine ce Marco qu’elle s’apprête à suivre et épouser.

C’est vrai que les réalisateurs, puisqu’ils sont deux! , forcent dès le début sur les symboles : Après le plan argent du cabaret, Laura Bartelli, vêtue de blanc, rejoint Marco sur le parking. Plan suivant, Laura Bartelli, vêtue de rouge, monte dans sa voiture rouge à l’appel de son destin qu’on pressent noir. Dans les minutes qui suivent, Laura a un accident et sa voiture prend feu.
—–

 

On retrouve Laura (Emmanuelle Seigner) dans une chambre d’hôpital, allongée, intubée, bandée, dans le coma. Quand elle se réveille enfin après 15 opérations, elle devenue partiellement amnésique et sourde. La vie du couple s’organise, malgré tout, dans une maison de la campagne lyonnaise, isolée de tout et possédant même son propre groupe électrogène. Laura ne se défait jamais d’un bandage à un bras et cache ses cicatrices. Pendant une bonne partie du film, la voix off d’Emmanuelle Seigner raconte et lit les lettres. Le choix de la voix off est difficile à manipuler, on s’en rend compte ici où ça n’apporte rien, d’ailleurs, les réalisateurs la suppriment à mi-parcours. Dans la maison, tout est blanc comme un hôpital, les murs, les draps sur les meubles, les bandages. Bientôt, Laura est enceinte, elle écrit la nouvelle à son amie Doris, Marco s’empare de la lettre et la brûle à son insu, fin de la première partie. 

Emmanuelle Seigner ©Jean-Philippe Piter/Cinemane Films
© Pathé Distribution Galerie complète sur AlloCiné

 

6 ans plus tard, Laura et Marco vivent toujours dans la maison blanche et ont à présent un fils, Jeannot, qu’on dirait sorti de « La Classe de neige » de Claude Miller, enfant exutoire visiblement abusé et terrifié par son père. Le petit garçon manifestant des troubles du comportement en classe, l’institutrice (Yolande Moreau) s’en inquiète auprès de Laura qui va, en conséquence, consulter un médecin en ville. C’est en montrant une photo de son mari au pédiatre que Laura va enclencher la mécanique du drame. En sortant, Laura est ébranlée, pourquoi Marco lui aurait-il menti pendant toutes ces années? Laura décide d’enquêter et découvre que Marco a déjà été marié et père de famille, qu’il n’exerçait pas le métier de paysagiste autrefois…

 

 

Comme Laura a perdu l’audition, Marco lui parle avec les mains tout en chuchotant, et ce chuchotement est un choix judicieux qui donne une dimension de complot à tout ce qu’il dit. Pour en rajouter dans le harcèlement psychologique, Marco oblige leur fils à communiquer avec lui en langage des signes comme avec sa mère. L’enfant ayant une relative résistance à la maltraitance et la monstruosité du père semblant sans limites, Marco s’en prendra au chien, seule compagnie du petit garçon muré dans la solitude. Remarquable et sobre composition d’Emmanuelle Seigner, le regard gris saturé de souffrances et de déceptions, qu’on retrouve à son meilleur niveau depuis « Lunes de fiel ». 

Il a fallu deux réalisateurs, François Hanss et Arthur-Emmanuel Pierre, inconnus au bataillon, pour peaufiner ce nième Docteur Frankenstein et semer trop méthodiquement des indices tout au long du film afin qu’un spectateur attentif puisse dénouer dénouer l’intrigue, comme dans un jeu de pistes. Ainsi, la plan appuyé sur l’oiseau que Laura voit de sa chambre d’hôpital, le gros plan le coeur tatoué sur la poitrine de Marco (Philippe Torreton) « toi et moi pour toujours » ou la lettre brûlée. Ca fonctionne à peu près correctement mais les ficelles sont voyantes, les indices surlignés, les situations stéréotypées. Pour expliquer visuellement d’emblée le changement de comportement de Marco, il porte à présent les cheveux quasiment rasés d’un repris de justice et l’expression d’un dangereux cinglé plaquée sur la figure jusqu’à la fin du film.

 


Le film est porté davantage par les personnages que par l’atmosphère très stylisée, négligée, l’image banale malgré le jeu sur les couleurs du début. Les réalisateurs s’apppuient sur le jeu des acteurs et les grimaces de Philippe Torreton qui en fait des tonnes. Ils en rajoutent sur le fond de l’histoire, avec force de détails plus horribles les uns que les autres, le psychopathe possédant un excès de symptômes mixés de plusieurs pathologies (une aurait suffit), ce qui ôte de la crédibilité au personnage… Un forcing sur les ingrédients de départ au détriment de la forme à l’arrivée ; on se dit que ces deux-là sont sûrement plus férus de littérature que le cinéma…  C’est d’ailleurs souvent le défaut du cinéma français, cette façon hyperlittéraire de traiter le sujet avec deux têtes d’affiche pour pallier la mise en scène ; des acteurs, qui, dans ces conditions, sont souvent tentés de surjouer, comme Torreton théatralisant à l’excès, ce qui n’est absolument pas le cas d’Emmanuelle Seigner formée à l’école Polanski.

 

Pour Emmanuelle Seigner splendide et touchante, pour le thème universel de Frankenstein qui fonctionne toujours, un film à regarder si il passe à la télé, comme c’est le cas en ce moment sur câble/satellite (CinéCinéma Frisson) où je viens de le revoir…

 

Notre note

3 Stars (3 / 5)

Mots clés: , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top