« Le Prix du danger » : mort academy

Yves Boisset, 1983
 

Même si l’image années 80 est sinistre, le décor pauvre, certains acteurs surjouants (Michel Piccoli), ce film premonitoire sur la téléréalité ne dit rien d’autre, 25 ans avant, que le récent « Live! » avec Eva Mendes, mort en direct de candidats volontaires à la recherche d’un pactole Eldorado, productrice aux dents longues avec quelques scrupules, ici, la sublime Marie-France Pisier dans le rôle de Laurence Ballard, la surdouée de la chaîne CTV qui a eu l’idée de génie ce ce jeu du cirque, « Le Prix du danger », pour booster l’audience… Yves Boisset ne fait pas dans la dentelle mais le message est franc et direct : tout comme « Dupont Lajoie » sur le racisme, « Le Prix du danger » tape fort sur la société du spectacle avec les moyens du bord, tournant parfois à la caricature…Depuis quelques semaines, la chaîne CTV organise un jeu mortel de téléréalité : une chasse à l’homme avec un volontaire censé pouvoir échapper à 5 tueurs amateurs jeté à ses trousses… Jusqu’ici, tous sont morts quelques minutes avant la fin du jeu, à quelques brasses de remporter le million. Le candidat, soigneusement choisi par le staff, ni trop beau ni trop intelligent, ni trop rien, un peu beauf, pas trop, doit d’abord subir un test de présélection : sur trois finalistes, un seul va réchapper à la première épreuve : piloter un avion sans savoir piloter avec de l’essence pour 5 minutes de vol… François Jacquemart, unique rescapé, a donc droit à être la future cible des tueurs de la prochaine session du jeu. 5 tueurs recrutés parmi 25 000 candidats, des amateurs motivés comme cet empailleur du dimanche ou cette jeune femme championne d’art martiaux qui en veut à tous les hommes.
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Gérard Lanvin et Michel Piccoli
© Collection Christophe L. Galerie complète sur AlloCiné

 

Le choix du candidat François Jacquemart n’est pas le bon choix de sélection d’une victime consentante sur mesure comme la chaîne CTV l’a fait avec les précédents candidats, si seul l’animateur (Michel Piccoli) s’oppose à sa sélection, ayant confusément perçu de la révolte dans son regard noir, la productrice Laurence Ballard (Marie-France Pisier), elle, se laisse séduire par le charme de François Jacquemart (Gérard Lanvin), plus ou moins consciente qu’il va lui donner des soucis mais l’ambitieuse productrice de l’émission semble dépassée par son concept de jeu, pas mécontente dans le fond qu’un candidat se révolte. Obligée de rentrer dans le rang pour satisfaire le directeur de la chaîne et sa soif d’ambition, la tirade finale de Laurence Ballard est pourtant à la fois odieusement cynique et désespérée : puisque c’est ce que le public demande, du pain et des jeux, des gladiateurs dans l’arène, on va leur en donner encore plus… Cette mécanique bien huilée va donc dérailler, à mi-parcours, François Jacquemart se rendant compte que le jeu est truqué, va abattre les tueurs qui le poursuivent, ce qui est contraire au règlement, mais ce jeu de massacre fait exploser l’audimat… 

 

Gérard Lanvin
© Collection Christophe L. Galerie complète sur AlloCiné

 

Situé dans une ville futuriste à une époque indéterminée, les décors sont modestes, l’image assez vilaine, sombre, on n’y voit souvent pas grand chose,  les poursuites un peu molles, mais on compte sur les acteurs (beau casting) et le sujet assez choc pour se suffire à lui-même : le film est très moderne dans le fond, voire prémonitoire, et démodé, daté, miséreux, dans la forme : la prestation de Michel Piccoli en animateur parodique ne passe plus, il en fait des tonnes (on pense à Philippe Noiret dans « Masques » de Chabrol, le même type de rôle, le jouant de manière beaucoup plus nuancée). En revanche, le tandem Bruno Cremer (le directeur de la chaîne) et Marie-France Pisier (la productrice) sont un régal. Quant à Lanvin, il poursuivait une carrière de beau mec du cinéma français des années 80 avec une particularité : avec son physique de sex-symbol, il privilégiait les emplois de loosers… A voir comme un document, car un réalisateur comme Yves Boisset est précieux même si il manque parfois de nuance, il a toujours été engagé, courageux, tapant là où ça fait mal, dénonçant tous les maux, la vénalité, la cupidité, le racisme, le beaufisme, la corruption, les magouilles politiques, ici, la téléréalité avant l’heure (au passage, il tâcle les ballets pub obscènes dans l’émission comme sur les télés américaines où les animateurs sont sans cesse interrompus)… On ne voit pas très bien aujourd’hui qui a pris la relève…

 


Marie-France Pisier, l’icône absolue : elle démarre à 17 ans avec Truffaut dans « Antoine et Colette » (avec JP Léaud) et réussit tout ce qu’elle entreprend : diplomée en droit, actrice, réalisatrice, écrivain ; éclectique, intello, brillante, cinéma d’auteur ou grand public (avec Belmondo), théâtre sur le tard (Claudel), elle a tout fait, on vient même de la voir dans « Clara Sheller »saison 2 … Voir aussi le billet plus complet sur MF Pisier sur www.cinemaniacadeauville.fr…
 

PS. Ce film passe actuellement sur le câble/satellite  (Cinécinéma Frisson). Rediff :
03:00 – Mercredi 24/12
07:30 – Vendredi 02/01
04:30 – Lundi 05/01
12:00 – Lundi 05/01

Notre note

3 Stars (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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