Le diptyque « Che » : « L’Argentin » et « Guerilla » : de l’icône au martyre

focus film Cannes 2008, sélection officielle, Steven Soderbergh, sorties les 7 et 28 janvier 2009
Découverte de la grande salle 500 (très confortable, une fois qu’on l’a trouvée), du nouveau Forum des images, qui vient de rouvrir ses portes le WE dernier au troisième sous-sol du Forum des Halles : au passage, difficile de trouver emplacement plus claustrophobique dans la capitale que ce lieu inacessible, enfoui dans les entrailles de ce bunker années 80, dont la Mairie de Paris a financé trois ans de travaux de réfection…. Pour ma part, je suis peut-être empotée mais l’endroit est si mal indiqué que, pour être arrivée en voiture, j’ai dû faire un stop au commissariat de police des Halles pour demander l’itinéraire… (situé au 2, rue du Cinéma, une rue inaugurée en novembre, cette adresse n’apparaît sur aucun plan de Paris ni aucun GPS…, seule solution, y aller en métro ou RER, sortie place Carrée) Bref, on est mieux à la Cinémathèque française donnant sur les jardins de Bercy, y a pas photo! Pourtant, le Forum des images avait tapé fort avec l’avant-première de ce mardi soir : le diptyque « Che » de Sodenbergh , soirée organisée par le magazine « Positif ». 

    
Le film sortira en 2 parties début et fin janvier 2009

 

En juillet 1955 à Mexico, Raul Castro présente Ernesto Guevara à son frère aîné Fidel Castro, une rencontre qui va changer le cours de l’histoire de Cuba. Après le putsch en 1952 du général Batista à Cuba, Fidel Castro, jeune avocat, a tenté de le  braver en provoquant un soulèvement populaire. Mais l’opération a échoué et il a passé deux ans en prison. Amnistié en 1955, Fidel Castro s’exile à Mexico où Ernesto Guevara, médecin argentin, s’est installé aussi en exil, fuyant le Guatemala où il a fait ses premières armes en politique. Fidel Castro enrôle alors Ernesto Guevara et lui confie le commandement d’une opération de guerilla destinée à renverser le dictareur Batista. En novembre 1956, Castro et Guevara embarquent en bateau avec 80 rebelles pour Cuba, seuls douze réchapperont du massacre dont Che Guevara devenu indispensable à Castro et à ses compagnons. Car à Cuba, Ernesto devient « Le Che », surnom cubain courant. La fin du premier film se termine par la marche vers La Havane en 1959.D’une ambition revendiquée sur la seule première partie, le film aurait pu en rester là avec la victoire de Fidel Castro accédant au pouvoir, on voit d’ailleurs  furtivement Che Guevara, alors ministre de Castro, contesté, hué. Le premier film « Che, l’argentin » est brillant, jouant avec les époques, la couleur et le noir et blanc, zappant de l’un à l’autre, refusant la construction linéaire du récit. D’entrée, l’icône Guevara, les godillots noirs, le cigare, une partie du visage en gros plan, interview en noir et blanc dans une émission US où Che Guevara raconte son engagement avec Castro, on y revient périodiquement. Pourtant, si Soderbergh sait filmer et produire des images plus belles que beaucoup de ses confrères, on a l’impression de figurants de grand luxe évoluant dans un décor pas moins cossu, d’une succession de scènes sans aucune véritable narration que leur juxtaposition, le spectateur se fera son idée… L’armée des icônes  de « Che, l »argentin » à laquelle succédera dans « Che, Guerilla », l’armée des ombres…
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« Che l’argentin », photo Warner bros
Car dans le second volet du diptyque, c’est un peu la même histoire à l’envers… Quelques années plus tard,  au début des années 60, Che Guevara abandonne les honneurs et le confort du régime castriste en place pour reprendre du service en Bolivie où il a l’intention de reproduire  la guerilla  cubaine et le renversement du régime, avec sans doute l’aide financière de Castro. Guevara, éternellement l’étranger, l’argentin, bien que se voulant utopiquement et idéalistement latino-américain au delà des frontières, s’appelle désormais Ramon en Bolivie. Mais l’ingrate Bolivie n’est pas Cuba et Che le magnifique, le chef, le médecin,  le révolutionnaire, l’altruiste, devient une sorte de martyre fantômatique menant une guerilla qui ressemble à un chemin de croix, et s’il panse toujours les plaies de son entourage, il est devenu l’ombre du Che et se dirige vers une fin sordide, abattu par l’armée bolivienne. Mais n’est-ce pas le martyre qu’il cherchait? 


« Che l’argentin », photo Warner bros

Le second film « Che, guerilla », épouse ce calvaire bolivien en prenant le parti d’images beaucoup plus simples, filmées de manière plus artisanale, retour de la veine ciné indépendant Soderbergh. Le petit problème, c’est que si on s’ennuyait ferme malgré la beauté des plans et de la mise en scène du premier film, on est plongé dans un ennui abyssal dans le second volet, encore moins narratif que le précédent, ce qui n’est pas peu dire… Car demeure cette impression de factice, d’esthétique de la guerilla! (le comble), ces couleurs léchées, ces peintures nickel, ces décors superbes trop vides où évoluent quelques acteurs/personnages solitaires, ces uniformes vert trop chics de la couleur des feuilles de bananier, tout est trop beau, trop lisse, trop propre, on est tenu à distance, très loin, sans aucune empathie pour les personnages, sans aucune compassion pour les situations, on feuillette ce beau livre d’images, d’icônes, ces interminables 4h30… en attendant la crucifixion finale (la musique genre « More » sur le visage du « Che » flouté, comme sanctifié, monté au ciel, avant son exécution, un petit greffon « planant » en fin de film…)
 


« Che, guerilla », photo Warner bros
Pour le casting, les beaux mecs sont légion, on ne s’en plaindra pas… Matt Damon en guest star (en espagnol, tout le film est en espagnol), Benicio Del Toro prix d’interprétation à Cannes dont j’ai personnellement eu une indigestion de l’avoir tant vu si longtemps (un peu comme une overdose de chocolats à Noël) et le très sexy acteur brésilien Rodrigo Santoro (à l’affiche en ce moment dans « Leonera », film argentin de Pablo Trapero produit par le  réalisateur brésilien Walter Salles) qui n’est pas sans faire penser au Richard Gere de la belle époque. A propos de Walter Salles, son excellent et modeste film « Carnets de voyage » donne un éclairage très intéressant sur les débuts d’Ernesto Guevara depuis son enfance en Argentine qui explique pas mal de choses sur l’engagement du futur Che Guevara qu’on ne comprend absolument pas ici. Le diptyque de Soderbergh commence à peu près où finissait « Carnets de voyage ».

« Che, guerilla », photo Warner bros 

 

Cliquer ici pour regarder « CHE » en VOD… (lien pub)

 

 

 

 

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

1 Comment

  1. Butch -  22 mars 2017 - 18 h 11 min

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