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"Eastern promises" ("Les Promesses de l'ombre") : History of family

David Cronenberg, 2007 , sortie le 7 novembre



10 - 10
2007
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Le dernier film de David Cronenberg étonne par son classicisme, thriller maffieux inséré dans l’actualité et la réalité sociale, avec des incursions plus que feutrées dans l’univers fantastique. Le film fait penser de temps en temps à une sorte de "Parrain" (et en premier lieu, la voix sourde, presque aphone, éraillée, du caïd...), version russe installé à Londres.

 

Un client se fait égorger chez le coiffeur, une jeune fille s’écroule en sang dans une pharmacie, en deux ou trois minutes, le film comporte deux scènes violentes et ensanglantées, ça démarre fort… La jeune fille, admise à l’hôpital en urgence, meurt en couches, Anna, la sage-femme, de garde en cette nuit de Noël, recueille l’enfant. Grâce au journal qu’a laissé la jeune fille, Anna se met à la recherche de la famille du bébé. Mais le journal écrit en russe, il faut le traduire, ce à quoi s’emploie l’oncle d’Anna qui habite chez elle et sa mère. Retrouvant dans les affaires de la jeune fille la carte d’un restaurant russe chic, Anna se rend sur les lieux. Malheureusement, le patron du restaurant, parrain de la maffia aux allures de gentleman, trompe Anna et obtient qu’elle lui remette le carnet sous un prétexte fallacieux. Cette démarche d’Anna met aussitôt son oncle en danger puisqu’il est le seul à comprendre le russe et à avoir lu le journal…

C’est sur la voix off de la lecture du journal intime que se déroule le film, récit la courte vie misérable et pathétique de la jeune fille Tchétchène venue à Londres y tenter sa chance.

 

Vincent Cassel et Viggo Mortensen
© Metropolitan FilmExport Galerie complète sur AlloCiné

  

 

Film sur la filiation et sur la famille au sens élargi, on a plusieurs cercles. Le père caïd de la maffia, Seymion, et son fils Kirill, individu borderline, caractériel et faible, débordé par l’autorité paternelle. Le patron Seymian et son charismatique chauffeur Nicolaï, homme de main providentiel réparant les bévues de Kirill, dont on voit bien que le père aurait préféré ce fils-là puissant à son image que son fils biologique défaillant. On passera alors à l’intronisation par Seymian de Nicolaï dans l’organisation criminelle, c’est la famille « choisie », celle des Vori v’zakone, truands qui marquent leur appartenance au clan par des tatouages spécifiques, cartes d’identité indélébiles (plus ils ont de tatouages, plus les truands ont des états de service éloquents). Enfin, on a la famille d’adoption avec l’oncle qui remplace le père d’Anna disparu et le bébé adopté spontanément par Anna qui a perdu autrefois un enfant. C’est d’ailleurs grâce à un test d’ADN que le parrain Seymian va tomber…

 

Film lent et gris plus que le film noir dont il s’approprie les codes, on est désappointé par un scénario plutôt mince et glabre mais relevé, comme on pigmenterait un plat, par des accès isolés d’une violence clinique, glaciale et crue, parfois insoutenable, avec un pic d’hémoglobine sous la forme d’un horrible carnage dans un établissement de bains publics (scène facilement repérable où on peut sortir fumer une cigarette)… Seule la toute fin du film, superbe nocturne, ressemble vraiment à un film noir, il était temps…

 

Le casting international, dont pourtant aucun des acteurs n’est russe, est la grande réussite du film : Naomi Watts (Anna), Viggo Mortensen (Nicolaï), Vincent Cassel (Kirill) sont au top niveau. On note le réalisateur Jerzy Skolimowski ("Le Départ") dans le rôle de l’oncle d’Anna. Nouveauté chez David Cronenberg, c'est le premier film qu'il tourne entièrement en dehors du Canada, en l'occurrence à Londres.

 

Viggo Mortensen et Naomi Watts
© Metropolitan FilmExport Galerie complète sur AlloCiné

 
 

Il est possible, voire problable, que ce film va décevoir les inconditionnels de Cronenberg (dont je ne suis pas) à cause de sa facture presque classique et son insertion dans le réel, mais sans doute aussi les autres… déroutés par cette violence frontale extrême sans pouvoir la ramener à l’univers de Cronenberg, obnubilé par le marquage et la dégradation du corps, au delà de la quête identitaire.

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Nouvelle rubrique!!! la critique contradictoire : ContradictiC!!!

Lire la critique contradictoire de Clément B pour ce film...

 

 


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Note : 3.6/5 (23 notes)



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Désaccord

Bonjour, Je ne suis pas d'accord avec votre critique, je me permets donc de poster la mienne afin de proposer deux visions différentes aux internautes.
 
 A
près la réussite de son A History of Violence, salué par la presse et les spectateurs, David Cronenberg ne pouvait que poursuivre dans la voie qu’il venait d’ouvrir, celle qui lie la mafia et la violence visuelle payante, dans le sens ou elle n’est pas gratuite. Le choix de l’acteur principal était simple après la prestation de Viggo Mortensen dans son précédent film, notre cher réalisateur a bien compris qu’il exprimait à la perfection le mystère, la force, la violence et l’ambiguïté. 
D
ans le film, il incarne le ténébreux Nikolaï, chauffeur d’un clan criminel russe installé au cœur de Londres : les Vori v’Zakone, dirigés de main de fer par Semyon (Armin Mueller-Stahl) et son fils Kirill (Vincent Cassel). Anna (Naomi Watts), sage-femme à l’hopital, voit arriver dans son service une inconnue de quatorze ans ; suite à de graves complications, la jeune femme décède en mettant au monde une petite fille. Sans indications sur son identité, Anna cherche des informations dans le sac à main de l’enfant et y trouve un journal entièrement rédigé en russe, une carte à l’intérieur : celle du restaurant Trans-Siberian dont le patron qui n’est autre que Semyon se propose de traduire le carnet. Il s’avère qu’il contient de nombreux témoignages compromettants pour son fils Kirill, il va donc tout mettre en œuvre pour assurer la pérennité de son clan grâce à son nouvel homme de confiance : Nikolaï.
 I
l convient tout d’abord d’approcher la violence du film : elle est crue, réaliste et traumatisante mais totalement indispensable pour nourrir le discours du film. Le réalisateur nous choque, nous dérange, mais nous force à affronter ce qui est devenu une réalité pour de nombreuses personnes. Face à cette violence outrancière, on retrouve des valeurs majeures dans ce genre de clan : honneur, fraternité, sacrifice et allégeance… Autre élément magistral du film : les tatouages qui prennent une importance colossale puisqu’ils notifient le rang et la distinction, comme insignes et médailles ; chaque tatouage a sa signification ; ainsi dans la pègre russe, un homme sans tatouage n’est rien. Après vérification, tout cela est exact et dénote d’un fabuleux travail de Cronenberg. L’autre sujet superbement abordé est l’alcool, le film ne se contente pas des stéréotypes liés aux peuples russes, il réussit à lier tout ce qui les compose : prostitution et alcool vont de paire au royaume des truands soviétiques et les dérives que cela entraine.                                     
Le jeu des acteurs est plus qu’à la hauteur du sujet traité : Viggo Mortensen, dans le rôle le plus difficile de sa carrière, n’a pas hésité à donner de sa personne, à travailler sans relâche pour s’imprégner de l’empreinte russe et le résultat est tout bonnement incroyable ; jamais un acteur n’a interprété un rôle avec une telle perfection : il entre désormais dans le cercle très privé des acteurs shakespearien. Vincent Cassel et Naomi Watts, bien que sous l’ombre de Viggo, font une prestation sans précédent, d’une formidable justesse et d’une émotion saisissante, et si le film porte bien son nom, ces rôles devraient leur permettre d’atteindre le rang des acteurs favoris des meilleurs réalisateurs. A souligner aussi, une magnifique bande son offerte par Howard Shore, compositeur attitré de Cronenberg. Tous les rôles secondaires sont également bluffant, si bien que le film prend une dimension descriptive sous son envergure narrative et vous vous sentirez contrarié et coupable d’en savoir autant sur un milieu aussi dangereux.
 L
es Promesses de l’Ombre ne marche pas sur les traces de films comme Le Parrain, Les Affranchis ou Casino, il les dépasse sur tout ce qui fait de ces longs-métrages des chefs-d’œuvre : intrigue, violence, réalisme, ambiance, performance artistique et, n’ayons plus peur de le dire, casting, car oui désormais, et je l’espère, ces trois acteurs vont continuer de nous offrir ce que nous attendons du cinéma : du divertissement intelligent.                                                                                                              

Clément B. - 11.11.07 à 13:45 - # - Répondre -

accords et désaccords

Bonsoir! Un désaccord partiel car je suis d'accord sur l'importance du marquage du corps dans les films de Cronenberg qui prend ici la forme des tatouages avec leur signification etc... Mais je maintiens néanmoins que le thème de la filiation indirecte est omniprésent dans ce film, autre thème de prédilection de Cronenberg. Personnellement, je ne suis pas d'accord sur la nécessité de montrer la violence de façon ultime, comme on peut à peine ou pas regarder certaines scènes, ça fait une sélection naturelle de spectateurs (avertis) ayant l'estomac pour ça!!! Ceci-dit, ce commentaire va dans le sens d'une rubrique que je voulais créer depuis des mois : la critique contradictoire pour au moins un film par mois, pour démarrer... Ca commence avec la notation possible des films en bas de l'article qui donne une indication. Bienvenue donc sur la nouvelle rubrique du blog! @+

vierasouto - 12.11.07 à 01:53 - # - Répondre -

Re: accords et désaccords

Bonjour,

Je suis très heureux de votre réponse, j'avais peur de passer pour celui qui critique et qui contredit, mais nos points de vue sont assez rapprochés finalement.

Cette idée de double critique et excellente, et j'adorerai y participer, je pense que vous avez mon mail, n'hésitez pas à me contacter pour les films auquels vous souhaiteriez une autre critique.

Bonne journée à vous.


Clément.

Clément B. - 12.11.07 à 06:55 - # - Répondre -

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