"L'Orphelinat" : pourquoi ce film explose le box-office espagnol

J.A. Barona, sortie le 5 mars 2008
 


Jai vu ce film hier en avant-projection et pour renforcer le côté fantastique de laffaire, je ne trouvais pas la salle de projection Invitée au cinéma Lincoln, derrière les Champs Elysées, jatterris au studio Lincoln, un ascenseur en métal en plein airun sous-sol, cest la mauvaise adresse, on me dit que cest chez Pathé à côté, à gauche en sortant dans la rue Lincoln Mais impossible de trouver la salle, je tourne en rond, un homme vient à ma rescousse qui remonte justement du sous-sol visité par erreur, il ma reconnue, il mindique une cour voisine, prenez la diagonale, il dit ! Enfin ! Le film vient de commencer depuis 5 minutes, je me faufile, aussi silencieuse quun fantôme de lOrphelinat.

Car cest une histoire de fantômes, une histoire damour fou, une histoire dun passé trop lourd, inconsolable, immémorable, quon voudrait réparer, consoler, corriger, une histoire de l’impossible deuil de lenfance, d’une regression incontournable pour affronter les souvenirs, une histoire de refuge dans le fantastique que ce soit mentalement ou à l’image, c’est la force du film.
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photo Wild Bunch

Ainsi, Laura, qui a passé son enfance dans un orphelinat au bord de la mer, garde le souvenir davoir été choyée, entourée par lencadrement et ses camarades de lépoque. Avec son mari Carlos, médecin, elle rachète la bâtisse avec le projet douvrir un foyer pour enfants handicapés et sy installe avec leur fils Simon. Lenfant, victime dune maladie chronique et soumis à un traitement médicamenteux, ignore de surcroît quil a été adopté mais les fantômes de lorphelinat vont se charger de len informer  Le cadre mystérieux et labyrinthique de lOrphelinat, limagination de Simon et les fantômes denfants orphelins quil dit ses amis mais que nient ses parents, vont lentraîner dans un ailleurs fantasmagorique, fantastique, horrifique, doù personne ne reviendra indemne Bien que ses parents tentent de rationaliser le comportement de Simon, Laura, la mère, est sceptique, aspirée elle aussi par les fantômes de son fils qui font écho aux souvenirs lointains et refoulés de son enfance à elle dans lorphelinat. Des souvenirs, moins angéliques et plus complexes quelle ne sen rappelait, la hantent bientôt, les fantômes de ses camarades que la psychologue de la police lui montre sur une photo sépia de lépoque où elle est là, Laura, posant au cur du groupe, avec ses anciens amis, ces enfants quenfant, elle aimait
 


photo Wild Bunch

Ce premier film dun réalisateur espagnol, J.A. Bayona, film produit par Guillermo del Toro, possède la touche dune esthétique un peu désuète ou plutôt dun classicisme esthétique oublié, une beauté figée, intemporelle mais datée, dont on avait pris le parti de se passer au cinéma aujourdhui où tout doit être speed, les émotions immédiates, bâclées, relayées immédiatement par la suivante, un gavage de sensations. Ici, cest linverse, à une esthétique à deux faces, rêve et cauchemar, les masques en tissu, les monstres, le visage dévasté dun enfant, correspond la dichotomie dune existence à la fois trop lisse et trop lourde de souvenirs.  Il faut attendre une bonne demi-heure pour que survienne dans le film le premier événement horrifique qui vous décolle de votre siège, il y en aura peu mais suffisamment, on vous endort, on vous réveille en sursaut, rêve ou réalité ? Quelques passages habilement filmés dans la vitesse, la précipitation pour les moments de panique, les bruits domestiques qui terrorisent dans la nuit, portes qui grincent, claquent, bruits de pas, sensations dune présence étrangère, rien que de très classique mais réactivant pour chaque spectateur
Leur fils Simon brusquement disparu lors dune fête particulièrement éprouvante (avec les enfants handicapés invités dans lorphelinat, ceux du présent destinés à être accueillis dans le nouveau foyer, mais portant les masques en tissu du passé, des fantômes), Laura et Carlos vont tenter toutes les recherches. Comme faire appel à une medium (terrifiante Géraldine Chaplin, confinée désormais à ces rôles de sorcières) qui sondera lespace de lorphelinat à la recherche des fantômes des enfants Laura, peu à peu, s’enfonce dans son passé, le miroir de la réalité est franchi quand elle porte adulte une blouse grise d’orpheline pour retrouver son enfant et son enfance, ses souvenirs d’enfance…


photo Wild Bunch

Ne racontez pas la fin, dit le dossier de presse ! Il nen est pas question Mais la fin est infiniment belle et douce et son contraire, impitoyable et inéluctable, bien quon tâtonne un peu, la fin a failli être loupée, sauvée in extremis, le réalisateur semble hésiter, osera-t-il, jusquoù osera-t-il, jusquoù peut-on oser le compromis avec le deuil? Comme le disais mon confrère blogueur Laterna Magica dans sa critique du film, il manque un je ne sais quoi à ce film pour en faire un grand film. Peut-être un problème de rythme, peut-être une lenteur à faire émerger lémotion, voire un temps un peu long pour installer lhistoire une certaine langueur à laquelle on nest plus du tout habitués. Un film de qualité, comme on dit, quil sagisse de linterprétation (Belén Rueda dans le rôle de Laura), de limage, du scénario, pas un film choc mais une uvre ciselée, effleurée, dosée, un film à effet retard dont on se souvient longtemps.
Au box-office espagnol, ce film a battu les records dentrées de tous les temps, en France, on risque bien dêtre tenté daller aussi réserver sa place parmi les fantômes de lOrphelinat, on risque bien également daller y convoquer ses propres fantômes

 


photo Wild Bunch

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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