Huston, années 80 : "Under the volcano ("Au dessous du volcan") et "Wise blood" ("Le Malin") : damnés

focus film John Huston, 1979, 1984, coffret DVD sortie 8 octobre 2008
    

Qu’ont en commun les héros damnés de ces deux films de John Huston années 80, le consul alcoolique Geoffrey Firmin d' »Au dessous du volcan » et le prêcheur Hazel Motes du « Malin », tous deux issus de livres cultes : « Under the volcano » de Malcom Lowry pour le premier, « Wise blood » de Flannery O’ Connor pour le second? L’auto-destruction? Où la recherche de l’absolu spirituel passant par l’inéluctable autodestruction de l’individu?
Tourné en 1979 avec « les moyens du bord » pour un réalisateur aussi connu que Huston, c’est à dire en Georgie loin des studios, en décor naturel, sans stars connues, « Le Malin » est un film qui met mal à l’aise de la première à la dernière image : ainsi que le chauffeur de taxi qui voit aussitôt en Hazel Motes un pasteur avant même que celui-ci ait en ait eu conscience, le spectateur est glacé par le regard halluciné de l’ancien soldat démobilisé pour retrouver une région morte et une maison en ruines. Dans le train qui le mène à la ville, on a affaire à un fou, en ville, Hazel  Motes va trouver plus fou que lui en un prédicateur escroc qui se fait passer pour un non voyant, accompagné de sa fille qui, elle, va  s’enticher de ce sosie de son père à la différence que ce dernier croit à son discours : intégriste par nature, Hazel Motes jette son dévolu sur la création d’un nouveau culte : l’Eglise sans Christ.

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Si les Hustonophiles ont un faible pour « Le Malin »… cette Amérique profonde abreuvée et nourrie de fanatisme religieux me révulse  tant que je veux la croire trop féroce et stylisée dans ce film… Quant à « Au dessous du volcan » : tourné en 1984 au Mexique où Huston habite, mettant en scène un alcoolique comme Huston l’est aussi, qui d’autre pouvait s’attaquer à ce livre? Dans un des suppléments du coffret, on a une pièce rare : un reportage sur le tournage du film… On y voit Huston au travail, très autoritaire, pas très sympathique mais bon vivant et jouisseur, d’une grande vivacité alors qu’il a déjà 78 ans. En admiration devant son interprète Albert Finney dont il dit que c’est la plus belle performance d’acteur dans un de ses films, pourtant, si on a trouvé à l’époque son jeu outré, c’est encore valable aujourd’hui.  Le tropisme pour les prostituées de Huston conduit Hazel Motes dans « Le Malin » chez une d’entre elles, obèse et hideuse, dès son arrivée en ville, dont il a trouvé l’adresse dans des toilettes publiques… Pour le groupe de prostituées d' »Au dessous du volcan », Huston a recruté des vraies professionnelles sur place au Mexique  pour jouer leur rôle dans la magnifique scène finale où le consul va trouver une mort aussi minable et crasseuse que ce « Farolito » où il passe ses dernières heures, lieu de perdition à tous les sens du terme. Autre point commun entre ces films, tous deux tournés en décors naturels : la focalisation sur le destin tragique d’un personnage énorme, voire monstrueux dans son genre, avec pour conséquence l’interprétation extravertie, hystérique, parfois géniale, des deux acteurs principaux : Brad Dourif dans « Le Malin » et Albert Finney dans « Au dessous du volcan ».

Bien que par essence au dessous du livre de Malcom Lowry, monument maudit de la littérature, réputé inadaptable, j’ai néanmoins retrouvé avec émotion les personnages d' »Au dessous du volcan ». « …ainsi quand tu partis Yvonne, j’allais à Oaxaca, quoi de plus triste mot… », c’est par une de ces phrases incomparables qu’est évoquée la femme aimée, perdue, dans le livre… D’Yvonne, l’auteur se débarrasse assez vite, ce qui n’est pas le cas du film qui fait d’Yvonne/Jacqueline Bisset, l’élégance même, la beauté pastel, un personnage aussi important que son consul de mari et son beau-frère, demi-frère du consul avec qui on laisse entendre qu’elle aurait eu une aventure que ne pardonnera jamais Geoffrey Firmin. Pas plus qu’il ne s’est pardonné les exactions des soldats sous ses ordres pendant la dernière guerre. C’est apparemment cette culpabilité qui a conduit le consul à l’alcoolisme chronique, dans un premier temps, le passage à la déchéance totale étant symbolisé à mi-récit par le Mescal qu’il refusait jusqu’alors dans les cantinas, la boisson du des damnés, comme il le dit…

Même si il ne cesse d’y revenir, ce n’est pas tant la culpabilité et la rancune qui mènent Firmin aux enfers mais l’image idéalisée et inaccessible qu’il a de l’existence, de sa fonction, de sa femme, car, depuis longtemps le consul est déjà mort moralement et sa vision du monde n’est pas de ce monde… Les plus belles scènes du film sont la première, dès le générique, le jour de la fête des morts célébré au Mexique comme un carnaval où on s’amuse avec les squelettes habillés comme des poupées pour que les esprits reviennent sans trouver sur leur chemin la tristesse… Et la dernière scène dans ce bouge, le « Farolito », rempli de crapules fascisantes et de putes arrogantes, où Firmin se rend comme on va se suicider de la manière la plus crade possible. La scène est choc, on a mal à l’estomac  quand le consul humilié dans ce bouge infame, abattu dehors comme un chien, jeté dans un fossé, trouve sa rédemption à l’envers, l
‘ultime étape de son chemin de croix… Trois semaines de tournage ont été nécessaires pour tourner cette fin, là, Huston a fait fort…

 

Albert Finney
© Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Galerie complète sur AlloCiné

 

Dans la galerie des personnages déchus chers à John Huston, je prefère personnellement des films antérieurs de Huston années 60 comme « La Nuit de l’iguane » (1964) ou « Reflets dans un oeil d’or » (1967), encore deux adaptations litéraires, respectivement des livres de Tennessee Williams et Carson Mc Cullers, où il demeurait encore une certaine moiteur indolente, des plages de répit, alors que dans ces deux films des années 80, tout est dur, impitoyable, les personnages monolithiques, et même la chaleur du Mexique peine à réchauffer (la grâce du retour d’Yvonne en rajoutant dans le gâchis et l’impuissance du consul à ne pouvoir aimer la femme qu’il aime,..) Pour les inconditionnels de Huston, avec ce long documentaire assez exceptionnel sur le tournage du film « Au dessous du volcan », ils seront comblés…

Coffret 3 DVD collector éditions Carlotta avec « Le Malin », « Au dessous du volcan » et « Notes sur au dessous du volcan » (1h), de nombreux suppléments dont le documentaire très rare de Gary Conklin qui a suivi Huston sur le tournage du film.

 

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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