"Cassandra's dream" ("Le Rêve de Cassandre") : inflation du prix de l'ascenseur social

Woody Allen, 2007

 

Deux frères, Terry et Ian, décident de sacheter un voilier, le « Cassandra’s dream », pour lequel ils ne possèdent pas le premier sou. Leur mère faisant depuis toujours planer le mirage de loncle Howard, son frère milliardaire, comme une manne providentielle, les deux frères empruntent largent pour le bateau tout en espérant un chèque de dépannage de loncle. Terry (Colin Farrell), employé dans un garage et joueur invétéré, est bientôt criblé de dettes. Ian (Ewan Mc Gregor), plus doué intellectuellement, contraint daider son père au restaurant familial, rêve dun destin d’homme d’affaires comme son oncle.

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Colin Farrell et Ewan McGregor
© TFM Distribution Galerie complète sur AlloCiné

 

 


Une jeune femme, dont Ian tombe amoureux, va précipiter le cours des événements, jeune actrice dévorée dambition quil faut éblouir avec les voitures du garage de Terry, par exemple. Ian se met en tête de lemmener faire carrière à Hollywood dautant que loncle Howard y a fait fortune avec des cliniques de chirurgie esthétique et joue au golf avec des producteurs.

De passage à Londres, loncle Howard, installé dans un palace où se presse la famille pour lui souhaiter la bienvenue, sa sur ébahie, éblouie, servile, est daccord pour aider ses deux neveux en échange dun petit service : il faudrait tuer un collaborateur bavard qui en sait trop long sur ses affaires véreuses. Dailleurs, on na pas le choix, si loncle va en prison, qui payera leurs dettes?

Le film marie deux genres : la tragédie grecque avec linéluctable dune situation où nul ne semble pouvoir faire autrement que daller en enfer et dy emmener les autres et le drame psychologique bien que ça napparaisse pas à première vue. Car les deux frères tiennent leur faiblesse et leur inconscience directement du conditionnement maternel. Le comportement monstrueux de la mère, qui humilie son mari chaque jour de lannée parce quil ne gagne pas assez dargent en lui opposant son frère plein aux as, assimilé à, lhomme idéal, va façonner par ricochet ses deux enfants en adultes assistés irresponsables à qui on a laissé entendre toute leur vie que largent tomberait du ciel de loncle Howard en cas de pépin. Enfin, le thème du prix à payer pour accéder à la promotion sociale dans un Londres middle class est dans la lignée encore noircie de « Match point » (premier film de la trilogie anglaise avec « Scoop » et « Cassandra’s dream »).

Bien que le film soit dune exceptionnelle noirceur, le facteur humain va sauver in extremis les âmes des deux frères à défaut de leurs corps. On a comparé la fin à « Plein soleil » de René Clément mais cest vu du quai où Woody Allen, en proie à la phobie de leau, a filmé de loin les scènes Si le film nétait pas signé Woody Allen, nul ny reconnaîtrait sa signature, un film sec au plus près du réel et sans le moindre apprêt, quand tout justifie tout, il faut avoir lestomac pour tuer de sang-froid, au delà du bien et du mal

 

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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