Family portraits : linsoutenable trilogie américaine

Festival de deauville 2006 / sortie DVD 24 octobre 2007


A l’occasion de la sortie en DVD de « Family portraits », premier film de Douglas Buck, je reprends sur le blog l’article que j’avais publié à l’époque sur Agoravox…

Depuis, Douglas Buck a réalisé un remake de « Sisters » de Brian de Palma dont la sortie en salle ou/et en DVD devrait être aux alentours de  février/mars 2008. Un blog pourtant, et pas des moindres… (il fait partie de mes favoris) a vu ce film en avant-première cet été, le Blog Matière Focale, lire leur critique du film…

« Family Portaits » / 18/10/06
Rares étaient les estomacs suffisamment solides pour assister à la projection tardive, au Festival de Deauville, de « Family portraits, a trilogy of America », le premier film de Douglas Buck… Plus rares encore ceux qui nen sont pas sortis prématurément… Mais ceux-là ont décelé un vrai réalisateur sous la provocation…

Constitué de trois court métrages, Cutting moments, Home et Prologue, la trilogie de Douglas Duck a nécessité pas moins de huit années de travail. Les deux premiers opus furent réalisés consécutivement, au milieu des années 1990, et le dernier segment dans un second temps. Quont en commun ces trois contes de la folie ordinaire, prenant place dans une banlieue de la middle class américaine ? La violence en famille : acte de violence apparemment isolé pour le premier, circonstances de la violence pour le second, conséquences de la violence pour le troisième.

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Une femme délaissée par son mari en arrive à sautomutiler pour exister, cest Cutting moments, un moment carrément insoutenable qui a poussé vers la sortie bon nombre de spectateurs du Festival de Deauville, où le film fut présenté tardivement, vers 23 heures, avec un avertissement préalable du réalisateur, présent à la projection, que les trente premières minutes du films pouvaient heurter. Pour ma part, je suis partie et… revenue pour le second segment : dans Home, un homme, taraudé par le souvenir dune mère dépressive et dun père effondré, massacre sa famille quand les récriminations de son épouse le ramènent au vécu de son traumatisme denfance… Dans Prologue, une jeune fille, handicapée à la suite dune odieuse agression pédophile, revient voir son agresseur et met la femme du pédophile face à son refus daccepter la vérité sur son mari et sur leur fille…

Dès les premières images de Cutting moments, on ressent un malaise : limage est salie, le ciel bas, les bruits exaspérants, comme le passage dun avion dans le ciel quand la famille est au jardin ; lhomme tient un sécateur dans les mains, la femme une paire de ciseaux, le repas de famille est un règlement de compte muet. Sur le point de se séparer, le couple est filmé avec son petit garçon en deux plans obsédants qui alternent comme un jeu de ping pong : on montre à lécran soit le visage du père et la moitié de celui de lenfant, soit le visage de la mère et lautre moitié du visage de lenfant.

Dans Home, le souvenir des infirmiers qui venaient chercher la mère de lhomme dans son enfance, le visage de son père accablé, dans le salon après son départ, ce même visage/masque quil va reprendre à son compte après les déclarations dinsatisfaction sexuelle de son épouse, donnent une inéluctable logique dramatique à lhistoire quon avait perçue plus faiblement dans le premier film où le réalisateur jouait davantage sur le pouvoir anxiogène des objets que sur les situations peu connues du spectateur.

Dans le dernier film, lambiance a évolué dans le sens dune histoire qui nest plus seulement focalisée sur les passages à lacte de violence, puisquil sagit de laprès-violence… On est autorisé à la compassion, dautant que le film est plus narratif, et construit différemment, plus mûr. Néanmoins, le réalisateur na pas lésiné sur les handicaps de cette jeune fille sans bras sur un fauteuil roulant reconnaissant son agresseur en allant rendre visite à la poste à son ex-boy friend fiancé à une autre. Un monstre dégénéré qui se fait davantage de soucis sur la défaillance de sa mémoire en ne retrouvant pas les cadavres de ses victimes là où ils les a enterrées que sur sa conscience. Il faut le point sur le i – sa propre fille a fait partie du lot – pour que la femme de lassassin pédophile accepte de voir ce quelle nie. Les parents de la jeune fille handicapée ne sont pas en reste, catastrophés de la voir revenir dans sa chambre demandant « Vous avez vendu ma voiture ? », ne sachant absolument pas comment se comporter avec leur fille, coupables collectivement de lagression quelle a subie.

On note dans les trois films lomniprésence des images du bonheur, comme les photos de mariage souriantes posées sur les meubles. Les objets de consommation sont des personnages à part entière, dont le réalisateur a très bien saisi le pouvoir dépressif, les filmant pour ce quils sont après la mort des illusions : des objets inanimés et inutiles, donnant une sensation de dérisoire et de gâchis, dont on peut prendre la mesure après le décès dun proche en rangeant ses affaires personnelles. Omniprésence également des armes blanches comme substituts à la sexualité défaillante dans une configuration mettant en scène la femme bovaryste, dépressive, et lhomme impuissant à la satisfaire.

Le réalisateur a dit dans une interview quil sétait inspiré de Bergman ; extrait : « Les films de Bergman sont à mes yeux de véritables films dhorreur et dépouvante. Bien quils ne montrent pas de victimes fuyant un tueur et ny arrivant pas vraiment, ni de poursuites en voiture ou de morts spectaculaires, ils traitent de ce dont nous avons vraiment, au fond de nous-mêmes, le plus peur : à savoir lidée que la vie nait pas de sens, que nous vivions dans un monde sans Dieu, accompagnés seulement par le silence et lindifférence… »

La mise en images de la violence comme Douglas Buck la ressentie chez Bergman va si loin dans sa représentation que la démonstration de lauteur et le contenu du message sen trouvent amoindris, le spectateur, anesthésié par le choc des images, étant lui-même traumatisé… Un film ultra-névrosé et dépressif, à déconseiller très vivement aux âmes normalement sensibles… Quand bon nombre de spectateurs, incapables den supporter davantage, sont sortis de la salle, après une vingtaine de minutes, une petite équipe de la production du film les attendait avec des caméras pour filmer leurs réactions : «Pourquoi êtes-vous sortis?» Et pourquoi y sommes-nous allés ? Cest un peu le thème de « Tesis » dAmenabar… Bon courage, un petit verre ou un Xanax ne sera pas de trop dans votre sac pour affronter ce film…

Article publié sur Agoravox le 18 octobre 2006

DVD (Wild side vidéo), sortie le 24 octobre 2007.

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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