"Into the wild" : un aller simple pour l'Alaska

Sean Penn, 2008, sortie le 9 janvier

Il y a eu cette semaine autant de critiques de « Into the wild » que de publications existantes, car, non seulement Sean Penn a en France une aura quil na pas dans son pays, où ses courageuses positions politiques lont un peu marginalisé, mais encore lannonce simultanée quil sera président du 61° festival de Cannes en a encore rajouté dans le chur des médias français. Un consensus, tout le monde ou presque aime ou adore ce film. Et jaurais aimé en être Car les lecteurs du blog nignorent pas, pour certains du moins, combien je suis fan de lacteur Sean Penn. En revanche, Sean Penn nest pas à la réalisation le génie quil est en tant quinterprète. Que dire de plus?

Lhistoire vraie de Christopher Mac Candless ne pouvait que toucher Sean Penn, misanthrope amoureux de la nature qui habitait il fut un temps dans une caravane sur les collines de Hollywood, emmène régulièrement ses enfants camper dans des zones sauvages ou encore prend spontanément son bateau pour aller donner un coup de main à la Nouvelle Orléans lors du cyclone Katrina. Le rebelle adepte de Kerouac sest donc naturellement épanoui en harmonie avec les rudes beautés des paysages de lAlaska.

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Emile Hirsch
© Paramount Vantage Galerie complète sur AlloCiné

 

Dans lhistoire de CC, étudiant brillant promis à Harward, qui soudain, abandonne tout pour entrer « Into the wild », comme dans les ordres, on pouvait aborder deux dimensions : la démarche utopique du retour à la nature, du refus radical de la société de consommation mais aussi, en amont, la genèse et le pourquoi de cette démarche : quest-ce qui  conduit CC à cette décision radicale, à ce voyage sans retour ? Hors, Sean Penn, tout à son admiration pour ce modèle à la fois de rébellion absolue et de renoncement à une société vénale, fait impasse sur les raisons de cet aller simple pour lAlaska et même sur l’utopie du projet. On a bien quelques flash-back peu amènes sur les parents bornés et nerveux, on entend aussi quà loccasion du voyage chez des cousins, CC apprend que son père a une autre épouse, un autre fils, quil nest pas marié avec leur mère, que ses parents lui ont menti. Un mensonge traumatisant qui aurait dissout les repères identitaires de CC. Hors, on ne peut sempêcher de ressentir au minimum la dimension suicidaire de la démarche de CC, au pire, la dimension pathologique de lhomme, un aspect soigneusement occulté.

Après avoir obtenu son diplôme, CC fait don de ses économies à une association humanitaire, brûle ses cartes de crédit, quitte sa famille et sen va sillonner le pays pendant deux ans avant le dernier voyage, les quatre mois de survie en Alaska, cur du film. Si la mort du jeune homme est assez réaliste et même un peu trop expansive, le reste du récit est assez idéalisé, CC, qui se fait désormais appeler Alexander Supertramp va faire et recevoir le bien lors de rencontres sur la route, un parcours à tendance évangélique, réconcilier un couple de hippies, se faire adopter par un vieil homme seul au monde.

 

© Paramount Vantage

 

Entre récit plat sans rythme et envolées lyriques, hymnes purs à la nature et poésie, il en ressort une impression dun film extrêmement honnête et travaillé pour faire le mieux possible, pour tirer le maximum du sujet avec ses moyens : photo soignée, effets mesurés par ci par là, cadrage au plus près du visage dEmile Hirsch, mise en valeur de la somptuosité des paysages, cest le film dun amoureux de la nature, de la région, de son sujet et même de lidée de la famille, mais pas au delà. Sean Penn est un type bien, on le savait, mais il ne sera jamais un grand réalisateur, il lui manque ce quelque chose en plus, ce regard dartiste, ce grain de folie quil a apparemment dans la vie et lui fait défaut sur lécran, trop sage, trop lisse, trop respectueux. Etonnant ce hyatus entre la rébellion de lhomme public et la sagesse d’un réalisateur qui avait pourtant pour père spirituel un dénommé Charles Bukowski… Cest un film sage, sagement exalté, sagement interprété (Emile Hirsch), un beau livre dimages, un film tous publics qui ne renversera personne et ne déplaira à personne non plus.

 

Notre note

3 Stars (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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