"La Possibilité d'une île" : chasse à l'homme

Michel Houellebecq, sortie 10 septembre 2008
Après s’être défoulés sur le film du snob écrivain BHL il y a quelques années (je ne l’ai pas vu, le bénéfice du doute…), on savait bien que les critiques ayant pignon sur rue n’allaient pas se priver donner une petite leçon d’humilité à l’arrogant Michel Houellebecq dont le personnage médiatique dérange, agace, provoque, dont les livres ont l’impudence de se vendre aussi bien que des best-sellers pavés de plage, ce qui est assez insupportable quand on pose que le génie n’aurait, dans le meilleur des cas, de succès que posthume. L’écrivain a prêté le flanc à cette volée de bois vert en adaptant lui-même son livre « La Possibilité d’une île » dont il avait déjà en tête le projet cinéma lors de sa sortie puisqu’il a changé d’éditeur pour financer le film, etc… Aurait-il dû le faire sous un pseudonyme, comme l’a tenté Lelouch dans un premier temps avec « Roman de gare »? Sans doute… A moins que la haine que suscite son film n’alimente le prochain livre de Houellebecq qui n’aime peut-être pas qu’on l’aime…
Comme je n’étais pas à Paris mais à Deauville pour le festival du cinéma américain le mercredi de sa sortie, je n’ai pu voir « La Possibilité d’une île » qu’en début de semaine suivante dans une salle à peu près vide, ce qui veut dire que le film va être bientôt retiré de l’affiche quand des daubes consensuelles sortiront sur 450 écrans pendant des semaines…—–Dès le départ, on retrouve, malgré tout ce qui a été écrit et dit, l’univers littéraire de Houellebecq, cette empathie pour la médiocrité qui le révulse et qu’il épingle mieux que personne avec une malice déprimée. Le speech du gourou d’une secte minable dans un hangard désert, une assistance clairsemée et accablée de bras cassés, de losers quasi-analphabètes dont un tombe de sa chaise pendant que Benoit Magimel, le  bras droit de l’orateur, vend les livres du prophète à la sortie en faisant des mots croisés, le repas pris sur une table pliante au bord de la route, le beauf qui trinque en aimant sa piquette, la bagnole morte, que demander de plus?

 

 

 

Benoît Magimel et Michel Houellebecq

 

 

© Mandarin Cinéma Galerie complète sur AlloCiné

 

Trois ans plus tard, la secte a pris de l’ampleur, Daniel (Benoit Magimel) dirige sa fraction dissidente qui promet l’immortalité… Débarquant à Bali, on retrouve les joies des vacances sur dépliant de carte postale que décrit Houellebecq dans ses livres, la solitude absolue au bout du monde du voyageur célibataire  malgré lui (le flic belge) qu’on distrait comme un enfant à la garderie dans un hôtel club moderne « all inclusive » cloné, comme on en retrouve partout, quasiment désert hors saison quand c’est moins cher. L’arrivée du voyageur reçu par une ravissante hôtesse  indonésienne plantée devant une affiche kitschissime, collage de photos paradisiaques, donne le ton.

 

La partie contemporaine de Daniel 1 est plus réussie, plus classiquement réussie, que celle SF de Daniel 25, son clone numéro 25, réfugié dans sa grotte, on l’a dit redit, et lu et relu, les décors ont l’air en carton-pâte, Magimel a perdu ses cheveux, tout ça n’est pas très glamour… En revanche, ce parti pris non réaliste et épuré donne au film un ton de conte philosophique, un essai de poésie de l’extrême solitude, thème central Houellebecquien. A noter que la solitude de Daniel 25, rescapé des cataclysmes et catastrophes qui ont dévasté et pollué la terre, n’est pas sans rappeler celle du robot Wall-e, seul survivant sur la terre devenue une gigantesque poubelle.
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Si d’aucuns ont regretté qu’il n’y ait pas de scènes de sexe caliente dans l’adaptation cinéma du livre, moi, ça m’a reposé des considérations machistes de l’écrivain quand il vomit sur les femmes, entre autres choses… car autant le dire clairement, je ne suis pas fan des livres de Houellebecq, en général, je ne les finis pas… Mais tout ce qui me gênait dans ses livres, cette amertume revancharde, ces règlements de compte, l’absence de style érigée en style, tout ça a disparu du film et  il ne reste que l’essentiel, squelettique, mais à l’image de la solitude atavique de l’homme, et, pour le cinéma, puisqu’il s’agit d’un film… des images d’une grande beauté quelquefois… sur l’écran, le style Houellebecquien, plus poétique que polémique, existerait, enfin… Il n’est pas besoin d’être Freud pour parier que l’écrivain est plus heureux avec une caméra dans les mains, une équipe à diriger, que seul derrière un bureau avec un stylo, un clavier… Comme je n’ai pas lu les textes de poésie publiés par Houellebecq, je ne peux pas faire le lien avec le film mais j’intuite que cette « Possiblité d’un île » s’y apparente plus clairement qu’à ses romans.C’est un film d’auteur, comme l’a très bien dit le blog Matière focale qui a fait une critique on ne peut plus détaillée comme à son habitude, ce fim ne ressemble à aucun autre, il a un ton, un style, même si son look peut paraître anachronique, un peu film des années 70. Pas facile d’accès, perfectible, à la fois ambitieux et artisanal, peut-être… mais je reprends la comparaison d’un autre blog qui a défendu le film Laterna Magica, quand on a vu l’indigeste « Mange, ceci est mon corps… » qui va sortir bientôt en salles (attendons les critiques…), je peux vous dire qu’on peut se passer en boucle « La Possibilité d’une île », on trouvera ça ludique et pimpant…

Et Benoit Magimel dans tout ça qui a eu le courage d’accepter ce rôle? A mon avis, Il est bien mieux que dans « Inju » sorti quasiment en même temps…

 

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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