« Fish tank » d’Andrea Arnold, en lice pour la Palme d’or? Epilogue d’un calvaire administratif cannois

Plage Macé
Je suis venue à Cannes pour faire des démarches administratives et tester ma résistance à essuyer des refus d’un peu tout, en deux jours, j’ai vu seulement deux films à l’arraché grâce à des invit miracle de dernière minute, ça fait un peu cher de la séance quand on connaît le prix des hôtels à Cannes pendant le festival… Pourtant sur ces deux uniques films, possible que j’ai vu la future Palme d’or… A 22h, les tueurs administratifs couchés, du cinéma, enfin! avec « Fish tank » d’Andrea Arnold, déjà sélectionnée avec le superbe « Red road », oscarisée pour un court-métrage, une surdouée qui a la baraka. Très applaudie à la fin de la projection, cette réalisatrice anglaise d’un cinéma en prise directe avec son époque,  fut-elle choquante et déprimante, a apparemment touché les festivaliers. Du moins, la plupart d’entre eux ont intuité qu’il valait mieux se passer les nerfs sur le second film en compétition « Nuit d’ivresse printannière » (vu en revanche par Jonathan de Tadah! blog) de Lou Ye, réalisateur chinois interdit en Chine, film que j’ai malheureusement loupé… (comme ils avaient tâclé « Serbis » du philippin Mendoza l’année dernière, bouc émissaire critique 2008), que de dire du mal de l’héritière de Ken Loach, le vrai, pas celui qui joue au fan avec Cantona (merci Diaphana, j’ai déjà vu à Paris « Looking for Eric » programmé pour lundi 18 mai à Cannes).
 
Auparavant, vers six heures du soir, je tente d’aller récupérer enfin un Pass d’accès aux projections, depuis lundi, c’est le suspense, le staff Orange, malgré le conséquent budget qu’il alloue au festival, s’est vu refuser un Pass à mon nom lors de sa demande groupée d’accréditations, comme suite à un imbroglio administratif qui ne les concernait en rien et que j’épargne au lecteur, ou plus précisemment, on ne leur a rien dit avant leur arrivée à Cannes pour me réserver la surprise sur place…  Non seulement l’accès aux bâtiments administratifs en sous-sol du Palais est quasiment isolé du reste du monde, encerclé de barrières de sécurité pour protéger l’accès à toutes les projections simultanées du Palais des festivals, la salle Debussy attenante au tapis rouge étant assiégée autant que le Grand théâtre Lumière, mais encore mon dossier administratif est toujours bloqué, invalidé, comme on dit… Et si pas de Pass = pas de films… Conclusion : jamais en sortant de ce sous-sol sinistre du Palais des festivals, le film « Chute libre » ne m’a paru plus sensé, Michael Douglas bascule quand on lui dit chez Mac Do que l’heure du petit déjeuner est passée, en soi, ce n’est rien… Le antihéros de « Chute libre » est le produit d’une vie de tracasseries, brimades et frustrations et puis, il y a celle de trop… Après les poupées vaudou à l’effigie de Sarkoléon, il faudrait penser à faire celles de l’admistrative perverse à transpercer de mille aiguilles rouillées. 

 

Thierry Frémaux, délégué du festival, et la réalisatrice Andrea Arnold au sortir de la projection officielle

 

Comme disait une amie de ma tante, on trouve toujours des solutions, même mauvaises… Seule vraie solution pour essayer d’aller voir des films de la sélection officielle : aller quémander des invit près du tapis rouge, des invit bleues qui n’ont pas besoin de posséder un Pass pour être valides, des invit marron avec n’importe quel Pass mais pas à n’importe quelle heure. Or, depuis hier, c’est à dire cette année, on a isolé les invités au milieu de la rue entre deux barrières, ce qui augmente grandement la difficulté à les aborder, but de la manoeuvre. Vers 22h, ayant noté la veille que tous les festivaliers ne sont pas encore au courant  (ce qui ne saurait tarder) qu’on ne fait plus la queue depuis les jardins comme pendant des lustres car j’en vois pas mal faire le grand tour, étonnés, leur carton à la main, j’en stoppe deux pour demander « vous n’auriez pas s’il vous plait… »,  dès la seconde tentative, une dame me donne un carton bleu d’orchestre, un must… Je ne me méfie pas et je refais moi aussi le grand tour pour prendre la file d’attente des invités, toute revigorée. Petit problème, enfin arrivée en haut des marches, je manque de les redescendre aussitôt, cette invit a déjà été compostée, donc utilisée… Un vigile me stoppe, il demande son avis à un collègue qui hausse les épaules, qu’on me laisse passer, ouf! 

« Fish tank » d’Andrea Arnold  (prix du jury)  
sortie 16 septembre 2009
Comme dans son précédent film « Red road », il s’agit d’un douloureux pardon des offenses qui n’efface en rien les traumatismes, de la possibilité de recommencer sa vie, même cassé, explosé, de « faire avec » comme on dit, de la capacité immense de résilience. Comme dans « Red road », la réalisatrice utilise une métaphore animale, après le chien de « Red road » qui surlignait avec une grande émotion le récit, ici, c’est d’un cheval vieillissant au seuil d’être abattu qu’il s’agit, un cheval attaché à un piquet auquel s’est attachée Mia, l’héroïne de « Fish tank », bad girl qui n’aime personne mais voudrait rendre la liberté à l’animal… 

photo MK2

Mia, masculine, férue de rap et de breakdance, vit avec sa mère, une pouff, comme dit si bien sa petite soeur… La mère est à la fois un monstre et une victime, élevant seule deux filles, elle s’habille en bimbo platinée, minijupée, et se comporte en femme enfant capricieuse ne songeant qu’à se débarrasser de ses filles pour alpaguer un nouveau mec avec qui s’éclater, comme elle le dit au téléphone à une copine, « ils » ne sont bons qu’à « ça » et le dernier en date est particulièrement doué. 
Soudain, un étranger moins vulgaire que les autres, vient habiter chez Mia, lors de la première rencontre, on admire combien la réalisatrice sait filmer l’impalpable, le désir : la manière de filmer mine de rien la chute de rein du bellâtre que Mia regarde sans traduire encore consciemment ce qui la trouble, la banalité des propos pour nier le désir des corps. Cet étranger, de surcroît, à la fibre paternelle et même transgressive… Un soir de beuverie, la mère écroulée à l’étage, défoncée, l’homme se jette sur Mia, quinze ans, dont on voit qu’elle a accepté de l’aimer et croit à la réciproque, après, ça se gâte, le type demande si il a assuré sexuellement, c’est la seule chose, avec n’en parler à personne, qui le tracasse… Plus tard, Mia découvre que cet homme a une vie de famille, c’est le dégoût… La mère veut la boucler dans un centre de redressement pour lui apprendre les bonnes manières, à ne plus se battre comme un bad boy,  par jalousie féminine aussi, la mère préfère la petite soeur, allant jusqu’à narrer une anecdote  : elle voulait se faire avorter de Mia, elle avait même pris rendez-vous… La scène presque finale où les trois femmes dansent ensemble avant le départ de Mia est courageuse, ces trois-là s’aiment malgré tout, esquisse de la capacité quasi illimitée de pardon des offenses, au moins partiellement…

Un film magnifique, troublant, sensuel, bouleversant et sobre, une émotion anglaise sèche, un film à la fois social et sur la mécanique du désir, voire la logique de la transgression. A noter, comme me l’a fait remarquer mon Voisin blogueur de Tadah!blog que ce film n’est pas sans faire penser à un film en compétition au festival de Deauville en septembre dernier « Towelhead » qui va sortir cet été (le 29  juillet 2009) en salles.

 

De la Plage Orange… J2… 
Dans l’après-midi, je suis passée faire un saut à la plage Orange, le producteur Alain Terzian et Michel Boujenah y avaient visiblement pris leurs quartiers cannois Jean-Paul Rouve, lui, était présent à la fois sur la terrasse en chair et en os et sur un écran de télé car il fait partie du casting d’un film, « Le Coach » (sortie le  9 septembre 2009), produit par Studio 37, filiale toute neuve de production du groupe Orange. Quand je lui demande l’autorisation de le photographier, Jean-Paul Rouve pose gentiment sans se faire prier, tout le monde n’a pas la grosse tête à Cannes, c’est réconfortant. Assise par mégarde sur un canapé du corner Studio 37, j’en profite pour me cultiver, on me donne le catalogue, on m’explique en deux mots… D’abord, Studio 37 a un film en sélection officielle « A l’Origine » de Xavier Giannoli qui sera présenté le 21 mai à Cannes (sortie la veille!!! le 20 mai en salles) et deux dans les sections parallèles : « Lascars » à la Semaine de la critique et « Les Beaux gosses » à la Quinzaine. Ensuite, ce n’est en rien une structure de production classique, au contraire, ce département se veut innovant et le plus souvent en coproduction avec d’autres producteurs connus ou pas, je note que dans les films à venir, il coproduisent le prochain Michele Placido (auteur de « Romanzo criminale), un film intitulé « Le Grand rêve » (sortie fin 2009).

 

Cannes chez soi…


Comme je suis néanmoins toujours invitée par Orange à suivre le 62° festival de Cannes (voir mon billet précédent…), et je remercie l’équipe pour sa gentillesse malgré les embûches cannoises, je poursuis ma mini-rubrique TV de donner une idée de programme qui me plait sur Orange Cinéma Séries spécial Cannes du lendemain

 

Vendredi 15 mai à 22h30, « Crash » (1999) de Cronenberg s’après un roman de JG Ballard, sexualité, fétichisme et accidents de voiture… Fait partie de la programmation des soirées « Cannes scandale » sur Orange cinénovo

, on trouverait difficilement film plus concerné par cette rubrique… 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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