"L'Empreinte de l'ange" : l'exception à l'hypercivilisation

Saffy Nebou, sortie 13 aout 2008
Paris désert au mois d’aout sauf dans le quartier de l’Opéra… où on se bousculait ce soir pour se rendre à l’avant-première de « L’Empreinte de l’ange », en présence de l’équipe du film, deux jours avant sa sortie en salles le 13 aout. C’est donc au Gaumont Opéra Français, cinéma très sympa avec une équipe disponible qui prend les choses en main, la salle complète sans billets à vendre à 19h, on arrive à 20h à compter un certain nombre d’invités absents dont on recycle les places, ainsi, avec un groupe, nous pouvont entrer dans la salle assez petite, il est vrai. Les deux actrices principales sont présentes, bien qu’elles aient dix années d’écart sur l’état civil, elles ont l’air de deux soeurs, petits tops sans manches presque assortis, sourires généreux, simplicité, on a l’impression de les connaître, Catherine Frot dit qu’elle craint qu’on ne la trouve pas très drôle dans ce film, consciente de son image d’actrices de comédie, mais elle est trop modeste, on sait son talent très au dessus du lot et ce sera l’occasion ce soir de le vérifier…

Sandrine Bonnaire et Catherine Frot lundi 11 aout 2008 à Paris 

En allant chercher son fils Thomas à un goûter danniversaire, Elsa Valentin, préparatrice en pharmacie en instance de divorce, croit reconnaître une fillette qu’elle n’a pourtant jamais vue : Lucie, sa fille que tout le monde croit morte depuis 7 ans. Mais la fillette en question s’appelle Lola et a déjà une mère, Claire Vigneaux. Claire comme la transparence, la clarté. D’Elsa, au contraire, on laisse entendre dès le départ qu’elle a des « antécédents »… A partir de cette rencontre, Elsa se met à mentir naturellement à tout son entourage, ses parents, ses collègues de la pharmacie, son ex-mari, et passe le plus clair de son temps à suivre cette fillette, à observer sa famille, lespionner, la guetter.
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Le film traite de deux sujets : l’instinct maternel animal, non rationnel, qui ne s’explique pas mais se ressent, et le regard des autres sur Elsa possédant un passé/passif psychiatrique, ce qui lui vaut zéro crédibilité de la part de son entourage, pire, on l’agresse à la moindre occasion en le lui rappelant violemment quand on ne la traite pas carrément de folle. Ce sont ces préjugés de la société envers une femme comme Elsa, jamais vraiment réhabilitée, soupçonnée de rechute à la moindre défaillance, dont le scénario va habilement tirer parti pour tricoter l’intrigue et le suspense, pariant que le spectateur aura le même regard que ses homologues à l’écran.

 

   
Au début du film, on pose une scène d’accident à laquelle assiste Elsa de lextérieur de ses pensées (ou de la réalité, on ne sait pas) au volant de sa voiture, des pompiers, des blessés, une image blanchie de fumée comme un mauvais souvenir. Bien qu’elle s’occupe de son fils, entretienne de lintimité avec ses parents, travaille tous les jours dans la pharmacie d’un grand centre commercial, Elsa vit mentalement recluse, la tête dans un brouillard, ne souriant presque jamais, exécutant machinalement les gestes quotidiens, ne sortant pas le soir. Jusqu’au jour où Elsa aperçoit cette fillette qu’elle prend pour sa fille disparue. L’instinct maternel ressenti avec une certitude que rien ne vient confirmer réveille brusquement Elsa de ses cauchemars, lui procurant l’énergie et le culot pour approcher la fillette, utilisant même son fils Thomas qui, sympathisant avec le frère de Lola, va l’introduire dans la maison des parents où il est désormais régulièrement invité.La parfaite Claire Vigneaux ne va pas tarder à sinquiéter du comportement atypique de cette femme quelle rencontre à présent un peu partout. Car chez Claire Vigneaux, tout semble parfait, la maison superbe dans le 92, la piscine immense, les gâteaux pour les enfants, le couple idéal avec leur projet de séjour au Canada en famille. Chez Elsa Valentin, en revanche, rien ne va plus, son mari l’a quittée et lui dispute la garde de leur fils, ses parents ne lui font pas confiance. Petit à petit, lincursion dElsa dans la vie de Claire va déclencher un comportement violent chez cette dernière, un affrontement entre les deux mères allant jusquà une scène de dispute physique où elles se bagarrent et se griffent comme des félins qui défendent leur progéniture.

On attendait Catherine Frot dans le registre du thriller psychologique, comme l’excellent film « La Tourneuse de pages ».  Dans un emploi dramatique et non pas un des rôles qui l’ont rendu populaire comme « La Dilettante » ou plus récemment « Odette Toulemonde ». Qu’on se le tienne pour dit, Catherine Frot est une des actrices majeures du cinéma français, parfaite dans tous les registres, ici, elle est époustouflante, tenant le film à bout de bras. Mais cela suffit-il à réaliser un brillant thriller?Si on comprend a posteriori pourquoi les deux tiers du film sont ternes et monotones, à dessein d’anesthésier le spectateur et de l’égarer sur de fausses pistes avec une réelle efficacité, on aurait préféré meubler le temps de manière plus ludique : hormis un magnifique portrait de femme blessée, tout le reste est en retrait, Sandrine Bonnaire reléguée aux emplois secondaires, la mise en scène réduite au minimum syndical, une idée isolée par ci par là ne collant pas bien avec l’ensemble. Bien qu’appartenant strictement au même genre, « LEmpreinte de lange » n’a pas le talent et la force de « La Tourneuse de pages » sorti l’année dernière exactement à la même époque… Hormis les débats après le film, qui ne manqueront pas, avec le sujet inépuisable de l’instinct maternel de l’ordre de l’animalité dans un monde hypercivilisé, le film en soi ne marquera pas l’histoire du cinéma.

 

Catherine Frot
© Diaphana Films Galerie complète sur AlloCiné


avant-première à Paris le 11 aout au cinéma Gaumont Opéra Français

 

Cet article a été également publié dans « Le Quotidien du cinéma »…

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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