« Le Déjeuner du 15 aout » (« Pranzo di ferragosto ») : mères plurielles

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Quelle merveilleuse comédie à l’italienne, tragi-comédie parfaite où l’équilibre rires et larmes est parfaitement atteint. Quelles sont à la fois emmerdantes et craquantes ces pensionnaires du déjeuner du 15 aout… Dans un pays où le matriarcat fait encore autorité, on est à la fois ébahi du sacrifice consenti de la vie de célibataires esclaves de leur mère et touché par cette relation fusionnelle où le parent âgé en vient à se comporter comme un vieil enfant capricieux en toute innocence…Gianni, quinquagénaire vieux garçon vivant avec sa mère quasi centenaire, a renoncé à toute vie personnelle pour s’occuper d’elle. Mais les notes impayées, et notamment les loyers, s’accumulent. Au début du film, Gianni va à l’épicerie, en quelques mots et gestes, tout est posé de sa vie, de son absence de vie : Rome le 15 aout, les romains en vacances, la bouteille d’eau minérale pour la mère, les deux bouteilles de vin pour lui… La note? Il la payera plus tard, l’épicier le  consigne sur l’ardoise… Conversation dans la chaleur poussiéreuse de la ville désertée, les enseignes fermées, avec un copain à parler pour ne rien dire, il fait chaud, c’est le mois d’aout, etc…
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Gianni Di Gregorio
© Le Pacte Galerie complète sur AlloCiné

 

Soudain, Alfonso, syndic de l’immeuble et ami, vient proposer finement un marché : payer les factures en échange d’héberger sa propre mère pendant deux jours pour partir en WE avec une jeunesse en prétendant qu’il va rejoindre sa famille… Sonnent à la porte et la mère du syndic et sa tante… Gianni épuisé se fait ausculter par un ami médecin qui lui demande également de garder sa mère pour la nuit car il est de garde à l’hôpital.

Quelle finesse dans les portraits, des bribes de conversation, des attitudes, des riens, éclairent la vie de ces vieilles dames : la tante a deux enfants qui habitent Rome et dont elle parle tout le temps pourtant, s’il elle ne s’en plaint pas et ne cesse de vanter son gratin de pâtes, le spectateur comprend aussitôt sa solitude… La mère du syndic est une femme enfant comme la mère de Gianni, une grosse poupée capricieuse, ni l’une ni l’autre n’ont renoncé à la coquetterie, au contraire, trop fardées, les cheveux platine, les robes voyantes, les bijoux, les ongles vernis. La tante est plus classique mais on va la coiffer d’un bibi pour la rendre plus jolie, la mère du médecin, arrivée avec un régime alimentaire strict et une ordonnance longue comme le bras, s’empiffre de pâtes en cachette la nuit, la mère du syndic s’échappe pour aller boire et fumer à une terrasse…

Le leit-motiv visuel du petit verre de vin que Gianni boit tout le long du film est éloquent sur ce qu’il supporte, résigné, sans révolte, de sa mère et aujourd’hui de ces femmes qui ne sont pas beaucoup plus qu’une mère que multiplie quatre, il a l’habitude… Quand arrive le repas du 15 aout, jour de grande fête, ces dames se sont pomponnées, on boit du champagne, on danse (le générique de fin), on ne veut plus se quitter, on graisse la patte de Gianni pour rester encore un peu…

J’ai été étonnée que pas un spectateur ne quitte la salle avant la fin du générique, aucun n’avait envie de partir de ce déjeuner du 15 aout, la relève de la comédie italienne est assurée, le film de Gianni di Gregorio (réalisateur et acteur principal), produit par Matteo Garrone, semble conserver l’affiche malgré l’absence de promo,

drôle et émouvant de bout en bout, une vraie belle surprise! 

 

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Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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