« La Révélation » : les marécages de la justice

Hans-Christian Schmid 2009, sortie 17 mars 2010

Pitch

Hannah Maynard, procureur au Tribunal pénal international de La Haye, parvient à convaincre Mira, une Bosniaque vivant à Berlin, de venir témoigner au procès d’un criminel de guerre présumé. Mais Hannah commence à comprendre que ses adversaires ne figurent pas uniquement sur le banc des accusés, mais aussi dans son propre camp...

A loccasion de louverture du procès de Radovan Karadzic***, Arte et EuropaCorp avaient organisé un lundi soir de novembre 2009 au cinéma « Les 7 Parnassiens » à Paris la projection de « La Révélation » de Hans-Christian Schmid, un thriller dénonçant la justice internationale déjà présenté à l’automne dans des festivals (cinéma allemand à Paris ou Cinessonne).

Etonnante histoire que celle d’un procès au tribunal international de La Haye où un procureur se voit entravé dans son travail par les rouages d’une justice qu’elle sert mais dont elle ignore qu’elle est infiltrée par les intérêts politiques. L’ex-général Goran Duric, accusé de crimes contre l’humanité, en prison depuis trois ans, est malgré tout en passe d’être le candidat à la présidence de la république serbe. En charge de l’accusation, le procureur Hannah Maynard voit son témoin capital Alen Hajdarevic discrédité, il aurait affirmé avoir vu des gens arrêtés dans la rue et emmenés de force dans un bus depuis une école, hors, on démontre en se rendant sur place que les dimensions du véhicule ne lui permettaient pas l’entrée dans la cour de l’école.
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photo EuropaCorp

Peu de temps après, Alen se suicide. Hannah (
Kerry Fox)va interroger la fiancée et la soeur du défunt, la première ne veut pas parler, la seconde a refait sa vie à Berlin mais semble en savoir encore plus que son frère sur le sujet de ces déportations sauvages. Hannah va donc s’obstiner à convaincre Mira (Anamaria Marinca), la soeur d’Alen, de venir témoigner contre Duric au tribunal de La Haye, ce qui signifie pour la jeune femme détruire sa nouvelle vie et replonger dans un passé traumatique qu’elle tente d’oublier. Cédant à la pression, Mira suit Hannah… Coup de théâtre, la justice refuse d’entendre le témoignage de Mira qui va à l’encontre du jeu politique international… Devenues complices dans l’adversité, les deux femmes vont alors devenir des témoins gênants…

photo EuropaCorp
C’est un film au rythme marécageux où l’on s’enfonce lentement dans un faux temps réel passant au crible les rouages d’une justice pervertie par des objectifs politiques, hermétique à la souffrance des victimes qu’elle efface de son champ de vision. Portrait d’une fonctionnaire volontaire en proie au désarroi de ne pas pouvoir faire son travail pour faire éclater la vérité et donner réparation à une victime qu’elle a forcée à témoigner. Dans le rôle de Mira, la lumineuse et émouvante Anamaria Marinca que l’ont avait découverte dans « 4 Mois, 3 Semaines et 2 jours » de Cristian Mungiu, palme d’or à Cannes en 2007.

Pseudo-fiction en miroir de l’actualité, le film est un peu le procès d’un procès, celui de la justice internationale au service de monstres politiques, eussent-ils été pendant la guerre des bourreaux faisant déporter des femmes comme Mira dans des bordels concentrationnaires.
On est captivé et captif de ce film sur l’injustice et la corruption ordinaire dans lequel sont embourbés les protagonistes et le spectateur avec eux. Puissant tout en restant d’une grande sobriété proche des tableaux de la vie réelle anti-glamour comme le cinéma allemand sait si bien le faire. Bien qu’avec HCS, découvert avec « Requiem », on ne soit pas dans un film dit de l’Ecole de Berlin qui aborde des sujets beaucoup plus quotidiens, se focalisant sur les mille petits détails de la vie de tous les jours, cinéma beaucoup plus comportemental. 


photo EuropaCorp

 

***

 

Un peu plus d’un an après son arrestation en juillet 2008, a démarré à l’automne 2009 le procès de Radovan Karadzic devant le tribunal pénal international de La Haye. 13 ans de traque pour retrouver ce docteur en psychiatrie devenu président d’une république serbe auto-proclamée en Bosnie-Herzégovine à la veille de la guerre de 1992/1995. Chef de file avec Milosevic et Mladic des pires exactions commises dans les Balkans, il devra répondre de génocide et crimes contre l’humanité devant la justice internationale. Pendant dix ans, Karadzic a mené une nouvelle vie sous le nom de Dragan Dabic, médecin employé dans une clinique privée avec cheveux longs et barbe blanche, une seconde épouse, totalement méconnaissable. Radlo Madlic, initiateur de la purification ethnique en Bosnie, lui, est toujours recherché.Le 3 novembre 2009, a eu lieu la première session du procès de

Radovan Karadzic qui a décidé de se défendre lui-même… Un procès se trouvant confronté à l’exigence de temps de l’accusé qui avait affirmé avoir besoin de dix mois pour étudier son volumineux dossier… Dans les faits, ce procès interrompu vient de reprendre, l’accusé a été entendu le 1er mars 2010 où il a réfuté les 11 chefs d’accusation retenus contre lui dont deux pour génocide. 


 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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