« Ho! » : un gangster médiatique avant l’heure…

Robert Enrico, 1968


On repassait ce soir pour la seconde fois en deux ans sur Paris-Première (seule chaîne à le programmer, visiblement… ) un film quasiment oublié :  « Ho! » de Robert Enrico qui trouve d’autant plus sa résonnance dans l’actualité cinématographique à l’heure où « Mesrine » est nominé multe fois aux prochains César que le sujet est de la même veine : la construction d’un bandit médiatique, de l’ennemi public numéro 1 qui veut faire la Une des journaux. Tiré dun roman de José Giovanni, «Ho!» fut adapté au cinéma par Robert Enrico en 1968. Un réalisateur qui a déjà tourné à lépoque «Les Grandes gueules» (1965) avec un Bourvil à contre-emploi, le film culte  « Les Aventuriers » (1967, avec déjà Joanna Shimkus au générique) mais dont on se souvient surtout aujourdhui grâce au «Vieux fusil» (1975) avec Romy Schneider.

 

 

Ho (JP Belmondo) est le diminutif de François Holin, ancien coureur automobile ayant raccroché le volant après la mort accidentelle de son copilote dans l’incendie d’une voiture, accident traumatisant dont il a été accusé, à tort, d’être responsable. Une malédiction qui le poursuivra quand, vers la fin du film,  la seule personne qu’il aime périra aussi dans l’explosion d’une voiture en feu… Orphelin des circuits, Ho sert de chauffeur à une bande de malfrats sanguinaires et finit par tomber pour un vol de voiture. Emprisonné à la Prison de la Santé à Paris où le film fut réellement tourné, Ho se fait une réputation de caïd en sen évadant… (possible qu’il ait prémédité son arrestation pour acquérir l’image d’un dur capable de s’évader de prison). Qualifié après son évasion dhybride dArsène Lupin et dAl Capone par un journaliste de France-Soir, autre lieu réel du tournage, François Holin a réussi son premier coup médiatique et peut s’adonner au grand banditisme en chef respecté, exit le chauffeur regardé avec condescendance par les frères Schwartz, Ho! devient lennemi public n°1.

 

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Jean-Paul Belmondo
© Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Galerie complète sur AlloCiné

 

On voit le Jean-Paul Belmondo de «Pierrot le fou» (1965) avant sa grande période commerciale cependant que pointe déjà parfois le futur personnage du «Magnifique» avec ses fanfaronnades et ses vantardises Le portrait dun voyou macho plus nombriliste que cupide, victime des sirènes de la notoriété (déjà à lépoque), qui écrit sa légende par journaliste interposé (Paul Crauchet) à qui il dicte ses papiers en échange de tuyaux. Les scènes en prison avec le clochard dont il emprunte l’identité et les fringues sont quasiment les mêmes que les futures scènes de Belmondo dans « Le Professionnel » (1981) quand le héros, ancien agent secret balancé par les services, va voir sa femme la nuit déguisé en clochard à la barbe des flics en bas de chez lui.

 


Quel film savoureux, quel vrai film noir modeste et efficace Un film très daté avec lancien drugstore des Champs-Elysées, les collants orange et la grande capeline noire du mannequin (on ne disait pas encore top model) et petite amie de Ho joué par Joanna Shimkus, ravissante actrice des sixties aux cheveux blond vénitien et au charme ravageur qui deviendra plus tard lépouse de lacteur américain Sydney Poitier. Craquante scène du début où Ho et Bénédicte roulent dans un drôle d’igloo d’appartement tapissé de fourrure… (A noter pour les Belmondistes que quand elle l’appelle « François! », on pense à Marie-France Pisier et le François d’un des meilleurs films de Belmondo période commerciale : « Le Corps de mon ennemi », 1976).


Paul Crauchet et Jean-Paul Belmondo
© Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Galerie complète sur AlloCiné

Des dialogues de «durs» comme on nen fait (malheureusement) plus tels «démarre, sinon la suite risque de sécrire en rouge », «les amis, pour quils soient sûrs, il vaut mieux en changer souvent» Une musique quon retrouvera dans «Borsalino» (1970) Mais cest aussi un film avec des fulgurances très modernes comme cette scène ou Ho, dans une crise de narcissisme, punaise sur les murs de son logement sordide des coupures de journal avec sa photo en dizaines dexemplaire. Ou encore lemploi du noir et blanc sur les flash-backs des exactions de la bande rivale. La fin du film est également très en avance sur les films de lépoque : larrestation de Ho avec les flashes des photographes qui claquent comme les coups de feu qui viennent de cesser, et Ho protégeant son visage de ses mains ensanglantées, superbe fin. Un film qui semble en avoir inspiré beaucoup, à voir et revoir…

 

 

 

Acteurs :

Jean-Paul Belmondo : Ho

Joanna Shimkus : Bénédicte

Paul Crauchet : le journaliste

Réalisateur : Robert Enrico

« Ho! » : Film 1968

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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