« La Baie sanglante » (« Reazione a catena ») : le giallo de référence

Mario Bava, 1971, sortie DVD et reprise en salles 24 juin 2009
 


3 DVD de Mario Bava sortent chez Carlotta le 24 juin dont deux films sont en même temps repris en copie neuve au cinéma « La Baie sanglante » et « Duel au couteau ». Le premier film « Les Vampires », qui lance après la guerre le genre du giallo, est une curiosité en noir et blanc, repris par Mario Bava après le départ du réalisateur en titre Riccardo Freda, le troisième film « Duel au couteau » un western épique. Quant au second film, « La Baie sanglante », dont il sera question ici, c’est un giallo mythique, un jeu de massacre à l’arme blanche autour d’une baie et de ses terrains à bâtir qui attirent toutes les convoitises.
Une vieille comtesse paralytique est assassinée par strangulation dans sa sombre demeure, aussitôt son assassin est lui-même assassiné, mais on la déclare suicidée. Retour en arrière : propriétaire des terrains de la baie, la comtesse, ne voulant pas transformer son domaine en station balnéaire bétonnée, a toujours refusé de vendre. Ce qui ne fait pas l’affaire de l’architecte Ventura, un ambitieux sans scrupules qui ourdit alors une machination machiavélique pour prendre possession de la baie. Après la mort de la comtesse, beaucoup de gens vont arriver sur la baie se faire trucider à l’arme blanche, le film se termine quand il n’y a plus personne de vivant…

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D’abord, un groupe de quatre jeunes gens arrive en décapotable, l’une des jeunes filles va se baigner nue dans la baie, malheureusement pour elle et les autres, elle tombe sur un cadavre, celui de l’ex-mari de la comtesse qui voulait aussi faire de la spéculation immobilière dans la baie. Résultat, tous, devenus témoins gênants, sont sauvagement assassinés. La fille de l’ex-mari de la comtesse se pointe avec son mari et des enfants, moins nerveuse que tout le monde, elle prend les choses en main pour retrouver son père et fait la connaissance du fils illégitime de la comtesse que cette dernière cachait dans une cabane.


Le film est rouge, la maison de la comtesse à peine éclairée est meublée de rouge, le téléphone de Ventura est rouge, le pull à col roulé de la fille qui cherche son père est rouge. Les tueries sont spectaculaires : gros plans sur les visages sanguinolents, armes blanches de tout poil, les mises à mort sont outrées, ça peut même tourner au grotesque comme les deux jeunes gens embrochés par la même flèche ou le poulpe sur le visage du mort… L’érotisme n’est pas de reste, les jeunes filles se trémoussent en minirobes, se déshabillent facilement, la petite amie de l’architecte n’est pas farouche… Quand les personnages ne sont pas des salauds, ils sont tarés, la voisine cartomancienne est cinglée, son mari aussi qui étudie les insectes qu’il appelle par leur nom. Seule la belle-fille de la comtesse est à peu près normale (Claudine Auger magnifique, la seule à jouer sobrement avec cette restriction pour en juger que le film italien est ici en doublé en anglais). Le film dans l’ensemble est quasi-parodique, la fin en témoigne.
 


En regard d’un scénario simplet ne visant qu’à mettre en scène une succession de meurtres sanglants, la mise en scène joue dans la cour des grands. Très moderne, le réalisateur ne fait aucun plan qui ne soit prémédité, chaque plan est source d’angoisse ou de suspicion, filmé en arrière de la scène, se rapprochant au zoom, on passe de la peur à la raison d’avoir peur (le meurtre!) ou encore on imagine le tueur à la place de la caméra se déplaçant avec elle. Démodée aujourd’hui la musique, changeant sans cesse de style, omniprésente, très seventies tout comme l’utilisation du zoom, technique, qui, au contraire, démontre toute son efficacité aujourd’hui. La première scène témoigne d’une grande maîtrise de la mise en scène et d’un sens incontestable de créer une ambiance d’angoisse installée dès la première image, les ongles rouges sur les roues du fauteuil roulant, le visage ravagé de la comtesse, l’immensité du salon avec ses canapés en velours cramoisi dans l’obscurité, une atmosphère de crime qui appelle au crime.

 

« La Baie sanglante » est le giallo de référence, où le massacre en rouge est total, où l’odeur du sang fait couler encore le sang jusqu’à ce que le combat cesse faute de combattants. Ces films, considérés à l’époque de leur sortie comme des séries Z (on ne se fiait pour les apprécier que sur la pauvreté du récit), mais qui ont inspiré des réalisateurs comme Tarentino (la couleur), Scorsese (l’atmosphère) ou de Palma (l’horreur), sont réhabilités aujourd’hui pour leur sens aigu de la mise en scène. Pour un spectateur non averti (comme moi) qui voudrait voir un giallo (nom tiré de la collection jaune italienne correspondant la série noire française), ici, on a vraiment le label qualité pour s’initier à ces tueries grand-guignolesques et érotiques, paradoxalement ludiques, ancêtres du slasher movie.

éditions Carlotta, sortie le 24 juin 2009.

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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