« Les indociles » : une femme pressée

focus culture, exception livres

Pitch

Olympe, galeriste star, femme pressée, libérée, dévore les gens et les tableaux. Un homme banal va la conduire à un peintre génial oublié, son alter ego dans un autre siècle...

Notes

Portrait d’une femme fatale contemporaine piégée par son système de défense : ne s’autoriser des sentiments que dans l’art, son point fort, son pont faible. Car Olympe, la femme pressée, dont tout l’emploi du temps sembler viser à éviter de penser (une nuit d’insomnie, elle appelle vite un couple pour une nuit de sexe décomplexé, elle n’attends pas les fins des phrases, projetée dans la page suivante de son agenda), est une hybride : fille d’une mère, femme-enfant, irresponsable, que son père n’a pas épousée, Olympe va retrouver son géniteur après le traumatisme d’une agression sexuelle pédophilie que l’auteur, d’ailleurs, minimise, les types avaient trop bu, l’un d’eux n’était pas d’accord, les attouchements cessent avec les cris qui alertent l’entourage. Malgré tout, Olympe en a terminé avec l’enfance dans un deux pièces modeste de province qu’elle partageait avec sa mère. Projetée dans un milieu social inconnu, luxe, solitude, goût du pouvoir, Olympe apprend. A 35 ans, elle est devenue une galeriste odieuse et snob mais respectée par la profession. Avec une vraie vision des tableaux, elle sait détecter le talent d’autant, et, comme tout vrai amateur d’art, elle recherche l’émotion, la sensation extrême devant le chef d’œuvre, mieux, le génie en devenir qu’elle lancera dans sa galerie.

Quand un homme, rencontré dans un dîner avec son épouse, un couple ringard, d’après sa première impression, entre dans sa galerie avec le projet d’acheter un tableau pour sa femme, disposant d’un budget dérisoire en regard du marché de l’art, cette simplicité la touche, la désarme, que pourrait-elle craindre de lui, un homme bon, elle qui ne connaît que les rapports de force? Elle s’offre un geste charitable, néanmoins complexe, en dépêchant sa stagiaire lui trouver un tableau pas cher, beau, pas côté. Translation sur la rencontre d’Olympe avec un séducteur de 75 ans, Solal, génie has been de la peinture figurative à une époque qui préférait l’abstrait. Démoli par un critique, trente ans auparavant, l’homme, réfugié dans le quartier gitan de Perpignan, est presque mort, artistiquement parlant. Olympe décide de le ressusciter et d’en faire le sujet de sa prochaine expo.

L’auteur insiste sur le parallèle entre Olympe et Solal, deux indociles en miroir. Malheureusement, si le marché de l’art est très bien brossé, très crédible, si Solal, l’éternel rebelle, brisé par l’existence (sur laquelle il va garder le final cut, in fine) est incarné et poignant, ainsi que Paul, l’acheteur trop normal, devenu l’amant d’Olympe, future victime consentante de la prédatrice malgré elle, suscite l’empathie immédiate, cette dernière, héroïne du roman, demeure un personnage. Et la multiplication des scènes de sexe ou d’amour (vécu comme un virus qui vous met au tapis), voire d’enfermement dans sa chambre ronde irréelle à plafond noir, Bach dans ses écouteurs, ne donne jamais l’impression au lecteur qu’elle est autre chose qu’un beau personnage, un peu archétypal du fantasme de la femme moderne, dite libérée, mais pas réelle.

Pourquoi avoir lissé le personnage d’Olympe « vaincue par l’amour » quand on aurait préféré un portrait plus en nuances d’une névrosée en hypercontrole que le piège de la réalité va faire déraper? Pas longtemps, car le scorpion en elle reprendra les commandes, la condamnant à une vie de plaisirs vides, avec un faux happy end, tous les personnages en reconstruction (mais le mal est fait, demeurent les cicatrices), que j’ai beaucoup apprécié.

Muriel Magellan est écrivain et scénariste, de mon point de vue, contrairement à son précèdent roman (autobiographique, intimiste ***), ce livre à la vocation d’être un film avec sa construction narrative parfaite, sa dynamique et son sens du rebondissement, fut-il tardif, à dessein, sans doute, qui réveille le lecteur en sursaut qui ronronnait main dans la main avec Paul, le cheminement jusqu’au drame en strates habilement mené.

Les critiques du livres sont toutes élogieuses au point que n’étant pas une sentimentale, préférant le noir d’un Soulages (restons dans l’ambiance…) au rouge de la passion, je me sens un peu seule pour émettre ces réserves.

*** « N’oublie pas les oiseaux » critic… 

 

 

Diffusion

 

« les indociles »

Sortie du livre fin janvier 2016

éditions Julliard

 

 

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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