« Mafiosa » saison 4 : vers une atmosphère crépusculaire

Diffusion à partir du lundi 19 mars 20h55, sortie DVD 12 avril 2012

Pitch

Après avoir quitté la Corse, écartée par son frère à qui elle avait dû confier "les affaires" familiales, Sandra Paoli revient en France après un an dexil. Elle a choisi de sinstaller à Paris où elle partage désormais sa vie avec Enzo, un Italien qui ignore tout de ses activités. Si elle ne tarde pas à simposer dans le milieu des cercles de jeux de la capitale, Sandra na pas pour autant oublié la trahison de son frère

Il y a deux difficultés (pour moi) à écrire sur la saison 4 de « Mafiosa », la première tient à parler de la série sans spoiler alors que dès les premiers épisodes, on redistribue toutes les cartes ; la seconde est toute personnelle : depuis la saison 3, la série est tournée sur place à Bastia et ses environs, soit le lieu de mon enfance, adolescence, etc… ce qui ne va pas sans une certaine émotion, et c’est le moins qu’on puisse dire, en reconnaissant les lieux, les noms des villages, le mode relationnel, les usages, les intonations, les silences, bien au delà de l’accent d’autant mieux rendu que la plupart des acteurs sont corses. Cette année où pour la première fois, Pierre Leccia, corse lui-même, scénariste de la série (
et acteur dans un petit rôle) depuis la saison 2 avec Eric Rochant, est passé derrière la caméra en tant que réalisateur, l’impression de crédibilité s’est renforcée ;
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l’insertion, par exemple, de phrases en corse (sous-titrées pour le spectateur) par ci par là dans les conversations internes correspond tout à fait à la réalité où on a toujours alterné les deux langues selon que cela sonne mieux dans l’une ou dans l’autre, selon l’envie, l’humeur et aussi instinctivement comme pour renforcer le sentiment d’être « chez soi » bien qu’on le soit déjà dans les faits. (Et je ne parle pas de l’évolution que je constate depuis 15 ans environ, la langue corse étant maintenant fort heureusement enseignée à l’école, ce qui n’était pas le cas « de mon temps », on parle davantage le Corse « en ville » qu’autrefois) Bref! tout cela pour dire, que je ne suis pas sûre d’être aussi objective en parlant de cette série qu’en écrivant sur « Damages » ou « Fringe ». Bien souvent, j’ai été distraite, plus concentrée sur un lieu, un village, une rue, un nom,
que sur l’action… (comme c’est le cas dans le dernier épisode de la série, un simple trajet détaillé du retour en voiture de Sisco à Bastia en passant par Erbalunga, Miomo, Pietranera, etc… me ramène mentalement « chez moi » d’une manière viscérale et sensorielle à en avoir presque les larmes aux yeux d’émotion, regardant la série depuis mon « exil » à Paris, et cette relation indélébile aux lieux originels est inexplicable…) En revanche, je peux témoigner que cela sonne parfaitement juste et les deux acteurs principaux, qui eux, sont « continentaux », soit Thierry Neuvic et Hélène Fillières, sont idéalement intégrés à l’atmosphère et même progressent, d’année en année.Episodes 1/2 :

 


photo Canal+

On retrouve Sandra Paoli à Paris qui avait dû quitter la Corse pour le Brésil à la fin de la saison 3. Bien qu’elle ait repris le contrôle des « affaires » lors de la saison 3, mettant une sourdine dans la lutte intestine qui l’opposait à son frère Jean-Michel, elle s’est rendue compte que ce dernier l’a manipulée, trahie. A Paris, Sandra a désormais un compagnon italien, Enzo (Stefano Accorsi), propriétaire du « Crazy horse », qui ne connaît pas sa véritable identité. De leur côté, Tony Campana et Manu Mordiconi tournent en rond en prison à ruminer leur vengeance. Sandra fait apporter de l’argent de Paris, par Jean Santini, son homme de confiance, aux deux compères, qu’on a sortis de prison et planqués dans une maison retirée dans la montagne, 5 millions d’Euros afin qu’ils renoncent à abattre son frère. Auparavant, JM est monté à Paris rencontrer Sandra pour négocier la paix ; lors de leur rencontre dans le cercle de jeu parisien tenu par la famille Acquaviva, son frère offre à Sandra 5% sur les « affaires » qu’il entend diriger seul désormais à Bastia. Tous acceptent l’argent mais n’en pensent pas moins. Cela fait beaucoup de gens qui en veulent à Jean-Michel Paoli.
Mikaël Giacomini, l’ancien petit ami de Carmen Paoli (la fille de JM Paoli), seul rescapé de sa bande de jeunes truands, travaille toujours pour JM Paoli qu’il s’empresse de trahir pour proposer ses services à Sandra qui le déteste. Dans cette ambiance explosive, tout le monde ment et cherche à tirer son épingle du jeu, récupérer sa part du gâteau, la valeur amitié est en baisse et les pulsions sombres des uns et des autres s’épanouissent dans les désirs de vengeance et de règlements de compte. Ainsi, Sandra, telle une veuve,

avec les cheveux coupés en signe de deuil, retourne à Bastia, après un an d’absence.La police enquête sur les assassinats qui se multiplient. Les truands enquêtent aussi. Avant de se faire descendre, Dumè Battesti, le bras droit de Jean-Michel Paoli (Thierry Neuvic), qui soupçonnait Mikaël de trahison et l’avait kidnappé pour le faire parler, confie à Livia Tavera (Linda Hardy), riche compagne de JM Paoli, qu’il connait la vérité… Sandra jure

qu’elle va les venger à sa nièce Carmen qui se rapproche d’elle. Bastia, devenu trop petit pour Sandra Paoli, elle retourne à Paris où elle ambitionne de mettre la main sur les cercles de jeu de la capitale avec l’aide de Tony Campana et Manu Mordiconi. Mais Tony et Manu ont perdu leur bonne humeur et l’envie de servir Sandra, lassés de jouer les seconds couteaux.
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photo Canal+

Impressions sur la saison 4 :

D’une manière générale, les relations entre les gens ont changé, l’insouciance est derrière eux, les amis sont morts ou suspects, personne n’a plus confiance en personne, et à juste raison. La saison 4 est sombre, l’image s’obscurcit, les personnages ont perdu le sourire, on bascule dans une sorte de tragédie grecque où les personnages sont dépassés par les forces obscures sous-jacentes qui les animent à présent. De la chronique d’une famille mafieuse, ses ramifications, ses antagonismes, on passe avec la saison 4 au polar noir, crépusculaire, où c’est chacun pour soi et même contre soi : Sandra, est devenue dangereuse, pour les autres et pour elle-même, incontrôlable, inaccessible, parano, habitée de conflits intérieurs, hantée par ses exactions mais rongée par l’ambition du pouvoir (soupçonnant tout et tout le monde, Sandra en viendra à commanditer les meurtres de certains de ses proches en qui elle n’a subitement plus confiance…)

Le principe narratif est identique pour chaque épisode, quelques images, un flash-back explicatif remontant quelques jours auparavant et la reprise de la première scène vers la fin de l’épisode. La saison 4 se partage entre la Corse et Paris, Bastia et ses environs proches, sur la côte est, vers le nord, le cap corse, la maison de Sandra se trouvant à Sisco (marine sur la route du Cap), vers le sud, la route dite « à quatre voies » vers Furiani, etc… ; sur la côte ouest, quelques incursions à Saint-Florent, une des tueries de la série se passant d’ailleurs dans le défilé du Lancone, qui est un des chemins pour « traverser » l’île d’est en ouest et aller de Bastia à Saint Florent (le plus court étant le col de Teghime mais ce n’est pas le sujet…) Ici, les truands tiennent des bars, des boites de nuit, des hôtels, vivent et s’habillent à peu près comme tout le monde, ont une vie affective, une vie de famille, loin de l’image formatée de cinéma des gangsters en costards et limousines, la seule différence sont ces activités « annexes » mafieuses, plus ou moins voyantes, souvent la nuit, dans des voitures, des maisons isolées, des allées et venues parfois intempestives mais intégrées au quotidien pour lesquelles personne ne leur pose de question car, comme dit l’un des protagonistes « moins on en sait, mieux c’est ».

Paris, les beaux quartiers, le luxueux appartement d’Enzo, le cercle Monceau tenu par Paul-Noël Agostini, le cercle de l’Etoile

par la famille Acquaviva que convoite Sandra et désormais « l’équipe » qu’elle forme avec Tony et Manu. Dans la saison 4, les personnages de Tony Campana (Eric Fraticelli) et Manu Mordiconi (Frédéric Graziani) sont traités sur le même pied que celui de Sandra Paoli (Hélène Fillières). On pressent que dans la saison 5, ce sera Tony Campana la star, le Mafioso supplantant la Mafiosa, d’autant qu’Eric Fraticelli qui l’interprète est toujours aussi excellent dans la saison 4 où son personnage a évolué : bien que tombant amoureux de Saudade, la tenancière du bar à filles « Le Dakota » et ancienne compagne de Toussaint Sciaglia (Jean-Pierre Kalfon), Tony a quasiment perdu toute joie de vivre et envie de plaisanter (comme précédemment), sombre, soucieux, rancunier, pragmatique.La police est très présente, le commandant Thomas Quilichini (Denis Braccini) et le capitaine Alain Damiani (Jean-Philippe Ricci) sont à présent assistés d’une très jeune femme flic qu’ils maintiennent dans des tâches administratives mais qui saura tirer son épingle du jeu en traquant sur des ordinateurs les trajets les téléphones portables des gangsters (les TOC : téléphones occultes, téléphones à cartes non déclarés).

Un bémol sur la distribution des scènes entre Paris et la Corse, au dernier tiers, il semble que Paris n’intéresse plus beaucoup que les scénaristes. Alors qu’on suivait de près les tractations pour mettre la main sur les cercles de jeu parisiens, après que le trio (Sandra, Tony, Manu) ait pris le contrôle du cercle de jeu Monceau, débauché un fils de la famille Acquaviva, famille qui tient le très convoité cercle de l’Etoile, on bâcle un peu la suite et l’effondrement du clan Acquaviva.

Sandra rentrée en Corse, déprimée, enfermée dans sa maison de Sisco, exit ce qui se passe à Paris, les derniers épisodes n’en parlent plus.

(sortie DVD : 12 avril 2012)

Série en 8 épisodes
De Pierre Leccia avec Hélène Fillières (Sandra Paoli), Thierry Neuvic (Jean-Michel Paoli), Éric Fraticelli (Tony Campana), Frédéric Graziani (Manu Mordiconi), Jean-Pierre Kalfon (Toussaint Sciaglia).
Scénario : Pierre Leccia, Éric Rochant et Aurélie Teisseir ; Image : Patrick Blossier ; Musique : Pierre Gambini

Diffusion CANAL+
2 épisodes tous les lundis 20h55 à partir du lundi 19 mars 2012
REDIFF épisodes1/2

  • CANAL+DECALE
  • Lundi 19 mars 22h45
  • Mardi 20 mars 20h50
  • Jeudi 22 mars 10h00
  • CANAL+
  • Vendredi 23 mars 16h20
  • Samedi 24 mars 08h00
  • Lundi 26 mars 00h10


abonnés Canal+ et invités peuvent visionner le 1er épisode entre le 28 février et le 05 mars 2012 : page FB…

 

 

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Notre note

(3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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