« Jennifer’s body » : une vamp qui a de l’estomac

Karyn Kusama, sortie 21 octobre 2009
Que dire de « Jennifer’s body » visiblement dédié à la nouvelle bombe de Hollywood, la somptueuse Megan Fox? Cela m’a fait penser aux séries limitées de Dior maquillage comme cette trousse laquée Jazz ravissante et hors de prix avec des couleurs de make-up improbables, importables, que je me suis offerte dans un moment d’égarement pour ne jamais m’en servir mais pour le plaisir de la regarder, de posséder du rêve haute couture miniature, shopping-victim consentante… Je veux dire par là que j’ai eu l’impression d’un film parfaitement artificiel et incrédible mais sympa à consommer, séduisant, une sucrerie un tantinet hard candy, un peu pimentée, pas trop, un frisson balisé garantie pas traumatique.N’hésitant pas à mixer occultisme, vampirisme et cannibalisme, le film met en scène une ravissante femme fatale létale, une vamp : après avoir été vouée au diable par un groupe de rock arriviste, Jennifer va dévorer des hommes pour se remplir à la manière des vampires. Mais Jennifer n’a pas toujours été dévoreuse d’hommes au sens littéral du terme, avant, elle se contentait de dévorer leur imaginaire, séductrice irrésistible… En deux mots, ils la dévoraient des yeux, elle va les dévorer tout cru!
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photo Fox

Une ado brune dans sa chambre regarde lascivement sur son lit le sport à la télé, une ado blonde dans un asile psychiatrique se souvient… Flash-back : Ils étaient trois amis inséparables avant cette soirée au Melody Lane, le seul bar de la petite ville  de Devils’ Kettle : Jennifer (Megan Fox) et Needy (Amanda Seyfried), meilleures amies depuis l’enfance, Chad, leur copain clean. Ce soit-là, Needy veut empêcher Jennifer d’aller écouter le concert d’un groupe local mais la vamp veut se faire le chanteur bad boy, elle monte dans leur van… On a entendu au préalable dans le bar le chanteur demander si Jennifer était toujours vierge, Needy a confirmé, c’est le début du quiproquo dramatique… Premier drame, un incendie au Melody Lane pendant le concert que le groupe de rock Low Shoulder a visiblement allumé pour faire la une de la presse. Ensuite, le retour horrifique en pleine nuit de Jennifer chez Needy, métamorphosée, ensanglantée, vomissant un liquide brun avec des cadavres d’animaux et autres perles… Le lendemain, Jennifer semble avoir tout oublié. Mais les carnages vont se multiplier… La mission impossible de Needy, la meilleure amie au « physique ingrat » (craquante blonde avec lunettes), va alors être de protéger et Jennifer et surtout Chad, son amoureux.
 


photo Fox

Le scénario de « Jennifer’s body » correspond aux films fauchés un peu crades tendance horreur***, à la notable différence ici que tout est luxueux, cossu, emballé comme un cadeau de Noël, les personnages habillés et maquillés comme des poupées qu’il s’agisse de Jennifer, de la meilleure amie ou du pseudo-punk Colin. Ah! les faux cils noirs de Megan Fox comme sur les pub L’Oréal, sa manière de dégainer son tube de gloss pour parfaire une bouche déjà impeccablement maquillée, ses t.shirts minuscules, son décolleté satiné hâlé, ses jeans plus taille basse c’est pas possible, comment le spectateur peut-il regarder autre chose??? Variante, quand Jennifer a faim de chair humaine, son brushing est plat, pire, on lui a retiré bronzage californien et rouge à lèvres, censée être moche!!!
*** « All the boys love Mandy Lane », par exemple, pas encore sorti en France.

  
photo Fox

Heureusement, il y a un second degré tendance comédie satyrique.
La ville s’appelle Devil’s Kettle, le groupe rock satanique a recopié sa notice de rituel démoniaque sur le net, « Satan est notre seul espoir » dit le leader, ayant saisi que pour être célèbre, ce n’est nullement de talent dont on a besoin aujourd’hui mais de scandale (au passage, une phrase de Michel Galabru disant que pour une actrice à Cannes, il vaut mieux entrer nue à cheval dans le Carlton que d’être à l’affiche d’un bon film). Dès la première image, on joue avec les codes du films d’horreur tendance série Z, les zooms excessifs, la musique angoissante, l’ambiance parano avec quelques références à de grand films : « L’Exorciste », « Carrie » mais aussi l’insensé film baroque de Ken Russel « Les Jours et les nuits de China blue » (scène érotique en ombre chinoise à l’identique). Cependant, si on flirte souvent avec la parodie, c’est en pointillé, en courant alternatif, avec des énormités saupoudrées dans le dialogues entre les deux amies, par exemple. Les parents remarquablement absents (réduits à une mère accablée, exit l’image du père) reviennent à l’écran pour prendre une photo sucrée de leurs enfants partant pour le bal annuel en robe de satin, le rêve américain alors que la petite ville enterre ses morts.

Deuxième scénario après « Juno » de Diablo Cody, ancienne strip-teaseuse, la maligne a pensé à tout, l’horreur qui ne fait pas vraiment peur, la critique light de la société de consommation, la comédie gentiment déjantée et un brin d’érotisme saphique, cerise sanguine sur le  gâteau rose bonbon, en insistant sur les relations entre les deux amies, la scène du baiser clé en main entre Jennifer et Needy devrait assurer à elle seule le buzz. A noter qu’Amanda Seyfried (vue dans « Mamma Mia ») tient remarquablement bien tête à la nouvelle hyperstar Megan Fox, un physique à la Gene Tierney recyclée en bimbo.

A consommer comme un dessert épicé, un gin tonic ou un tube de gloss rouge hématie, une pause de cinéma futile utile,  un faux teen movie sophistiqué où le serial killer est une serial killeuse (c’est déjà méritoire), s’autoparodiant tout seul (encore mieux),  osant horreur/humour, et donc destiné à tous les publics, pourquoi pas nous?
 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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