"Deathproof" ("Boulevard de la mort") : Laisse tomber les filles!

Quentin Tarentino, compétition Cannes 2007

 

 

Sydney Tamiia Poitier. TFM Distribution

Un film Grindhouse était un programme de deux films quon passait dans des cinémas des quartiers populaires dans les années 70/80 aux USA, dans des drive-in, par exemple, cétait le projet de Tarentino avec « Deathproof » (série Z) couplé à « Planet Terror » (film d’horreur) de Rodrigues. Mais le film na pas eu de succès outre atlantique et pour lexportation, on a scindé le programme en deux, dénaturant le projet : nous avons donc hérité en compétition au festival de Cannes du film de Tarentino, allongé dune demi-heure. « Planet terror » devrait être présenté, lui, à la Mostra de Venise.

Tarentino a passé sa jeunesse à se gaver de ces films dexploitation où tous les personnages étaient primaires, toutes les situation improbables, le sexe, la violence, le gore, montrés bien au delà des limites tolérées par les studios dHollywood. Des films de la blackexploitation, Tarentino avait déjà récupéré Pam Grier dans « Jackie Brown ». Dans « Death proof », il modèle ses actrices sur les fantômes dillustres inconnues dont lui seul se souvient (voir le générique de fin avec les photos en noir et blancs dactrices oubliées de tous). Tarentino a voulu faire un slasher movie mais au lieu de larme blanche, son tueur, Mike la cascade, a une voiture deathproof (à lépreuve de la mort) et au lieu des hommes, ce sont les femmes qui vont devenir les tueuses.

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Sydney Tamiia Poitier, Zoe Bell et Vanessa Ferlito. TFM Distribution

 

Trois filles délurées dans une voiture parlent de sexe, de mecs, de rencontres, de fringues, de coiffure, de bons coups, du lendemain à partir en weed-end dans la maison du père de lune dentre elles pour un séjour sans mecs. Elles vont donc faire la fête avec une consigne, ne pas ramener dhomme. Tarentino se régale de filmer les jambes de Jungle Julia qui dépassent par la vitre de la voiture, la fille étant allongée sur la banquette arrière. Julia, qui travaille à la radio, est la star du groupe, autoritaire, sûre delle, superbe, elle distribue les cartes. La brune en short, seule, a repéré sur la route, un type qui les suit en voiture, quand elle sort fumer une cigarette, perchée sur le toit sous la pluie elle le revoit sur le parking mais Mike la cascade jure que cétait une coïncidence. Une blonde pas farouche demande à la cantonade quon la ramène chez elle en voiture, Mike la cascade, à présent en train de dîner au bar, accepte, au cas où on en douterait… elle nen réchappera pas. Moment culte ne figurant pas dans la version américaine, la lap dance de la brune en short et en tongs, torride (après le twist de « Pulp fiction »…)

 

Rosario Dawson, Tracie Thoms, Zoe Bell et Mary Elizabeth Winstead. TFM Distribution

 

Tarentino est si méticuleux quil met sur son film des fausses coupures, des zébrures, comme il y en avait dans les films de série Z (et dans le Grinhouse en deux films, il y avait des fausses pubs). Dans la seconde partie, limage est en noir et blanc, puis, se recolorise : la fille et la voiture deviennent jaune vif. Il joue dailleurs Warren, le petit rôle du barman qui sert une tournée de Chartreuse. Dès la première image, on est bluffé par les plans superbes, la fluidité du récit, la banlieue aux allures de ville rue entre western et film latino aux façades colorées où on boit du Redbull, où on écoute de la musique sur le juke-box dépoque. Film extrêmement bavard, Tarantino a dit en conférence de presse à Cannes quil navait rien inventé pour les dialogues des filles, il les a écoutées depuis des années, dailleurs, lui-même parle comme une mitraillette et leur demande visiblement le même débit. Les filles, les actrices, jouent entre pastiche dhier et modernité daujourdhui avec un langage cru, des vêtements débraillé sexy et des poses de vamp de ciné.

 

Kurt Russell. TFM Distribution

 

Mike la cascade, bouffi et balafré (Kurt Russel magistral avec des faux airs dEddy Mitchell) est un beau parleur, il endort ses proies avec des phrases poétiques, il ne boit pas et ses collisions pour tuer les femmes sont ses coïts à lui, cest pas lâme mais le sexe de lhomme qui est dans son automobile (Marcuse parlait de lâme). Quand Mike empoigne sa voiture, Tarentino soffre le luxe de passer le leit-motiv musical de « Cruising » de Friedkin, dailleurs, un collègue blogueur a vu Tarentino à la projection de « Cruising » à Cannes . Dans tous les cas, la BO est un régal et le « Laisse tomber les filles » au final la cerise sur le gâteau (rester pour le générique de fin)

Cest un film jubilatoire, pour le réalisateur et le spectateur, on se délecte, on peut dailleurs prendre le film au premier degré même sil possède un second degré. Ce film à la manière (revisitée) des séries Z est un vibrant hommage à un cinéma méprisé (aujourdhui devenu culte pour certains films exhumés des oubliettes) . Tous les cinémas mènent à Hollywood

 

TFM Distribution 


Ecrit sur CinéManiaC/Allociné le 12/06/07

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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