"Lady Jane" : on the road again

Robert Guédiguian, 2008, sortie le 9 avril
« Lady Jane » est-il seulement le récit dune vengeance, de l’escalade de la vengeance? Cest laffichage de ce polar signé Robert Guédiguian quon attendait pas dans ce genre de film, dans le film de genre. Pourtant, si polar et intrigues existent bel et bien, la poignante dernière tirade de JP Darroussin à Ariane Ascaride ne laisse pas de doute : cest de sa jeunesse et ses espoirs perdus que son personnage est inconsolable, est-ce là la voix du réalisateur avec ce choix du titre « Lady Jane », une chanson des Stones des années 70 ? Dailleurs, le film démarre dès le générique sur les riffs de lobsédant « On the road again »*** de Canned Heat, leit-motiv que lon retrouvera tout au long du film quand il sera fait référence aux années 70 (BO éclectique de Canned Heat aux années 2000 en passant par Vivaldi).*** dans le film, une version live « tueuse » de « On the road again ».
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Après le casse dune bijouterie qui les a conduit à tuer un homme dans un parking dans les années 70, Muriel (Ariane Ascaride), François (Jean-Pierre Darroussin) et René (Gérard Meylan) ont décidé de ne plus de revoir. Jusquau jour où, trente ans plus tard, le fils de Muriel est kidnappé, aussitôt, elle demande de laide à ses anciens complices, ses amis denfance, pour réunir largent de la rançon.

 

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Avec largent volé de lépoque, Muriel a ouvert une parfumerie de luxe à Aix quelle a appelé « Lady Jane », elle porte ce nom aussi tatoué sur le bras. Contrairement aux apparences qui nous présentent François dans des vêtements de travail sur un modeste port de pêche (lEstaque sans doute), il a monté une rentable entreprise de réparation de bateaux, marié, deux enfants. Seul René a tout flambé, il est à présent gérant dune boite de nuit, plus au moins à la colle avec une prostituée mineure. Très vite, la bande se reforme pour aider Muriel, très vite, les habitudes de violence hors la loi reprennent le dessus, chacun des deux hommes sen va déterrer une arme dans une cachette. Si René traîne un peu les pieds, François semble revivre, sans états dâme, il braque une bande de voyous pour leur dérober largent dun casse, plus tard, il nhésitera pas à tuer. Pourtant, François est à la fois crédule et pas dupe. Il y a une scène entre François et René où le second demande au premier si il est toujours amoureux de Muriel et la réponse de François est terrible : il se force à être amoureux pour entendre battre son coeur, immobile depuis si longtemps

Si François tente de se ranimer en reproduisant le passé, Muriel, qui avait aménagé un présent heureux, ny fait appel que le dos au mur pour sauver son fils. Meurtrière hier, victime aujourdhui, Muriel transforme sans le vouloir ses deux anciens complices en justiciers, dailleurs, ne les a-t-elle pas toujours manipulés? Femme fatale par hasard, au sens où elle sera fatale aux hommes qui croisent sa route, Muriel n’a qu’un point faible, sa famille, bien que filmée avec amour par Robert Guédiguian, Ariane Ascaride dessine un personnage opaque de femme dure et aguerrie, volontairement seule, passée du statut de fille défendant son père à celui de mère protégeant son fils, ayant dans lintervalle esquivé sa vie de femme.

Film sombre tourné souvent la nuit et en hiver (le réalisateur dit quil voulait faire de ses personnages, engoncés dans leurs manteaux trop lourds, des fantômes), cest plus dun constat déchec général quil sagit que de la fin dune amitié en particulier, cest donc bien pire Bien que les flash-backs sur les années 70 soient rares, le passé est omniprésent en filigrane, cest une des grandes forces du film, un passé qui ne fait plus recette, une nostalgie dont on se passerait mais quon instrumentalise dans lurgence (Muriel avec François, voire René). Les fourrures d’un hold-up que les trois délinquants offraient à tout leur quartier (première scène du film), personne ne sen souvient

 

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JP Darroussin est infiniment juste, comme toujours, et parfois bouleversant, comme dans la dernière scène où il vide son cur à Ariane Ascaride/Muriel, sur elle, sur eux, sur la jeunesse quil ne retrouvera jamais, il exprime tant de souffrances quon est submergé par lémotion. Car la souffrance de François na rien à envier à celle dune mère dont on vient de tuer son fils sous ses yeux, il ny a pas de hiérarchie dans la douleur, voire une sorte d’équité dans le désespoir

En sortant de la projection quelquun disait « Il na pas mis de politique cette fois-ci », mais nest-ce pas ce vide sans repères ni valeurs ni héritage du passé (au profit de largent facile et de la satisfaction immédiate de tout) que le réalisateur décrit, le néant culturel et idéologique de la politique actuelle ? Au drame intime traité sous la forme dun film noir fait écho le drame dune société sans âme Car davantage qu’un polar, un polar social, comme on dit pour faire formule, c’est d’un film noir (épousant les codes du film noir) qu’il s’agit avec son arrière-plan social transposé des années 70 à aujourd’hui, ses images aussi sombres que les âmes des personnages et un portrait de femme fatale, même malgré elle…


écrit par Vierasouto le 08/01/08
 

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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