Journée Corée du sud : « Breathless », « Beastie boys » et hommage à Lee Chang-dong avec « Secret sunshine » + « Inland etude », curiosité Taïwanaise

Par une météo de printemps, stop à la terrasse du bar du Soleil sur les Planches et promenade sur la plage, j’ai effectué ma journée à rebours du sens général de la marche pour profiter de l’air iodé chauffé par ce soleil inattendu : tandis que le festival rendait hommage en fanfare à Lee Chang-dong ce soir au CID avec la projection de « Secret sunshine », magnifique film que j’avais déjà vu, j’en ai profité pour rattraper le film en compétition de ce matin « Breathless » au cinéma du Casino à 19h, un film coréen à bout de souffle, rageur, violent, moderne, émouvant, qui est sûrement celui que j’ai préféré de la journée. Ce qui ne semblait pas l’avis de certains spectateurs sortant de la salle en ronchonnant, visiblement choqués par la langage souvent argotique et la violence des échanges. Néanmoins, pour ceux qui auraient enterré le festival du film asiatique avec la crise, les festivaliers sont au rendez-vous…, les salles étaient toutes combles, que ce soit cet après-midi au CID pour le curieux film Tawaïnais « Inland etude » ou ce soir pour le cinéma du Casino. En revanche, la séance de nuit, ma préférée, démarrée très en retard après 23h, n’a pas convaincu tous les festivaliers d’aller se coucher plus tard, dommage, le film coréen « Beastie boys », inégal, comme on dit, n’était pas dépouvu d’intêret, la description d’une société urbaine d’hyperconsommation, insatiable de loisirs, de plaisirs, dont l’âme est remplacée par le compte cash… un miroir qui fait froid dans le dos. Cette attente nocturne dans le hall du CID m’a permis de faire la connaissance de ma consoeur blogueuse de « L aime le cinéma » que je ne connaissais que virtuellement bien qu’elle fasse partie, comme moi, du Club des 300 d’Allociné. 

« Inland etude » de En Chen / Taïwan

Le pitch de ce film tient en quelques mots : un jeune homme malentendant fait le tour de Taïwan en vélo. Quand on voit ce cycliste au début du film, on se demande immédiatement : mais que va-t-il bien pouvoir faire pendant les 1h50 que durent le film? Il fera des rencontres… Un film cool comme un CD de relaxation où j’ai bien failli m’endormir et j’ai fini par sortir de la salle au bout d’une heure pour  aller marcher sur la plage, tant qu’à voir l’océan sur l’écran, je suis passée à l’acte… 

« Breathless » de Yang Ik-june / Corée du sud     
sortie 14 avril 2010/sortie DVD 2 octobre 2010
Violent, ce film l’est dès la première image : un homme cogne un violeur et s’en prend ensuite à la femme qu’il vient de sauver qu’il insulte… Cogner, Sang-hoon ne fait que ça, son métier consiste à récupérer des créances chez des clients avec la manière forte, c’est le moins qu’on puisse dire, mais cela ne lui suffit pas, il cogne aussi sur ses collègues quand ils ne réagissent pas assez vite et sur un peu tout le monde, caractériel, brutal, primaire. Cette rage immmense qui déborde par tous les pores vient de l’enfance de Sang-hoon qui a vu son père tuer sa soeur et sa mère mourir sous ses yeux. Après avoir purgé une peine de 15 ans de prison, le père, de retour à la maison est frappé par son fils qui n’a pas pardonné. Deux personnes échappent à la vindicte de Sang-hoon : sa demi-soeur et son petit garçon. Un jour, Sang-hoon tombe sur une lycéenne qui lui tient tête, Yeon-hee, ça lui plait, sans le savoir, elle est un peu son double en fille, flanquée d’un passé/présent familial du même genre, un père infirme qui battait sa mère et nie sa mort depuis des années, un frère violent et cupide, les deux la maltraitant. Et puis, il y a le patron ami qui manage son équipe de 9 brutes qui vont récupérer les dettes, en équipe de deux, chez les clients qu’ils démolissent quand ils ne peuvent ou veulent pas payer. Un personnage assez craquant, le seul à communiquer avec Sang-hoon, hallucinant personnage, acteur pas moins bluffant (le réalisateur) qu’on aime immédiatement malgré sa violence tant elle est connectée directement à sa souffrance. Hormis un petit bémol pour la fin du film, d’une part, un peu forcée, d’autre part, expédiée rapidement avec un message de résilience trop furtif pour qu’on y croit (renforcé maladroitement par un inutile flash-back), le film est un vrai coup de coeur. La morale amorale du film où le pardon des offenses condamme le héros qui passe le flambeau du justicier à celui qui a eu la même enfance traumatique que lui, laisse un goût amer… Quelques passages de bonheur volé, possible, filmés au ralenti, le son quasiment coupé, dont le réalisateur n’abuse pas, trouvent harmonieusement leur place dans le film. Pour le reste, la rage, la violence, la vitesse, le mouvement, la frénésie parfois, le film est d’une incroyable vitalité, même morbide… Ce film a toutes les chances d’être distribué en salles, peut-être même de devenir culte, il en a les atouts. 

« Beastie boys » de Yoon Jong-bin / Corée du sud

Le schéma mémère friquée et gigolo est dépassé, à Séoul, les jeunes femmes d’affaire, jolies et riches, s’offrent des escort boys comme on commande des suhsis… Dans ce film un peu brouillon avec un défaut de rythme ayant tendance à s’enliser, on suit la vie privée ou ce qu’il en reste de deux escort boys, Seung-woo, le séducteur agressif, et Jae-hyun, le vétéran, travaillant dans un bar privé où ils sont dits hôtes d’accueil portant des surnoms comme Beau-gosse ou Orlando Bloom. Pourtant ce que décrit le film est assez terrifiant : une société d’hyperconsommation de tout, les escorts boys étant une marchandise comme une autre. Une société exclusivement de loisirs, insatiable de distractions, de plaisirs, de toujours plus d’argent pour les payer, où le dernier plan du film montre une rue bondée la nuit assortie de ce commentaire « c’est mort ici… » Avec une hiérarchie, un mac, un sous-mac pour les surveiller, les colonnies d’escort boys passent leur temps à perdre au jeu l’argent qu’ils gagnent la nuit avec les femmes. Jay-hyun vit avec une femme dure, la soeur de Seung-woo, qui l’entretient tout en ayant une liaison avec une autre femme depuis deux ans qui attend qu’il quitte la première. Harcelé de toutes parts, le mac à qui il doit de l’argent, ses deux femmes qui demandent des comptes, Jay-hyun n’a jamais un moment de répit et s’enferre dans le mensonge, n’ayant finalement un peu la paix qu’avec ses clientes… Son copain Seung-woo, qu’il a recruté comme escort-boy dans son cheptel pour le dépanner financièrement, plus brusque, moins rodé aux hypocrisies mondaines, joue les durs jusqu’au jour où il se fait piéger par une call-girl de seconde zone qui se fait passer pour une hôtesse de bar VIP. Dans ce milieu où tout le monde exploite tout le monde, où le seul sens de la vie est d’amasser de l’argent pour le dépenser aussitôt, les relations amoureuses n’ont pas de place, viciées par l’argent, les dettes, les cadeaux, les projets foireux de bonnes affaires, etc… Culte du corps, les escort boys s’entraînent dans de gigantesques clubs de gym, du look, les séances chez le coiffeur, l’anticernes… tout a vocation de rendre le corps désirable, consommable, rentable. Un miroir grossissant sur l’existence exclusivement consumériste de certaines classes sociales des  métropoles du monde entier, flippant…
  
Hommage à Lee Chang-dong et « Secret sushine » (lire la critique du film… )

Sélection samedi 14 mars : « Claustrophobia » à 10h30 au CID et 19h30 au Casino, Master Class de Lee Chang-dong à 12h15 au Casino, « Members of funeral » à 15h au CID, « My Dear ennemy » (hommage à Lee Yoon-ki) à 17h au CID, « The Sniper » (Action) à 17h30 au Casino, « The Chaser » (Action) à 21h30 au Casino.

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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