"La Fille de Monaco" : drame maquillé

focus film Anne Fontaine, sortie 20 aout 2008

Pitch

Un ténor du barreau débarque à Monaco pour défendre une septuagénaire accusée d’avoir assassiné son amant, un gigolo russe. Par l’entremise de son garde du corps, l’avocat coincé ne tarde pas à recopier la trajectoire de sa cliente en s’entichant d’une bimbo ambitieuse, bombe platine qui va dynamiter ses incertitudes en amour.


Ce qui a intéressé les multe critiques parues sur « La Fille de Monaco », c’est de savoir si la canon Louise Bourgoin, qui sévissait depuis deux ans sur le plateau du « Grand Journal » pendant deux minutes météo torrides, a bien traversé la rue de Canal plus à son premier plateau de cinéma. C’est un peu le peu le problème du film aussi : cette fascination de la réalisatrice pour son actrice principale dont elle met surtout en valeur le show qui vaut le détour, car, pour sûr, Louise Bourgoin, a réussi son examen de passage et si son compagnon Julien Doré l’a gagnée,  la nouvelle star, c’est elle, mais fallait-il pour autant lui sacrifier tout le reste du scénario?Parce que l’histoire en soit aurait pu être vraiment intéressante, on était même pas loin du film noir avec sa femme fatale au sens du terme qui suscite une passion addiction dès le premier regard et porte malheur à tous les hommes qu’elle approche. Ainsi, le garde du corps de l’avocat, puis l’avocat lui-même, vont se jalouser cette femme de pique, déguisée en gourde, qui les asphyxie du désir qu’elle leur inspire.


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Louise Bourgoin
© Warner Bros. France Galerie complète sur AlloCiné

 

Un brillant avocat parisien (Fabrice Lucchini) est engagé par le fils de Madame Lassalle (Stéphane Audran), qui va être jugée pour avoir lardé son jeune amant russe de trop de coups de couteau. Débarqué à Monaco dans un palace genre Hôtel de Paris, on pose d’entrée que Lucchini tergiverse avec les femmes et blablate au lieu de passer à l’acte, se réfugiant derrière l’apologie de  préliminaires sans fin et sans objet. Cette blonde chic du casino le plante là, Jeanne Balibar, conquête hystérique débarquant de Paris sans crier gare, sera rapidement éliminée du jeu.

Pendant une bonne moitié du film, on nous présente une comédie, un vaudeville avec son lot de comique de situation, le garde du corps (Roschdy Zem) emprunté qui en fait trop, l’avocat encombré par le garde du corps qui le colle mais dont il va se faire un ami, une nounou, un rabatteur, un confident. L’arrivée de Louise Bourgoin/Audrey, une Loana, matinée de BB à ses débuts en vichy rose à carreaux, se comportant comme Madame sans-gêne, mélange de culot, de vulgarité et d’arrivisme avec une arme de choc : sa libido abyssale, va aller pendant un temps dans le sens de la marche : faire rire.

A mi-parcours, dans la salle, les rires ont cessé, débarrassé des oripeaux de la fausse comédie, le film est un drame noir, on se rend compte (tard) que l’avocat Lucchini est en train de vivre la même chose que sa cliente, ce qui va lui permettre de la défendre intelligemment, de trouver les mots qui vont toucher le jury. Madame Lassalle, que la solitude et la fin de la jeunesse ont poussé dans les bras d’un gigolo russe, va céder sa place à Lucchini, avocat aux cheveux blanchis, transi par ses nuits avec Audrey. En cela la fin du film est super lourde avec le point énorme sur le i… Malheureusement, ce sujet en miroir n’intéresse pas la réalisatrice, c’est bâclé, le personnage de Madame Lassalle est tenu à distance, jouant presque les figurantes, son crime passionnel, l’arrière-plan décoratif de ce qui se passe à l’avant-plan : le trio garde du corps, avocat, femme fatale.
 

Fabrice Luchini et Roschdy Zem
© Warner Bros. France Galerie complète sur AlloCiné

On note au passage qu’Anne Fontaine a toujours les mêmes sujets : la transgression, le passage à l’acte, la sexualité douloureuse, coupable, on se souvient de « Nettoyage à sec » et du superbe « Entre ses mains », deux films sombres, drames assumés. Ici, tout y est et même un peu trop, double triangle : d’un côté, Madame Lassalle et son fils se partageaient le gigolo russe, de l’autre le garde du corps et l’avocat se disputent Audrey, l’ambitieuse, moins bête qu’elle ne l’affiche et consciente que son corps qu’elle offre à tout le monde est son seul atout visible, mieux qu’il la protège, comme ses gaffes. La dureté, qu’on lit très bien dans le regard noir corbeau de Louise Bourgoin, dit le contraire de son sourire trop large, un masque. Qu’elle se laisse aller à afficher la couleur, son ambition sociale, comme dans la scène finale avec le garde du corps où elle ne triche plus, ayant enfin cessé de sourire tout le temps, et elle va se perdre.

Dans ce film hybride, démarrant comme un vaudeville, se poursuivant en drame malgré lui, tout est survolé, qui trop embrasse mal étreint… Mais pour faire bonne mesure, on ajoute un inutile épilogue rappelant le ton du début, teinté de comédie possible, entre drame et comédie, question d’interprétation… Pas plus qu’on ne pourra s’intéresser à l’affaire Lassalle (un film en soi), on n’aura pas non plus beaucoup d’empathie, que d’en rire superficiellement, pour cette étrange relation entre l’avocat et son garde du corps par l’entremise de la femme fatale, à la fois femme sujet et femme objet. Il ne restera alors qu’à saluer la performance d’actrice de Louise Bourgoin, retour au début de ce billet. Le scénario avait tous les ingrédients pour faire un très bon film et ne s’en sert pas, si peu, dommage. 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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