"Jindabyne" : pauvres pêcheurs

sortie du mercredi 15 aout 2007

Adapté dune nouvelle de Raymond Carver, spécialiste, en deux mots, des situations extraordinaires à potentiel monstrueux, faisant irruption dans des existences ordinaires, « Jindabyne » est un faux thriller social au rythme immensément lent et oppressant à dessein. Le début du film est quasiment le même que celui de « La Nuit des Tournesols », une campagne déserte, deux véhicules, une jeune femme métisse, un homme blanc âgé qui lagresse, la violente, et demeurera impuni. Contrairement à « La Nuit des tournesols » où la scène de viol est insoutenable, la jeune femme rescapée, sauvée par son fiancé, dans « Jyndabyne », la scène nest pas montrée. En revanche, le groupe des quatre pêcheurs partis en excursion sportive pour le WE, va trouver le cadavre de la jeune femme dans la rivière. Cest ici que la méthode Carver intervient : dans cette situation traumatisante par excellence, les quatre hommes vont réagir de façon monstrueusement indifférente : il vont poursuivre leur partie de pêche et donner la priorité à leurs loisirs

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Leur retour à la ville va les réveiller en sursaut. Lépouse américaine de lun dentre eux, Stewart Kane, dont le couple ne va pas fort, claque la porte, révoltée. La nouvelle de la mort de la jeune femme, appartenant à une tribu aborigène, va alors susciter lopprobre et la colère de la population, puis la diviser sur la conduite à tenir pour les obsèques, réveillant les rancoeurs et le racisme. Un drame qui va agir en révélateur du malaise social des autochtones, avec lintégration approximative dune population blanche mal à laise avec des rites aborigènes lui demeurant étrangers et inquiétants quand les blancs sont toujours considérés, pour leur part, comme des étrangers hostiles pour le peuple aborigène. Un événement révoltant, qui va révéler aussi, au delà de la dimension collective, les drames intimes quon taisait, comme la crise dun couple.

Du point de vue de la photo, le film est splendide dès la première image et limmensité des paysages désertiques du bush australien, à la fois inhospitalier et fascinant, la servent. Cependant, le parti pris de gommer tout artifice et tout effet de mise en scène pour encercler de vide, comme un diamant noir, le miroir des pulsions sombres, le comportement des personnages, dans une sorte de contre mise en valeur du récit et des acteurs, peut laisser le spectateur démuni Est-ce que trop de volonté de réalité et de réel ne nuit pas à limpression de réalité ? Cest la question quon se pose Parti avec tous les ingrédients, fond et forme, pour être passionnant, le film est rapidement ennuyeux (de mon point de vue), un thème trop riche, un brin trop moraliste peut-être (quoique la toute dernière image de la fin contredise la fin), une lenteur enlisante à force dêtre volontairement paralysante, je ne sais pas Au final, ça fait partie des films auxquels on na rien dobjectif à reprocher, dont on dira volontiers en tout sincérité « cest un beau film » mais dont on sort pourtant morose sans aucune envie dy retourner

© La Fabrique de Films Galerie complète sur AlloCiné

 

* « La Nuit des tournesols » a obtenu le prix du « Sang neuf » au festival du film policier de Cognac cette année et « Jindabyne » le prix du jury.

 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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