« Le Bal des actrices » ! déclinaisons d’une actrice

Maïwenn, sortie 28 janvier 2009
 

Je viens d’acheter le premier numéro de Studio/Cinélive puisque les deux ont fusionné depuis de début d’année. Je ne porte pas de jugement hâtif sur ce nouveau magazine de cinéma n’en ayant pas terminé la lecture mais je suis tout de même étonnée de voir « The Wrestler » et « Walkyrie » descendus dans leurs critiques (le sublime « The Wrestler » de Darren Aronosky ne serait qu’un « bon Rocky »…) tandis qu’on porte aux nues « Le Bal des actrices ». Bien entendu, ces trois films ne jouent pas dans la même cour mais tout de même… Maïwen est tendance, c’est clair, à plus ou moins juste titre, il est de bon ton de dire qu’on a « adoooooré » son premier comme son second film (et sans doute les suivants avant même qu’ils soient tournés…) Pour ceux qui tenteraient la comparaison, si le premier film « Pardonnez-moi » était quasi-expérimental et coup de poing, débordant d’idées de mise en scène avec les moyens du bord, de révolte  et d’émotion, le second, « Le Bal des actrices », pantoufle avec des moyens qu’on devine plus confortables et la volonté d’adopter le même procédé : faire du faux avec du vrai, être plus vrai avec du faux, etc… Docu-fiction ou Fiction-docu, prenant soin de filmer la réalisatrice en train de filmer.Et je dois dire que j’en ai un peu assez de ces envers du décor mis en scène, en images, hier, dans un registre radicalement opposé, j’ai assisté à une projection de « Z32 » d’Avi Mograbi (sortie 18 février) où une demi-heure avant le générique est consacrée à comment je vais tourner mon film, comment je vais respecter le désir d’anonymat du témoin principal, comment je vais pousser la chansonnette. Bien que le sujet, pas loin de celui de « Valse avec Bachir », en deux mots la culpabilité du soldat d’un commando israëlien, soit très fort et encore plus que ça, une bande audio m’aurait semblé plus adaptée tant cette  interminable présentation logistique et ce souci de montrer la cuisine du film sont fastidieux pour les spectateur. Dans « Le Bal des actrices », le sujet est léger, même si les états d’âme des actrices ne sont pas négligeables dans la mesure où la réalisatrice tente le pari d’aller au delà et de parler des femmes en général. Pourtant, la méthode, enseignée par tout bon psy d’intégrer et recycler les emmerdements et les embûches de l’existence comme matériau de la vie, que la réalisatrice applique au centuple pour son film, finit par lasser. On dirait que le film n’est fait que de cela, chaque problème rencontré est reconverti en scène, exemple de Charlotte Rampling qui refuse le projet et qui acceptera seulement la séquence chantée, auparavant, on la filme (rarement) en train de dire non…
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photo SND
Si certains personnages vrai/faux sont réussis, les autres sont parfois bâclés faute de répondant, Karine Viard en actrice naturelle à tout prix, visant le marché US, Mélanie Doutey en bobo branchée spiritualité et adoption d’enfants du bout du monde, Romane Bohringer en has been se vendant à des soirées lancement de téléphone portable, voire Marina Fois chez son chirurgien pour des injections d’acide hyaluronique qu’elle n’assume pas, ça fonctionne, les personnages sont étayés et les actrices sont crédibles, ça pourrait être elles… En revanche, Estelle Lefebure qu’on présente comme top model souffrant de préjugés, n’ayant pas de crédibilité d’actrice d’autant qu’elle passe ses vacances à Saint Tropez avec Arthur… pourquoi pas… sauf que l’actrice/top n’a pas dix mots à aligner, les dialogues étant remplacés par une scène de baiser /étreinte avec Maïwen qui, ensuite, en rêve la nuit. Apparemment, cette attirance de la réalisatrice pour  Estelle L n’était pas prévue dans le scénario à ce degré d’empathie mais, qu’à cela ne tienne, on l’a intégrée telle quelle au film en oubliant de lui écrire des répliques. Pour d’autres, comme Muriel Robin espérant retourner au théâtre classique de ses débuts ou Julie Depardieu en contre-emploi malgré sa bonne volonté, on reste sur sa faim. Etc… 


photo SND

Exactement comme dans « 8 Femmes » d’Ozon, chaque actrice se voit récompensée de la difficulté de son rôle  « sans maquillage » par une séquence hyper-glamour chantée avec une chanson sur mesure écrite par les auteurs les plus branchés du moment, de Joey Starr à Anaïs. Ca démarre en amont dès le générique avec quatre actrices plus Maïwen façon comédie musicale, toutes portents des robes en satin colorées à bretelles, une seule porte une robe différente, brillante, bleu strassée, bustier : la réalisatrice au centre… Comme Maïwen est psychologue, elle prévient et désamorce les critiques au sein même du film (tjs la même méthode du « cinéma total » où le off est métabolisé dans le film) une des dernière scènes porte là-dessus, après avoir visionné le film, les actrices s’offusquent qu’on a trop filmé la réalisatrice (qui, pour justifier son omniprésence, s’attribue le rôle de la cinéaste prisée des « Inrocks », se la jouant Sofia Coppola…), qu’elles ne servent que de caution pour faire une belle affiche. Reste un couple crédible, léger, sensible, celui formé par Joey Starr, père de famille charismatique et Maïwen, la vraie histoire du film, un couple show-biz, lui chanteur célébre, elle réalisatrice prometteuse, actrice narcissique, confrontés à un emploi du temps commun lacunaire et conflictuel : concilier famille et ambition professionnelle, tout en ne pensant qu’à privilégier la réalisation de soi avant tout, pour le pas dire le culte du « moi d’abord ».

 


photo SND

Celle qui disait en interview lors de « Pardonnez-moi » (le film ressort en salles en même temps cette semaine) que la névrose était depuis toujours son fonds de commerce n’a pas changé, tous ces portraits d’actrices névrosées, touchantes car fragiles et fortes en même temps, forment un hydre actrice à plusieurs têtes…
Pour un portrait lucide d’actrice(s) dans un récit autobiographique ne cherchant pas midi à 14 heures, « Actrices » de Valeria Tedeschi-Bruni est nettement plus sobre et surtout plus sincère. C’est sans doute ce qui m’a le plus gênée dans le film de Maïwen, la sincérité érigée en sytème. 

Notre note

2 out of 5 stars (2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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