"King of California": Charlie show

Michael Cahill, festival de Deauville, sortie le 12 septembre 2007

voir la BA…

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Deauville étalait ses flots bleus sous le doux soleil des derniers jours d’août. La légère brise marine portait à mes oreilles le crissement des vagues molles sur le sable opalin. Les planches, autrefois si fertiles en dames à chapeaux et en messieurs à redingote, ne laissaient plus échapper que les clameurs tranquilles de sages enfants en cette dernière semaine de vacances les rapprochant à grandes enjambées de la rentrée scolaire

Mon il, oui ! On se pèle ici comme en Novembre. J’ai un rhume qui me tient depuis une semaine et je tousse comme un tuberculeux à l’agonie. Ils auraient planté ce fichu festival à Reykjavik, au moins on se serait méfié et on aurait apporté du lainage. Au lieu de ça, on se tape un temps de Toussaint vêtus comme en plein été. Résultat, on attaque l’ouverture du festival sous antibiotiques. Merci Monsieur Flemming. Un américain, non ? Finalement, c’est peut-être lui le vrai héros du festival.

En tout cas, entre deux comprimés de paracétamol, en train de siroter un café brûlant réparateur, et voilà-t-y pas que la table voisine vient se faire occuper par Matt Damon et sa donzelle. Résultat, le bar entier suspend son souffle, et la serveuse qui fait des efforts désespérés pour rester naturelle se mange une tenture en pensant à autre chose. Ca valait quand même quelques cachets juste pour ce moment là. Du coup, la soirée d’ouverture, qui met en scène Michael Douglas, parait un peu terne malgré un film au titre ronflant qui ne manque pas d’un certain charme, «King of California». Jugez par vous-mêmes !

Michael Douglas
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Miranda (Evan Rachel Wood) attend son père devant l’hôpital psychiatrique d’où il doit être libéré après que la dernière en date de ses multiples frasques l’y ait conduit pour un séjour de deux ans. On ne sait pas bien en quoi consistait le dernier épisode paternel mais on comprend rapidement qu’après avoir fait fuir sa femme, dilapidé des fortunes en achats ruineux et somptuaires, après avoir entretenu une série de formations de jazz plus ou moins loufoques, seule Miranda a eu la force de rester au côté de son père, ce maniaco-dépressif tendance maniaque tout en apprenant à se débrouiller plus ou moins seule. C’est ainsi qu’elle a pu, malgré son jeune âge, conserver la maison, échapper aux services d’aide à l’enfance et à leur lot de placements, se dégotter un job au MacDo du coin, se payer une voiture déglinguée sur ebay.

Le retour de Charlie (Michael Douglas) n’échappe pourtant pas au retour quasi biologique du plaisir des retrouvailles avec un père visiblement aimé, comme on aime un enfant turbulent et fantasque. D’ailleurs les loufoqueries paternelles ne se font pas attendre, avec un petit discours à brûle pourpoint sur les chinois nus ceux qui seraient jetés à la mer à la limite des eaux territoriales, leurs vêtements pliés dans des sacs poubelle, et qui gagneraient la côte à la nage. Puis les histoires tordues s’enchaînent, déclenchant de moins en moins le sourire de Miranda, jusqu’à la vente en douce de sa voiture, qu’elle convint finalement son père d’annuler, puis l’expulsion de leur maison.

C’est que Charlie a un projet en tête, qu’elle finit par lui faire avouer : pendant ses deux années d’enfermement, il a récupéré sur internet les plans d’un trésor caché en 1624 dans le secteur par un moine espagnol pourchassé par quelques sauvages. Autant dire que Miranda est initialement sceptique. Mais elle finit néanmoins par se prendre au jeu, emportée par l’enthousiasme paternel et les premiers indices corroborant discrètement l’ébauche de l’esquisse d’une piste. Leurs recherches les conduisent à une cache probable qui se trouverait sous la dalle bétonnée du sol d’un supermarché du coin. Reste à passer à l’acte, avec l’aide de Pepper (Willis Burke II), un ancien compagnon de jazz de Charlie, à peine moins allumé que son copain.


Pour le reste, demandez à Michael Cahill qu’il vous montre la fin de son film. Ce n’est sûrement pas le film du siècle, mais une honnête comédie qui se laisse voir tranquillement, un sourire aux lèvres. C’est que Michael Douglas met une bonne volonté évidente dans ce rôle de pied nickelé hirsute à plaisir. Le regard rond, la mèche rebelle, la barbe en bataille, tout l’attirail du doux dingue en goguette. Et on ne lésine pas sur le charme du monsieur, qui dans son gentil délire, parvient même à subjuguer une fliquette venue le réprimander. Ajoutez lui une capuche genre KWay bien serrée autour du visage, et l’effet est assuré. 

Willis Burke, le fidèle copain, se tient en réserve de la république pour compléter le tableau quand il en est besoin. Un petit peu plus les pieds sur terre, mais à peine. Un bon sexagénaire de couleur au guidon d’une moto à court de fuel, avec dans le regard ce même grain de folie qui fait à la fois craquer et bondir cette pauvre Miranda. Miranda/Evan Rachel Wood en progéniture dépassée par les frasques paternelles s’en sort finalement assez bien face aux pitreries douglassiennes. D’autant que les pitreries restent en permanence en demi-teinte, jouant jusqu’au bout sur l’ambiguïté de la réalité ou de la fantasmagorie des rêves de trésor du père.


Et c’est bien là que réside le ressort de la plaisanterie. Est-ce du lard ou du cochon ? Charlie a-t-il réellement mis le doigt sur quelque chose ou est-ce qu’on se laisse simplement embarquer par la conviction d’un illuminé attachant et chanceux ? Est-ce qu’on va vers «Les doux dingues ont bien le droit de vivre, eux aussi, pour autant qu’ils ne font de mal à personne» ou vers «Méfiez-vous de qui crie au loup peut néanmoins être lui aussi un jour en face au loup»? Est-ce que finalement, ce n’est pas davantage dans les espoirs de ce père/enfant que se tient le comportement adulte allant de l’avant que dans celui de cette fille/maman s’évertuant à garder un ancrage dans la réalité ? Où commence et où finit l’enfance ? Où commence et où finit l’âge mûr ? Où s’achève le rêve et où commence l’espoir ?
 


Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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