« Leonera » et « Waltz with Bachir » : déjà 2 films choc!

Ca démarre fort pour ce second jour du festival avec deux films en compétition qui devraient marquer les esprits, deux films superbes très différents mais avec un point commun : l’amnésie : elle a oublié les circonstances du meurtre de son amant dont elle est accusée (« Leonora »), il a oublié qu’il a participé au massacre de Sabra et Chatila au Liban (« Waltz with Bachir »)… Les deux films que j’ai vu en séance officielle en présence des réalisateurs ont été longuement applaudis, on n’était pas loin de l’ovation… Une reconnaissance immédiate bien méritée qui fait craindre que, statistiquement parlant, on n’ait pas demain la veille une autre journée avec deux films en compétition aussi choc!Pourtant, pour la séance de 22h « Waltz with Bachir », on traînait les pieds, les invit pleuvaient, pire, on vous les proposait, même pas la peine de demander, d’ailleurs, la salle n’était pas pleine. Les festivaliers ayant sans doute préféré le spectacle d’Angelina Jolie à Cannes, voix dans un film d’animation « Kung Fu Panda » projeté hors compétition à 19h30… Il faut dire aussi qu’à la même heure, 22h, la section Un Certain regard, mitoyenne du palais, passait un film très tendance « Tokyo », trois visions de la ville par trois cinéastes dont Leos Carax, enfin de retour.

« Leonera » (« Lion’s den ») de Pablo Trapero / Argentine

sortie 3 décembre 2008 

Produit par le beau réalisateur brésilien Walter Salles qui sera lui-même en compétition samedi avec « Linha de passe », la projection du film fut un franc succès. Ce portrait de femme résiliente et mère tigresse a séduit et bouleversé les festivaliers. Julia se réveille dans le sang, son appartement dévasté, deux hommes nus sauvagement poignardés gisant sur le sol, l’un d’eux est son compagnon, l’autre est sans doute l’amant de ce dernier… Maquillée outrageusement, le cheveu décoloré jaune, les ongles vernis rouge sang, Julia, bientôt arrêtée par la police, a oublié ce qui s’est passé. L’un des hommes est mort, l’autre pas et va témoigner contre elle.

 


photo Ad Vitam 

Julia est alors incarcérée dans le quartier des femmes mères car elle est enceinte. Panoramique sur les ventres des femmes sur le pas de leurs cellules ouvertes avec des enfants en bas âge, moins de quatre ans, ensuite, l’administration retire la garde des enfants aux détenues. Beaucoup de plans panoramiques dans ce film et des conversations finissant hors champ en voix off pendant que l’action se poursuit ailleurs, c’est style du réalisateur, rapide mais fluide, sur le fond, réaliste à la limite du naturalisme mais humain, humaniste.Dans la prison, un vie neo-familiale s’organise, Julia partage l’intimité de sa voisine codétenue avec qui elle vit quasiment en couple, Marta allaite Tomas, le bébé de Julia qui lave son linge en retour, aux services mutuels rendus se substitue de l’affection, une forme d’amour, un univers matriarcal où on a appris à se passer des hommes, hormis le « détail » de fécondation.Pourtant, on colle de près à la réalité de la prison, les fouilles, les insultes entre détenues, les deals, le lesbianisme toléré par les matonnes. De la lumière du jour, on ne voit que les plans de l’extérieur de la prison, à l’intérieur, c’est sombre, crade, vétuste, bruyant et bordélique. Marta libérée, Julia est fragilisée, c’est le moment que choisit sa mère, revenue de France où elle habite, femme égoïste et mère indigne, ayant abandonné sa fille enfant, pour lui enlever le petit Tomas et en prendre officiellement la garde.


photo Ad Vitam

Un film qui traite davantage de l’organisation de la survie dans des conditions hostiles, voire épouvantables, que de l’univers carcéral pris ici comme exemple. On voit le personnage de Julia évoluer, de blonde autrefois à brune ensuite, les cheveux de plus en plus raccourcis, démaquillée, naturelle, le nom de son fils tatoué sur le bras. Alors que Julia étudiante était plus ou moins exploitée par deux hommes, en prison, elle grandit, retrouve paradoxalement le respect de soi tout en apprenant la solidarité de la part de femmes parias qu’elle n’aurait pas regardées dans son ancienne vie. Portrait de femme, oui, mais surtout leçon de (sur)vie. Un film qui devrait cartonner, comme on dit, et plaire à la fois aux cinéphiles et au grand public, une denrée rare…
 

tapis  story…


Eva Longoria, après la robe bleue, la blanche…, photo L’Oréal Cannes 

 

« Waltz with Bashir » d’Ari Folman / Israël

 

Tant de beauté pour tant d’horreur… C’est ainsi qu’on pourrait résumer l’impression que laisse ce film énergique et sensuel, parfois poétique, avec un habile crescendo de l’horreur jusqu’au souvenir final du massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban en 1992 par les milices chrétiennes phalangistes, alliées d’Israël, après l’assassinat du président Bachir Gemayel, d’où le titre du film.Le réalisateur de films Ari Folman se souvient qu’il a tout oublié de la guerre à l’occasion d’une conversation avec un ami qui fait un cauchemar récurrent depuis deux ans : une meute de 26 chiens le poursuit pour le dévorer, quand il se souvient que 20 ans auparavant, il était chargé de tuer les chiens de garde pendant la première guerre du Liban. A la recherche des compagnons d’arme du passé qui pourraient témoigner qu’il se trouvait avec eux pendant la guerre du Liban, Ari retrouve un seul souvenir, des soldats sortant nus de la mer la nuit, des hommes jeunes et beaux sous la lune qui enfilent leurs uniformes sur la plage, quand le jour se lève, l’image pâlit, ils sont devenus des soldats, scène récurrente dans le film où figure un autre ami installé aujourd’hui en Hollande. Ce dernier qu’Ari va voir à Amsterdam se souvient des combats mais nie appartenir à la scène…


photo Les Films d’ici

Film sur la mémoire, l’amnésie partielle ou totale, les petits et les grands arrangements avec la mémoire individuelle et collective. Film sur la culpabilité du vivant qui enterre ses compagnons morts, du soldat israëlien, coupable de s’imaginer prendre la place du nazi, le massacre des palestiniens occultant le génocide de sa famille déportée à Auschwitz. Le film d’animation permet de montrer l’immontrable, de démontrer la mécanisation des tueries, il faut tirer, les soldats sont envoyés sur place pour ça, les départs sont comme des vacances, on danse, on fait la fête sur le bateau… Une scène empreinte d’une poésie tragique montre le soldat Ari rêvant à une femme, petit personnage bleu sur le ventre d’une femme géante bleue, puis, l’image devient orangée tandis qu’on fait sauter le bateau en flammes, ses compagnons tués. La grande force du film, c’est d’avoir obtenu l’impossible équilibre entre la beauté des images et l’horreur du sujet traité, une sorte de sensualité indécente des soldats, voire de l’idée du combat, se confrontant à la réalité : les atrocités allant jusqu’au massacre final. Sur une BO force éclectique avec l’insertion de morceaux de musique classique pendant les fusillades, dont une valse (de Chopin, je crois), en référence aux nazis qui aimaient la musique?  La scène finale est d’une féroce sobriété, une douche glacée. Dix mille pieds au dessus de « Persepolis » pour ceux qui prédisaient que ce film serait une version bis 2008.


photo Les Films d’ici

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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