"La Zona" : chasse privée

De l’autre côté des barbelés, c’est la zona, une zone d’ultra-riches barricadés dans un lotissement de luxe dominant Mexico. Un soir que l’orage fait sauter le système électrique, la vidéosurveillance en panne, trois petits délinquants, qui squattaient un bus au rebut sur un terrain vague en contrebas de la zona, décident d’y pénétrer… Comme ils sont en train de faire main basse sur des bibelots, des bijoux, la propriétaire des lieux, une énergique sexagénaire, les surprend et les menace avec une arme. Miguel, l’un des trois jeunes gens, l’assomme. Plus tard, les habitants de la zona retrouvent cette dame étranglée, morte, le spectateur ne l’a vue qu’assommée, à terre. On a fait alors connaissance avec une drôle de communauté obsédée d’autodéfense qui veut laver son linge sale en famille. Menée par deux leaders, un macho arrogant et un architecte plus posé, la communauté décide de régler le problème entre copropriétaires, selon leur réglement interne qui leur interdit d’appeller la police à l’aide. Quelques couacs vont enrayer la machine sécuritaire, ce vieil homme résident de la zona qui a tué un gardien par erreur dans la nuit et qui ne s’en remet pas, le macho lui confisque son revolver et lui intime de se taire. Un père de famille célibataire qui refuse de voter la chasse du dernier délinquant vivant qu’ils n’ont pas retrouvé, s’étant dans l’intervalle débarrassé des deux autres, est mis au piquet, on lui confisque son téléphone, on l’assigne à résidence.—–

© Wild Bunch Distribution Galerie complète sur AlloCiné

 

Pendant ce temps, la vie continue, les ados vont en classe privée dans la résidence vêtus d’uniformes genre collège anglais, veste grenat et cravate noire, chemise blanche, les parents surarmés forment un commando pour rechercher l’intrus caché on ne sait où dans la zona. Mais la peur s’est infiltrée dans tous les comportements, moteur de toutes les sauvageries. La peur, qui a conduit cette communauté trop fortunée à s’emmurer vivants ensemble pour ne pas être dépossédée de ses biens matériels, s’est invitée dans la zona avec l’incursion des trois étrangers à la communauté. La dépendance aux nouvelles technologies, et directement au système électrique qui alimente la surveillance vidéo 24 h sur 24, se fait sentir avec de brusques coupures de courant que désormais on remarque, qui inquiètent plus que de raison. Armée comme dans un camp retranché, la communauté va très vite se comporter pire que les voleurs et les pilleurs qu’elle redoute tant. Comme si le meurtre de leur voisine Mercedes donnait enfin une raison autre que l’anxiété de posséder toute ces armes, comme si la réalité fournissait un alibi pour se déchaîner « en légitime défense ».

Film très noir et très près de la réalité de ces grandes villes d’Amérique du sud où une petite frange d’ultra-riches vit recluse, terrorisée par la population urbaine trop pauvre qui pourrait la voler. A Sao Paolo au Brésil, par exemple, les hommes d’affaires se déplacent en hélicoptère d’un toit d’un immeuble à un autre pour éviter les enlèvements en voiture… Situation aggravée par la corruption de la police dont les officiers ripous opposent pour leur défense leur maigre solde pour faire régner l’ordre. L’ambiance de la zona fait penser à un livre « SuperCannes » de J.G Ballard (auteur aussi de « Crash ») , ces univers sécuritaires plus dangereux que ce contre quoi ils sont censés se défendre. Faible lueur d’espoir après le massacre final quand le fils de l’architecte se hasarde enfin à sortir de la zona, à consommer seul et sans peur des autres une petite collation en ville. Une ville aux immeubles délabrés autrefois colorés, au linge étendu partout, aux routes défoncées, métropole surpeuplée, inhumaine, tentaculaire qui a fabriqué des monstres terrorisés, plus fragilisés que protégés par leurs comptes en banque qui les exposent à tous les rackets, des notables comme les habitants de la zona.

 

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Quelques longueurs vers le dernier quart du film où on a l’impression que le réalisateur hésite sur l’issue finale, va-t-il sacrifier son héros, comment donner une échappée au bout de l’horreur sans faire de concessions au système qu’il dénonce, cette hésitation va enrayer la fin du film qui n’est pas à la hauteur du choc de l’ensemble mais c’est un petit bémol car ce film est une réussite : la ville la nuit derrière les barbelés sous la pluie battante, ce bus cradingue brinqueballant où le jeune Miguel écrit le numéro de téléphone de sa petite amie sur son avant-bras avant la panne, ça démarre fort, le sujet, les images, le son, le réalisateur est doué! (je crois que c’est un premier film) A voir en priorité, aucun risque de somnolence!

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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