10 - 10
2007
-

Le dernier film de David Cronenberg étonne par son classicisme, thriller maffieux inséré dans l’actualité et la réalité sociale, avec des incursions plus que feutrées dans l’univers fantastique. Le film fait penser de temps en temps à une sorte de "Parrain" (et en premier lieu, la voix sourde, presque aphone, éraillée, du caïd...), version russe installé à Londres.
Un client se fait égorger chez le coiffeur, une jeune fille s’écroule en sang dans une pharmacie, en deux ou trois minutes, le film comporte deux scènes violentes et ensanglantées, ça démarre fort… La jeune fille, admise à l’hôpital en urgence, meurt en couches, Anna, la sage-femme, de garde en cette nuit de Noël, recueille l’enfant. Grâce au journal qu’a laissé la jeune fille, Anna se met à la recherche de la famille du bébé. Mais le journal écrit en russe, il faut le traduire, ce à quoi s’emploie l’oncle d’Anna qui habite chez elle et sa mère. Retrouvant dans les affaires de la jeune fille la carte d’un restaurant russe chic, Anna se rend sur les lieux. Malheureusement, le patron du restaurant, parrain de la maffia aux allures de gentleman, trompe Anna et obtient qu’elle lui remette le carnet sous un prétexte fallacieux. Cette démarche d’Anna met aussitôt son oncle en danger puisqu’il est le seul à comprendre le russe et à avoir lu le journal…
C’est sur la voix off de la lecture du journal intime que se déroule le film, récit la courte vie misérable et pathétique de la jeune fille Tchétchène venue à Londres y tenter sa chance.
Film sur la filiation et sur la famille au sens élargi, on a plusieurs cercles. Le père caïd de la maffia, Seymion, et son fils Kirill, individu borderline, caractériel et faible, débordé par l’autorité paternelle. Le patron Seymian et son charismatique chauffeur Nicolaï, homme de main providentiel réparant les bévues de Kirill, dont on voit bien que le père aurait préféré ce fils-là puissant à son image que son fils biologique défaillant. On passera alors à l’intronisation par Seymian de Nicolaï dans l’organisation criminelle, c’est la famille « choisie », celle des Vori v’zakone, truands qui marquent leur appartenance au clan par des tatouages spécifiques, cartes d’identité indélébiles (plus ils ont de tatouages, plus les truands ont des états de service éloquents). Enfin, on a la famille d’adoption avec l’oncle qui remplace le père d’Anna disparu et le bébé adopté spontanément par Anna qui a perdu autrefois un enfant. C’est d’ailleurs grâce à un test d’ADN que le parrain Seymian va tomber…
Film lent et gris plus que le film noir dont il s’approprie les codes, on est désappointé par un scénario plutôt mince et glabre mais relevé, comme on pigmenterait un plat, par des accès isolés d’une violence clinique, glaciale et crue, parfois insoutenable, avec un pic d’hémoglobine sous la forme d’un horrible carnage dans un établissement de bains publics (scène facilement repérable où on peut sortir fumer une cigarette)… Seule la toute fin du film, superbe nocturne, ressemble vraiment à un film noir, il était temps…
Le casting international, dont pourtant aucun des acteurs n’est russe, est la grande réussite du film : Naomi Watts (Anna), Viggo Mortensen (Nicolaï), Vincent Cassel (Kirill) sont au top niveau. On note le réalisateur Jerzy Skolimowski ("Le Départ") dans le rôle de l’oncle d’Anna. Nouveauté chez David Cronenberg, c'est le premier film qu'il tourne entièrement en dehors du Canada, en l'occurrence à Londres.
Il est possible, voire problable, que ce film va décevoir les inconditionnels de Cronenberg (dont je ne suis pas) à cause de sa facture presque classique et son insertion dans le réel, mais sans doute aussi les autres… déroutés par cette violence frontale extrême sans pouvoir la ramener à l’univers de Cronenberg, obnubilé par le marquage et la dégradation du corps, au delà de la quête identitaire.
Note CinéManiaC :

Nouvelle rubrique!!! la critique contradictoire : ContradictiC!!!
Lire la critique contradictoire de Clément B pour ce film...
Mots-clés : avant-Premières, cinéActuel, cinéma américain, Eastern promises, Les Promesses de l'ombre, David Cronenberg, ContradictiC




























Commentaires
Désaccord
Le jeu des acteurs est plus qu’à la hauteur du sujet traité : Viggo Mortensen, dans le rôle le plus difficile de sa carrière, n’a pas hésité à donner de sa personne, à travailler sans relâche pour s’imprégner de l’empreinte russe et le résultat est tout bonnement incroyable ; jamais un acteur n’a interprété un rôle avec une telle perfection : il entre désormais dans le cercle très privé des acteurs shakespearien. Vincent Cassel et Naomi Watts, bien que sous l’ombre de Viggo, font une prestation sans précédent, d’une formidable justesse et d’une émotion saisissante, et si le film porte bien son nom, ces rôles devraient leur permettre d’atteindre le rang des acteurs favoris des meilleurs réalisateurs. A souligner aussi, une magnifique bande son offerte par Howard Shore, compositeur attitré de Cronenberg. Tous les rôles secondaires sont également bluffant, si bien que le film prend une dimension descriptive sous son envergure narrative et vous vous sentirez contrarié et coupable d’en savoir autant sur un milieu aussi dangereux.
Clément B. - 11.11.07 à 13:45 - # - Répondre -
← accords et désaccords
Bonsoir! Un désaccord partiel car je suis d'accord sur l'importance du marquage du corps dans les films de Cronenberg qui prend ici la forme des tatouages avec leur signification etc... Mais je maintiens néanmoins que le thème de la filiation indirecte est omniprésent dans ce film, autre thème de prédilection de Cronenberg. Personnellement, je ne suis pas d'accord sur la nécessité de montrer la violence de façon ultime, comme on peut à peine ou pas regarder certaines scènes, ça fait une sélection naturelle de spectateurs (avertis) ayant l'estomac pour ça!!! Ceci-dit, ce commentaire va dans le sens d'une rubrique que je voulais créer depuis des mois : la critique contradictoire pour au moins un film par mois, pour démarrer... Ca commence avec la notation possible des films en bas de l'article qui donne une indication. Bienvenue donc sur la nouvelle rubrique du blog! @+
vierasouto - 12.11.07 à 01:53 - # - Répondre -
← Re: accords et désaccords
Bonjour,
Je suis très heureux de votre réponse, j'avais peur de passer pour celui qui critique et qui contredit, mais nos points de vue sont assez rapprochés finalement.
Cette idée de double critique et excellente, et j'adorerai y participer, je pense que vous avez mon mail, n'hésitez pas à me contacter pour les films auquels vous souhaiteriez une autre critique.
Bonne journée à vous.
Clément.
Clément B. - 12.11.07 à 06:55 - # - Répondre -