Hommage à Spike Lee avec « Miracle à Santa Anna » en avant-première européenne, « Momma’s man » et « Afterschool » controversés


mouettes sur la plage de Deauville à l’heure du déjeuner

 

Depuis lundi, l’été tentait un retour le matin avant la marée haute, et puis, aujourd’hui, le soleil n’a pas fait place à la pluie dans l’après-midi et on aurait pu passer sa journée à la plage si l’appel des projections n’avait pris le dessus. Premier film en compétition de la journée, « Momma’s man », film à très petit budget, tourné modestement caméra à l’épaule avec les parents du réalisateur Azazel Jacobs dans leur propre rôle, raconte l’histoire d’un homme, objet de la crise de la quarantaine se signalant quand il n’arrive pas à prendre son avion de retour chez lui et reste chez ses parents au lieu d’aller rejoindre sa femme en Californie. Des spectateurs sont sortis de la salle au bout d’un quart d’heure en ronchonnant que pour voir ça, ils feraient aussi bien de tourner leur propre film, d’autres plus tenaces ont été émus, dans tous les cas, on est face à une oeuvre minimaliste et d’une humilité non feinte. 


« Momma’s man  » d’Azazel Jacobs
L’après-midi, le second film en compétition que, personnellement, j’avais apprécié à Cannes dans la section Un Certain regard, à mon grand étonnement, n’a pas plu à tout le monde, loin s’en faut, lors de la conférence de presse d’Antonio Campos, le réalisateur, (il y avait si peu de monde que c’en était gênant, la séance écourtée), quelques questions agressives ne cachant pas le désaveu sur le fond et la forme du film, la première carrément moraliste (va-t-on voir à ce festival seulement sexe et drogue?), la seconde faisant la leçon au cinéaste sur sa façon de filmer, dans ces conditions, quel public voudrait-il cibler… En revanche, pour la conférence de presse suivante avec Spike Lee, le retard pris était tel, que, malgré une salle comble, le réalisateur s’est assis rapidement et a enchaîné aussitôt : « Questions? » et le tout n’a pas duré une demi-heure. De toute façon, il ne restait plus que le temps d’aller refaire le tour du CID et de remonter au pas de course le tapis rouge pour la projection chic du soir avancée à 19h30, ce « Miracle à Santa Anna » durant 2h40.

« Afterschool » d’Antonio Campos


(sortie 1er octobre)
Antonio Campos à la conférence de presse du mercredi
Le film d’Antonio Campos a dérangé, on l’a vu en conférence de presse où personne ou presque n’avait eu envie se déplacer après la projection du fim sauf quelques journalistes assidus pour dire, pour ceux qui se sont exprimés, qu’ils n’avaient pas aimé son film, ce qui est leur droit, bien entendu… Le réalisateur l’a bien compris qui a répondu qu’il avait fait son film exactement tel qu’il avait voulu le faire, que s’il avait voulu faire un film grand public sur la drogue, il s’y serait pris autrement (ce qui n’empêche pas qu’il serait ravi qu’Afterschool » soit vu)… D’ailleurs, les spectateurs n’ont-ils pas la réponse quand on reformate le film de Robert pour le peindre en rose avec musique et petites filles sages? Ce film parle surtout d’un constat : l’addiction des ados pour des sites comme MySpace et YouTube dont ils visionnent les vidéos en boucle, le sexe et la drogue n’étant pas la nouveauté question sujet, déjà tellement traité depuis les années 80. En revanche, ce qui a intéressé Antonio Campos, c’est la corrélation entre milieu social et consommation de drogue, la frange d’étudiants riches à qui les parents donnent beaucoup d’argent de poche et dont ils ignorent que cet argent servira surtout à acheter de la drogue, de la cocaïne essentiellement. Les nouvelles technologies ont changé la donne de la quête indentitaire d’un ado comme Robert, le réalisateur cite l’exemple extrême de bandes de filles qui rouent de coups une inconnue dans la rue pour pouvoir ensuite passer le film de leurs exploits sur MySpace… C’est cela qu’il faut retenir du film, cette obsession de capturer, filmer tout et tout le temps afin de le mettre en ligne (la vie ne vaudrait que photographiée ou filmée?), pour le reste, pas plus de message délivré dans ce film que de morale, c’est un état des lieux, un constat dérangeant…

 


Spike Lee  la conférence presse suivante top chrono  


Hommage à Spike Lee



Hommage mercredi soir à Spike Lee avec, pour faire la synthèse de son oeuvre, outre un beau montage d’extraits de ses films, l’intervention très intéressante du directeur de la programmation de la cinémathèque française qui programme d’ailleurs le film « Miracle At Santa Anna » en avant-première pour ses abonnés samedi 12 septembre. Parti de la conférence de presse à 19h en jogging et casquette, une demi-heure plus tard, c’est en gentleman, costume gris rayé, lunettes en écaille et croix autour du coup, que Monsieur Spike Lee gagne le red carpet, et assiste à l’hommage qui lui est consacré, visiblement ému. Spike Lee n’est jamais venu à Deauville ni en Normandie, dans la matinée, il en a profité pour aller rendre hommage, hors promo!, aux soldats de 1944 enterrés dans le cimétière d’Omaha beach et il a découvert qu’il y avait aussi là-bas des soldats afro-américains, comme ceux dont le film « Miracle at Santa Anna » réhabilite la participation pendant la seconde guerre mondiale. Au cours de la conférence de presse, Spike Lee a raconté une anecdote triste comme son film : après la guerre, des soldats sont revenus d’Europe chez eux en Virginie avec la certitude que c’en était fini de la ségrégation, et à l’arrivée, ils ont trouvé deux pancartes distinctes pour regrouper les soldats blancs d’un côté, les soldats noirs de l’autre… 

« Miracle at Santa Anna » de Spike Lee

(sortie 22 octobre) 

Inspiré de la vague néoréaliste du cinéma italien, Spike Lee confirme en conférence de presse qu’il s’est inspiré de cinéastes comme Rosselini ou du « Voleur de bicyclettes » de De Sica, le film raconte le massacre des villageois de Santa Anna en Italie pendant la seconde guerre mondiale, réhabilitant deux grands oubliés des films de guerre Hollywoodiens : les soldats afro-américains et les résistants italiens.  

Derek Luke
© TFM Distribution Galerie complète sur AlloCiné

 

La critique du film bientôt sur le blog…

PS. Changement dans les Nuits américaines : à 17h jeudi, on passera « La Valse dans l’ombre », très beau film avec un couple inoubliable : Robert Taylor et Vivien Leigh!!!

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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