"Mesrine" puissance 2 en avant-première : de "L'Instinct de mort" à "L'Ennemi public n°1"

Paris, samedi 20 septembre 2008, J.François Richet, sorties 22 octobre et 19 novembre 2008
  
« Mesrine, l’instinct de mort » : sortie 22 octobre 2008
« Mesrine, l’ennemi public n°1 » : sortie 19 novembre 2008
 

Après avoir lancé le club des 300 avec l’avant-première de « Wall-E » en juin dernier avant même sa sortie américaine, Allociné réunissait ce soir ses blogueurs favoris pour la rentrée et un second scoop : l’avant-première d’un film très attendu, le diptyque Mesrine en deux parties qui sortiront à un mois d’intervalle. Seuls 400 happy few des médias, triés sur le volet, avaient été invités un matin dans un cinéma des Champs-Elysées, il y a une dizaine de jours, pour visionner l’ensemble, la promo n’ayant pas encore commencé. Les blogs, petit à petit, auraient pignon sur toile et peut-être même hors champ? Le 4 septembre dernier, la Warner organisait dans ses locaux une soirée blogueurs pour la sortie de « Max la Menace », je n’ai pas pu y aller pour cause de festival de Deauville mais ça arrive désormais de temps en temps que les blogs soient invités a priori pour « faire du buzz » sur les films ; contestés parfois, crédités à tort de se contenter de dire « j’aime ou j’aime pas »!!!,  il semble qu’on se soit acheminé petit à petit vers le constat que les blogs existent, souvent animés par des passionnées de ciné, et qu’il faut faire avec, compte tenu de l’audience de certains d’entre eux. Bref, on ne va pas se plaindre d’être dorlotés…Après la projection vers 18h du premier volet « L’Instinct de mort », l’entracte comporte une surprise : Vincent Cassel s’est déplacé pour saluer l’assemblée! Enchaînement sur les buffets du sous-sol de l’Elysée-Biarritz, cinéma privé proche des Champs Elysées comportant des pièces de réception, Allociné filme… Vers 21h, on est sur le point de démarrer le second film « L’Ennemi public n°1 » quand Allociné nous prévient que le producteur du film, Thomas Langmann, va rester pour répondre aux questions des blogueurs après la projection, d’ailleurs, Allociné, il connaît et y va régulièrement lire des critiques…

Quelques nouvelles du front au passage : Après l’émission

« Merci qui? », il y a peu, Allociné d’apprête à lancer sa radio le 30 septembre avec des BO de films…


Vincent Cassel samedi 20 septembre à l’Elysée-Biarritz à Paris
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Vincent Cassel à l’Elysée-Biarritz à Paris 

La Minute Allociné ce soir-là…


« L’Instinct de mort » et « L’Ennemi public N°1 » (diptyque) 

Bien que démarrant par la fin du second film, le premier film « L »Instinct de mort », est très différent du  deuxième « L’Ennemi public n°1 », l’un intimiste, l’autre action au superlatif. La faute à la vie de Mesrine? La faute à ce qu’on ait développé la jeunesse de Mesrine dans le premier volet et conté ses « exploits », essentiellement des tueries et des casses, de la prison et des évasions, dans la seconde partie? Pourquoi deux films au fait? Thomas Langmann a répondu que compte tenu de ses nombreuses histoires d’amour et de ses multiples évasions, par exemple, compte tenu qu’on a pas choisi une partie de la vie de Mesrine mais toute sa vie, il fallait du temps pour que le spectateur voit l’ensemble.Personnellement, j’ai préféré, de loin, la première partie « L’Instinct de mort », titre d’un livre écrit par Mesrine qui a inspiré tout le film. La guerre d’Algérie où Mesrine est contraint de tuer durant des séances militaires de torture révèle un traumatisme ancien : Mesrine ne supporte pas que son père se comporte comme le vassal de sa mère, il aurait aimé qu’il commande et se comporte « en homme »… Toute sa vie, Mesrine va osciller entre la défense des faibles, des femmes notamment, et la révolte excessive contre les femmes, se souvenant soudain que l’homme est fait pour commander… Exemple de cette scène ou Mesrine met un revolver dans la bouche de son épouse pour lui remettre les idées en place… Longtemps, Mesrine va chercher des règles, des limites, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, tirer sur un homme sans arme, par exemple… Dans la seconde partie de sa vie, Mesrine, sorti de 5 ans de QHS qui l’ont démoli, a perdu les pédales, devenu mégalomane, obsédé de célébrité, il cherche à donner un sens politique à son banditisme, avant de mourir, il s’apprête d’ailleurs à aller rendre visite à ses « copains » de Brigades rouges en Italie..

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Cécile de France et Vincent Cassel
© La Petite Reine / Roger Arpajou Galerie complète sur AlloCiné

 


Mesrine est un séducteur pathologique au sens où il ferait n’importe quoi pour se sentir aimé que ce soit des femmes ou des gardiens de prison, il sourit, il plaisante, il cajole. Le film raconte longuement quatre de ses histoires d’amour, avec Sarah (Florence Thomassin), la prostituée, qui sera défigurée par son mac que Mesrine exécutera par représailles, avec Sofia, l’espagnole virginale qu’il épouse et dont il aura trois enfants, avec Jeanne (Cécile de France méconnaissable), la passionnée, prête à tout, qui finira en prison avec lui, avec Sylvia (Ludivine Sagnier), sa dernière compagne, poupée futile ramassée dans un bar louche. Parallèlement , Mesrine a autant de compagnons de route que de femmes, dont la plupart seront tués quand lui poursuit sa trajectoire de mort.  

Qu’est-ce qui fait qu’on passe du premier film « L’Instinct de mort » avec un Vincent Cassel convaincant, voire performant, nickel, au second film où l’acteur surjoue ostensiblement de la première à la dernière image? La vie de Mesrine? L’Epoque? On passe des années 60 au années 70, de l’apprentissage du banditisme (avec même une interruption quand il se marie, Mesrine trouve un travail honnête en sortant de prison) à la folie des grandeurs, le star-sytem et la certitude d’aller droit dans le mur, de finir tôt ou tard criblé de balles. Sans doute l’acteur a-t-il voulu traduire cette folie, cette effervescence, ce cabotinage de Mesrine lui-même, comédien depuis toujours mais qui en rajoute dans la seconde partie de sa vie, quand, détruit par son emprisonnement dans les QHS,  il bascule dans l’irrationnel, le délire, se met en tête de supprimer les QHS, s’imagine investi d’un combat politique… François Besse (Mathieu Amalric halluciné), son codétenu avec lequel il s’évade de prison, essaye de le mettre en garde en lui rappelant que c’est pour l’argent et pas une idéologie qu’ils braquent des banques…

Autre facteur gênant dans le second film, le changement de rythme, action et encore action contre récit intimiste, et le changement de ton : si dans le premier film, on souriait à l’occasion, dans le second film, on charge les dialogues de répliques comiques et de jeux de mots, Mesrine fait d’autant plus le clown qu’il tue davantage n’importe qui n’importe comment… Résultat, on est pas loin de rire pendant les tueries, ce coktail rire et violence souvent extrême est étonnant, détonnant en sens qui n’est pas dans le ton… Pour être précis, la première heure du premier film est un récit intimiste qui a une unité, ensuite, c’est un peu une compilation des évenements de la vie de Mesrine, les USA, le Canada, des tranches de vie juxtaposées, déjà, on accélère, on se débarrasse des personnages pour en aborder d’autres, et dans le second film on garde le pied au plancher tout le temps, la caméra souvent hystérique. Evidemment, la question se pose : était-il raisonnable de vouloir tout raconter sur Mesrine? N’aurait-il pas mieux valu choisir un angle? Ainsi, des personnages attachants construisant un pan d’histoire, tels Guido (Depardieu) et Paul (Gilles Lellouch), les enfants de Mesrine, par exemple, disparaissent définitivement du champ en deux temps trois mouvements, exit et période suivante… 

Ce double film ambitieux, tendant vers l’exhaustivité, prend le risque de faire catalogue, à la fois trop court et trop long, et surtout trop figé dans le respect de la bible des écrits de Mesrine. D’où le parti pris sur le fond, le film n’est pas loin de faire l’apologie de Mesrine présenté comme un Robin des bois sanguinaire qui prend aux riches pour redistribuer aux pauvres (surtout à lui-même). Le personnage a fasciné Thomas Langmann, le producteur, qui répond à une question après la projection que « L’Instinct de mort » est un des premiers livres qu’il a lu adolescent…  Le livre vient d’être réédité à l’occasion de la sortie du film et Mesrine, le roi de l’évasion, risque bien de devenir culte dans les banlieues dites « sensibles » s’il ne l’est pas déjà…A noter un point intéressant, ce film devait être tourné par Barbet Schroeder qui, ayant des divergences de point de vue avec Vincent Cassel, l’acteur principal pour lequel avait été écrit le rôle, a été remplacé par le réalisateur Jean-François Richet.


Une version plus vivante de la soirée Allociné? Lire le blog de VincentLesage…
 


Thomas Langmann à l’Elysée-Biarritz à Paris 

PS.
Il est sorti l’année dernière sur les écrans un film remarquable à tout point de vue « Les Liens du sang » traitant du même sujet, une histoire vraie, deux frères, l’un bandit, l’autre flic, dans les années 70, un modèle de film modeste et parfaitement réussi, dommage que ce Mesrine n’ait pas le même style. En allant chercher dans les années 60, « Ho! » de José Giovanni rappelle le jeu de l’ennemi publi numéro 1 avec les médias, un sujet novateur pour l’époque traité sur le mode film noir, beau film malheureusement introuvable en DVD et programmé tous les dix ou quinze ans à la télé…
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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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