"I'm not there" : Dylan et ses hétéronymes+débat Guillaume Canet

focus film Rencontres internationales de cinéma à Paris, vendredi 30 novembre, sortie le 5 décembre
Soirée événement bondée vendredi soir au cinéma des cinéastes avec un maximum d’invitations et peu de places à vendre pour le public, comme aime les organiser le Forum des images, avec des places qu’on vend à l’avance, puis, qu’on ne vend plus, ensuite, on vous dit de réserver, de venir avant 18h, et puis, ce n’est plus l’heure, c’est à 19h30, dans l’intervalle, il ne reste plus de places, on refuse du monde, etc… Contrairement à la rigidité du cinéma l’Arlequin (hébergeur de bien des soirées de festival) où le jeu consiste à vous dire systématiquement non, au cinéma des cinéastes, ça s’arrange facilement, après quelques récriminations molles que j’ai réservé par téléphone et par mail, on me vend une place (pour l’ouverture, à vrai dire, j’ai eu une invit mais le pb de l’ambiguité de l’accès du public à une séance de cinéma officiellement ouverte à la vente mais en réalité quasiment privée, et ce dans le cadre d’un festival public, comme cela arrive trop souvent à Paris, m’interpelle, comme on dit…). 

« I’m not there »


Guillaume Canet, Todd Haynes et la traductrice la plus rapide de France!

 

le film

 

Revenons à notre affaire : avant-première du très attendu nouveau film de Todd Haynes dont je viens de voir la veille le génial « Velvet goldmine », lire mon billet précédent… Du Glam rock du premier aux années 60 Dylan, ça promettait d’être ébouriffant… On savait, puisque le film a été présenté à la Mostra de Venise, qu’on aurait 6 Dylan pour le prix d’un, et ça ferait sans doute plus tendance, plus artiste, que j’écrive ici combien c’était limpide et trop cool ces six personnages en quête d’auteur… Eh bien, non, je n’ai rien compris à ce film. J’ai bien compris qu’étant donné les tranches de vie et de carrière de Dylan, qui avait avancé par étapes en niant à chaque fois la précédente (choc du passage de la guitare sèche à la guitare électrique qui avait indigné ses fans à lépoque, par exemple), cela justifiait 6 Dylan pour que ça soit plus clair que « Je est un autre » (citation de Rimbaud, comme le Dylan numéro 2 nommé Arthur).

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En fait, il s’agit de 6 hétéronymes car il eût été trop simple que les 6 figures de Dylan portent le nom de Bob Dylan ou même soient tous des chanteurs ou, pire, soient tous des hommes puisquun des Dylan  est une femme jouée par Cate Blanchett (elle représente le Dylan androgyne). Un peu comme Fernando Pessoa qui inventait une biographie pour les différents pseudonymes qu’il utilisait pour écrire des livres (qu’il choisissait selon leur style), quon a appelé alors des hétéronymes.


Démarrant avec un garçonnet black de 11 ans qui se raconte comme son fantôme revenu hanter les lieux de son enfance, on en arrivera à un incompréhensible Richard Gere baba, vieilli et rustique. En passant par un jeune poète (Ben Wishaw), celui qui fait le plus penser à Dylan tel quon limagine avec un esprit sans imagination, un acteur (Heath Ledger) jouant le rôle du chanteur, le chanteur devenu  pasteur (Christian Bale dans les 2 rôles) et un Dylan androgyne drogué aux amphétamines, interprété par une femme, performance dactrice de Cate Blanchett qui, méconnaissable ( ?), le chemisier boutonné sous le menton sur poitrine bandée, la  posture voûtée, les cheveux bruns Dylan frisés, et tutti quanti, ne fonctionne pas vraiment,  malgré son prix à Venise. Cest ce Dylan au féminin quon a choisi pour lui adjoindre un sosie vulgaire dune blondasse censée représenter la splendide  Edie Segwick qui fut un temps  la petite amie du chanteur (voir «Factory girl», film sur la vie dEdie Segwick, film présenté à Deauville sur lequel je reviendrai). A noter la présence trop furtive de Julianne Moore, actrice fétiche de Todd Haynes («Safe», «Loin du paradis»), dans le rôle dun sosie de  Joan Baez. Et enfin notre Charlotte Gainsbourg nationale dans le rôle très étoffé de lépouse de cette image plurielle de Dylan, inspirée de deux femmes de la vie du chanteur, le seul rôle pour qui le réalisateur avoue quil a pensé à Charlotte Gainsbourg en écrivant le scénario. Et cest vrai quelle est magnifiquement filmée, un peu plus classe que dans «Ma femme est une actrice»! (vu lautre soir sur Canal plus)

 

mode d’emploi :

Jude ( Cate Blanchett) : ex star du folk, défoncé aux amphétamines.

Robie (Heath Ledger) : acteur et fan de moto, jouera le rôle de Jack dans un biopic!

Jack et John (Christian Bale) : icône contestataire  du folk avec Joan Baez/Julianne Moore, Bob Dylan des années 60,  qui devient un prêcheur converti au gospel, Bob Dylan des années 70.

Billy (Richard Gere) : Billy the kid à la retraite !

Arthur (Ben Wishaw) : Arthur Rimbaud  like…

Woody : gamin noir qui interprète en 1959 les chansons de Woody Guthrie (premier inspirateur de Dylan).


 

Cate Blanchett
© Diaphana Films Galerie complète sur AlloCiné



Ceci étant posé, où veut-on en venir en plus de deux heures? Je n’ai sais rien mais demande-t-on au spectateur d’avoir l’impudence de comprendre une oeuvre… Un zapping effréné, vite lassant  à vrai dire, un aller et retour incessant du noir et blanc à la couleur, des moments de grâce s’agissant des images (des fragments de paradis vite évanouis), de la mise en scène (c’est déjà pas mal pour du cinéma…), comme ces prouesses dinterminables plans panoramiques, ces zooms caractéristiques des années 60. Mais les situations et les personnages étant tous créés en référence à untel ou unetelle, ou à un composite entre plusieurs références biographiques (ça se complique), quand ce n’est pas à carrément à Arthur Rimbaud ou Billy the kid, seuls comprendront ceux qui connaissent déjà fort bien la biographie de Bob Dylan, mais ça ne suffit pas : comprendront vraiment quelque chose à ce film ceux qui ont saisi « l’esprit Dylan » avec tout ce que àça suppose de subjectivité… Pour ceux qui ignoraient tout de Robert Zimmerman, ils n’en sauront pas plus et plutôt moins à la sortie.Ce qui m’a frappée, c’est que la volonté d’absence de narration linéaire est telle qu’elle conduit à ce qu’on pourrait passer le générique de fin à n’importe quel moment que ça ne changerait rien (pareil pour le début d’ailleurs..), une oeuvre à regarder au mètre peut-être comme on achète du galon, du tissu, on coupe quand on veut!!! Une oeuvre, donc, un collage de créateur, une idée intellectualisée de Dylan, un plaisir d’artiste, en deux mots comme en un : du cinémart!!! En rentrant chez moi, on passait sur le câble « Le Créateur » d’Albert Dupontel, comédie féroce et intelligente sur l’imposture et la posture de la création, en l’occurrence, un auteur de théâtre obligé de devenir serial killer pour nourrir son oeuvre, écrire ses pièces (et quand lactrice ambitieuse  lui fait remarquer  quil écrit mieux en tuant des Bretons, il met le feu à une crêperie…) Un film désopilant, un acteur exceptionnel et des situations, qui, pour être outrées, ne sont pas si éloignées qu’on croit de la réalité quotidienne (les relations des voisins dans l’immeuble sont hallucinantes de vérité). A voir, ce « Créateur » là, le film de et avec Albert Dupontel!!! Pour « I’m not there », bon courage!

 

 

après la projection du film

 

Quant au débat qui a suivi, animé par Guillaume Canet, le cou enfoncé dans un col roulé noir, caché la plupart du temps derrière sa main, le micro, sa feuille de notes (très difficile de prendre une photo où il a le visage dégagé), pour des questions générales et indolores du genre pourquoi Bob Dylan, vous aimez Dylan, etc… On a appris aussi que Todd Haynes n’a jamais rencontré Dylan mais qu’il l’a autorisé à utiliser ses chansons (bien qu’on n’en souffle pas un mot ce soir, la veille, on a vu lors d’une autre rencontre que David Bowie avait refusé à Todd Haynes le même type d’autorisation pour « Velvet goldmine » mais quand on voit la réussite de ce film, on se demande si ça n’a pas été une bénédiction, ce portrait de Bowie sans Bowie!)Bien que la rencontre ait duré une heure, il a été impossible de savoir si les gens avaient ou pas aimé le film, personne n’a dit son impression, faute qu’on leur passe un micro, ce qui est rare dans ce genre de soirées. Quand Guillaume Canet a eu fini de lire péniblement ses feuillets de questions, fort mal à l’aise dans l’exercice (avait-il seulement vu le film? mystère… on aurait préféré un expert en cinéma du genre des débats « Positif » ou « les Cahiers du cinéma »), on a enfin laissé poser trois questions à des spectateurs avant de lever l’ancre, mais on avait renoncé à parler du film depuis longtemps pour gloser autour de la production et du ciné indépendant en général sauf une question pertinente d’un cinéphile qui a plu à Todd Haynes car on lui parlait de son film : un parallèle avec « Huit et demi » de Fellini et son affirmation « je suis un menteur » en comparaison avec Dylan, si j’ai bien tout entendu… Ah un scoop tout de même, au dernier moment, on a supprimé un Dylan, ils devraient être 7, quel dommage! Une info aussi, Todd Haynes habite Portland (comme Gus Van Sant, non?) Bref, tout le monde avait donc parfaitement compris le film tel quel sauf moi, je suis sortie de là, totalement flippée…


 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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