« Howl » : Ginsberg beat generation

Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sortie 15 février 2011

Pitch

La genèse de "Howl", premier livre du poète Allen Ginsberg dont l'éditeur fut l'objet d'un procès pour publication d'ouvrages obscènes en 1957 à San Francisco. Le portrait d'un écrivain en devenir, un des leaders majeurs de la beat generation.

 

Il y a quelques temps, j’avais eu l’occasion de voir un documentaire dans le cadre du cycle road movies sur Canal : « Ferlinghetti, le dernier des beatniks », un artiste contemporain de Kerouac, Burroughs, Ginsberg, qui avait été le premier à publier leurs ouvrages à la fin des années 50 dans sa librairie de San Francisco « City lights bookstore » qui existe toujours. La publication de « Howl » d’Allen Ginsberg donna lieu en 1957 à un mémorable procès en obscénité intenté par les conservateurs contre l’éditeur. Produit par Gus Van Sant, le film « Howl » raconte la création du mythe Allen Ginsberg avec le procès en question en toile de fond, ce qui donne l’occasion de voir le magnifique Jon Hamm dans le rôle de l’avocat de la défense.
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Lawrence Ferlinghetti devant sa librairie City Lights en 1958

Le film entrelace trois angles de vue sur Ginsberg sur BO jazz : le procès pour obscénité de 1957, la genèse de « Howl »* dont on lit en voix off des superbes extraits de poèmes, un volet animation, séquences illustrant les poèmes. La somme est le portrait d’un écrivain en construction, interprété par James Franco, qui dit qu’il n’y avait pas de beat generation a priori, seulement des types qui voulaient qu’on publie leurs livres… On a dans ce doc, Allen Ginsberg/James Franco avec ses rencontres déterminantes : Jack Kerouac, Neal Cassady
(Dean Moriarty dans « Sur la route »), Gregory Corso et des extraits d’archives, le dernier plan étant une photo du vrai Ginsberg âgé (il est mort en 1997), qui, soit dit au passage, n’était pas aussi beau que James Franco… Entre temps, Ginsberg aura fait le lien entre les beatniks des années 50 et les hippies des années 60 (il se liera plus tard avec Bob Dylan) mais le film s’en tient à la première période.  


photo Mica Films

En 1955, Allen Ginsberg invente une nouvelle forme d’écriture où il décrit sa vision poétique du monde ou plutôt les sensations « poétisées » que lui inspire son quotidien, cela donne des phrases (d)étonnantes pour le profane de l’époque comme « écoutant la terreur à travers les murs » ou « la soupe totale animale du temps », des associations de mots, d’adjectifs que va tenter d’utiliser l’accusation lors du procès en les qualifiant d' »incompréhensibles » d’un point de vue littéraire. Il dira plus tard dans le film qu’il ne savait pas toujours immédiatement la signification de ses associations de mots/maux mais son insconscient le savait!
Côté vie privée, Ginsberg (James Franco) tombe amoureux de Kerouac (Todd Rotondi) qui est hétérosexuel mais cette passion unilatérale lui donne l’inspiration, l’idée que c’est son corps qui écrit. Avec Neal Cassady

** (Jon Prescott), l’alter ego de Jack Kerouac, Allen Ginsberg a une brève relation amoureuse mais ce dernier, marié***, instable, dingue de vitesse, sexe et drogue, préfère, en fait, les femmes (à quand un biopic de Neal Cassady?). Ensuite, Allen Ginsberg rencontrera son compagnon Peter Orlowsky qui le restera jusqu’à la fin. Un événement va marquer durablement Ginsberg à ses débuts, il est hospitalisé dans un HP à New York pendant 8 mois, et, si lui-même ne subit pas les électrochocs en vogue à l’époque dans la psychiatrie des années 50/60, l’écrivain Carl Solomon, avec qui il se lie sur place, en sera la victime pendant des années, ce qui ne sera pas sans lui rappeler que sa mère avait été victime, pour sa part, d’une lobotomie, autre pratique aberrante de la psychiatrie d’antan. Ce thème de l’asile (« l’asile invincible »), des électrochocs et la lobotomie (« les fenêtres des crânes ») comme le thème des drogues, va planer sur « Howl ». 


Peter Orlowsky (Aaron Tveit) et Allen Ginsberg (James Franco), photo Mica Films 

Personnellement, j’ai adoré ce film, un vrai « trip », une immersion totale dans la beat generation, bercée par la lecture des extraits de « Howl »* (scène récurrente face à une audience), BO, images, acteurs, tout est OK, planant, bien que je sois un poil moins fan des séquences animation… Avant la sortie de l’adaptation de « Sur la route » de Kerouac par Walter Salles (annoncée pour début 2012), « Howl » (sortie le 1er février 2012) donne l’occasion d’aller réviser en amont sa contre-culture… 

Allen Ginsberg (à droite) avec son compagnon Peter Orlowsky

 

Allen Ginsberg (à droite) et Gregory Corso (photo Life magazine, 1959) 

Notes.

***Carolyn Cassady a publié son autobiographie « Sur ma route » (collection 10/18) où elle raconte le dessous des cartes de son mariage avec Neal Cassady, notamment les relations du triangle Cassady/Kerouac/Ginsberg** Neal Cassady avait commencé à écrire son autobiographie : « The First third » (publié en français en 1998 sous le titre de « Première jeunesse »

, collection 10/18 épuisé… mais on peut le trouver en anglais…)* « Howl et autres poèmes » est édité en version bilingue chez Christian Bourgois

Lire aussi le blog (en VO) : The Allen Ginsberg project…


Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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