21 - 04
2010
-

Comme par miracle, le dimanche du palmarès à Cannes, la projection de rattrapage démarrant vers 14h30, on a fait passer quelques cinéphiles, j'ai pu donc voir "Enter the void" ("Soudain le vide"), le film de Gaspard Noé présenté en séance unique le vendredi, le film qui a fait fuir les spectateurs, ironisé les critiques ciné mais l'avis du "Nice-matin" et du "Figaro" (seuls journaux qu'on donne dans les hôtels) n'ont pas suffi à me décourager... Heureusement... J'ai immédiatement aimé ce film captivant dès la première image, sans jouer les pro, avec le temps, on sait immédiatement dès les premières images si on va aimer un film.
Un film psychédélique assez seventies upgradé années 2000, matiné d'une poétique plutôt naïve et habillé d'une esthétique trash qui a sans doute rebuté. La tentative de Gaspard Noé d'occuper l'espace mental de son héros le plus souvent en caméra subjective, un peu comme Mendoza dans "Kinatay" (Prix de la mise en scène au Palmarès 2009) décrit le cauchemar intérieur du jeune policier embringué dans une expédition punitive (seconde partie du film "Kinatay" qui a choqué car, comme on l'a entendu dire "on n'y voit rien"!!!), donne un cinéma des sensations et non plus un cinéma des émotions, souvent complaisantes, voire tire-larmes, auquel chacun peut s'identifier.
Le film est construit en flash-backs entremêlés, en flashes de la mémoire percutant l'âme d'un junkie qui vient d'être abattu par la police. Oscar, un jeune junkie français habitant à Tokyo se gave des substances illicites les plus fortes, devenu dealer pour payer sa drogue et avoir les moyens de faire venir sa soeur Linda de Paris dont on verra plus tard qu'ils sont tous les deux des orphelins depuis l'accident de voiture qui a tué leurs parents. En allant livrer de la drogue à un copain/client, Oscar tombe dans un piège et est abattu dans les toilettes d'une boite sordide "The Void". Quand Oscar est tiré comme un lapin dans les toilettes crades du "Void", il est filmé mort en position foetale, une très belle image récurrente même si l'esthétique est trash mais les junkies rodent-ils dans des endroits clean avec papier à fleurettes pour leurs deals minables quand ils sont en manque? Depuis cet instant, on revoit des pans de la vie d'Oscar qui semblent être les réminiscences de la mémoire d'une âme dans l'antichambre de la mort définitive, Oscar mort se souvient, c'est une manière d'amener les flash-backs d'autant plus poétiques que le meilleur ami d'Oscar lui a donné à lire "Le Livre des morts" (des tibétains), un livre qui décrit le passage de la vie à la mort, notamment la lumière blanche et les halos que les âmes rencontrent lors de leur transfert. D'où ces écrans blanc, jaunes, éblouissants, psychédéliques correspondant au passage ultime. Des écrans scintillants que le réalisateur utilise aussi en insert pour décrire les badtrips, les trips tout court des consommateurs de drogue. Mais plus déroutant que ces inserts franchement psychédéliques, avant sa mort, voire dans la plupart des séquences de souvenirs correspondant à la même période de consommation de drogues, Oscar est filmé en caméra subjective comme à l'intérieur de son esprit embrumé, entendant la voix de ses interlocuteurs déformée comme dans un écho désagréable, en plein trip avec toutes les sensations modifiées (c'est cela que le réalisateur veut montrer) ; après sa mort, Oscar est filmé le plus souvent de dos, fantôme qui se souvient, témoin de sa propre vie (ce qui a déplu...)...
Un film psychédélique assez seventies upgradé années 2000, matiné d'une poétique plutôt naïve et habillé d'une esthétique trash qui a sans doute rebuté. La tentative de Gaspard Noé d'occuper l'espace mental de son héros le plus souvent en caméra subjective, un peu comme Mendoza dans "Kinatay" (Prix de la mise en scène au Palmarès 2009) décrit le cauchemar intérieur du jeune policier embringué dans une expédition punitive (seconde partie du film "Kinatay" qui a choqué car, comme on l'a entendu dire "on n'y voit rien"!!!), donne un cinéma des sensations et non plus un cinéma des émotions, souvent complaisantes, voire tire-larmes, auquel chacun peut s'identifier.
Le film est construit en flash-backs entremêlés, en flashes de la mémoire percutant l'âme d'un junkie qui vient d'être abattu par la police. Oscar, un jeune junkie français habitant à Tokyo se gave des substances illicites les plus fortes, devenu dealer pour payer sa drogue et avoir les moyens de faire venir sa soeur Linda de Paris dont on verra plus tard qu'ils sont tous les deux des orphelins depuis l'accident de voiture qui a tué leurs parents. En allant livrer de la drogue à un copain/client, Oscar tombe dans un piège et est abattu dans les toilettes d'une boite sordide "The Void". Quand Oscar est tiré comme un lapin dans les toilettes crades du "Void", il est filmé mort en position foetale, une très belle image récurrente même si l'esthétique est trash mais les junkies rodent-ils dans des endroits clean avec papier à fleurettes pour leurs deals minables quand ils sont en manque? Depuis cet instant, on revoit des pans de la vie d'Oscar qui semblent être les réminiscences de la mémoire d'une âme dans l'antichambre de la mort définitive, Oscar mort se souvient, c'est une manière d'amener les flash-backs d'autant plus poétiques que le meilleur ami d'Oscar lui a donné à lire "Le Livre des morts" (des tibétains), un livre qui décrit le passage de la vie à la mort, notamment la lumière blanche et les halos que les âmes rencontrent lors de leur transfert. D'où ces écrans blanc, jaunes, éblouissants, psychédéliques correspondant au passage ultime. Des écrans scintillants que le réalisateur utilise aussi en insert pour décrire les badtrips, les trips tout court des consommateurs de drogue. Mais plus déroutant que ces inserts franchement psychédéliques, avant sa mort, voire dans la plupart des séquences de souvenirs correspondant à la même période de consommation de drogues, Oscar est filmé en caméra subjective comme à l'intérieur de son esprit embrumé, entendant la voix de ses interlocuteurs déformée comme dans un écho désagréable, en plein trip avec toutes les sensations modifiées (c'est cela que le réalisateur veut montrer) ; après sa mort, Oscar est filmé le plus souvent de dos, fantôme qui se souvient, témoin de sa propre vie (ce qui a déplu...)...
photo Wild Bunch distribution
En agonisant, en passant de la vie à la mort, Oscar se souvient le plus qu'il peut pour ne pas abandonner sa soeur Linda à qui il en a fait la promesse : de leur enfance, de leurs parents, de l'accident de voiture dont on les a extraits enfants (un choc violent assourdissant qui fait sursauter le spectateur à la mesure du choc de perdre ses parents d'une minute à l'autre) qui les a laissé orphelins, de ses cauchemars sur l'accident de voiture. Ensuite, on a séparé Oscar et Linda, chacun a été envoyé dans un orphelinat... Oscar se souvient des demandes anxieuses de Linda depuis l'enfance de ce qu'elle deviendrait s'il mourrait, à qui il a promis de ne jamais la quitter même après sa mort... Oscar se souvient de l'arrivée de Linda à Tokyo qui trouve un boulot de strip-teaseuse dans un club minable, maquée avec le patron japonais qui l'aime bien à sa manière, c'est ainsi qu'on la découvre, couchant avec son patron dans sa loge en tenue dévêtue de travail, des talons roses géants phalliques aux pieds, défoncée elle aussi, tandis que son téléphone portable sonne dans le vide pour lui annoncer la mort de son frère, le sexe et la mort, toujours...
Les scènes d'Oscar et Linda enfants, adolescents, filmées de manière beaucoup plus classique dans une lumière soleil passé de photo un peu jaunie (les autres scènes étant teintées de couleurs fortes et violentes, rouge, violacé, bleu, noir), sont d'une poétique presque naïve, seuls instants d'amour et de confiance, ils sont accompagnés systématiquement d'une musique de Bach (je pense, un morceau proche du concerto d'Albinoni). Car c'est d'une histoire d'amour qu'il s'agit, fut-elle fusionnelle et quasi-incestueuse, l'histoire de deux enfants orphelins seuls au monde qui se détruisent, animés par un seul désir : être ensemble, se réunir après qu'on les ait séparés de force à la mort de leurs parents. Bien entendu, le fossé entre l'univers complaisamment glauque d'Oscar et Linda à Tokyo et la lumière de leurs souvenirs d'enfance (lumière froide, pâlie d'une enfance de plus en plus lointaine) est exagéré. Très stylisé, presque caricaturé, le film ne cherche pas à être réaliste mais à opposer deux mondes de sensations, au moyen d'une esthétique cauchemardesque, "badtripesque" ; le projet du film semble être que que le spectateur partage la perception mentale d'Oscar de l'intérieur, en cela, le film peut-être qualifié d'expérimental, comme je l'ai entendu à Cannes par les mieux intentionnés qui s'étaient donné la peine de décoder l'univers de "Soudain le vide", le titre est pourtant on ne peu plus clair, si j'ose dire...
J'ai aimé ce film innovant et kamikaze même si tout est trop démonstratif, qu'on sent trop cette volonté de faire partager au spectateur les sensations, les cauchemars, les trips sous acides divers avec des moyens un peu artificiels mais la démarche est sincère, celle d'un cinéaste qui veut dépasser l'image, montrer l'immontrable, l'impalpable, le nirvana chimique mortel, en deux mots, tenter de faire comprendre, ressentir, vivre/mourir! la défonce d'un junkie, sa soif insatitiable et suicidaire d'extase et d'inconnu et quoi de plus inconnu que la mort ("La mort est le trip ultime" dit le copain d'Oscar)?
(écrit en mai 2009)
PS. Après avoir vu "L'Enfer", le documentaire sur le film inachevé de Clouzot, je me suis rendu compte que le maître de "La Vérité" avait en son temps osé la même expérience d'un cinéma de la perception en tentant de représenter à l'écran les images perçues par un cerveau malade, filmées comme à l'intérieur du personnage devenu fou (de jalousie). En l'occurrence, il s'agissait de montrer à l'écran les images délirantes générées par la jalousie pathologique d'un restaurateur (Serge Reggiani) soupçonnant sa femme trop belle (Romy Schneider) d'infidélité.
PS2. Le film sort le 5 mai 2010, presque un an après sa présentation à Cannes, après avoir été, non pas remonté et raccourci, mais vraiment "terminé" avec un choix différent de musiques, par exemple, si j'ai bien compris le service de presse du film à qui j'ai posé la question (mais je n'ai pas vu la "nouvelle" version").
Rédigé le 27 mai 2009
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Mots-clés : avant-Premières, cinéactuel, cinéma français, Cannes 2009, Enter the void, Soudain le vide, Gaspard Noé





























Commentaires
Stop ou encore
Je suis assez partagé concernant Noé...
Si son talent de mise en scène restait indéniable dans Irreversible, j'avais violemment détesté le film, ainsi que son cours métrage porno nullissime (Sodomites, le titre, si ma mémoire est bonne...) et son clip pour Placebo.
J'étais archi fan de Carne mais je n'ai jamais vu Seul contre tous (oui, je sais, c'est la honte, il parait ! lol)
Ce film ci m'attire beaucoup et en même temps je crains la même déception.
Je n'aime pas du tout le discours du réalisateur sur le film, qu'il nous bassine en ce moment pendant la promo, notamment cette histoire de "montagne russes" et des spectateurs avec ou sans couilles, si j'ai bien tout compris. Certains réal ferait mieux de rester muets quand leur discours même nuit à leur cinéma.
Je pense, que pour Noé, comme pour n'importe qui, le temps dira s'il est vraiment le grand cinéaste subversif autoproclamé ou un simple imposteur au gout immodéré pour la provoc à deux balles, ce que Irreversible m'avait laissé entrevoir, dans les limites extremement simplistes (voir douteuses) de son discours simplement compensées par une forme d'épate formelle peu satisfaisante pour moi.
Je pense que ce Enter the void sera determinant pour moi pour savoir si concernant Gaspar Noé, c'est - pour moi - stop ou encore.
ça passera ou ça cassera...
mais j'irais le voir, et notamment, ton papier a un peu relancé l'envie !
Foxart - 07.05.10 à 13:41 - # - Répondre -
← Re: Stop ou encore
Bonjour!
Je n'avais jusque-là rien vu de Gaspard Noé!!! Ca ne me disait rien. Mais l'année dernière à Cannes, je sentais que ça me plairait, j'aime beaucoup ces démarches de tenter, comme Clouzot dans "L'Enfer", de filmer l'intérieur d'un cerveau pathologique ou sous l'emprise des drogues, ce qui revient au même, mieux : un esprit délivré de son corps s'acheminant vers la mort. Je n'ai pas entendu la promo mais je crois qu'il faut le prendre comme un essai très ambitieux de représentation du livre des morts des tibétains avec toutes les étapes visuelles et sonores du passage de la vie à la mort. Donc, je n'ai pas vu le film comme il sort aujourd'hui, bien que l'attachée de presse m'ait répondu qu'on avait pas coupé le film... après infos, il aurait tout de même supprimé 20 minutes par rapport à Cannes et ajouté un générique de trois minutes et refait la BO. J'y retournerai... (on est "emporté" tout de suite, un vrai trip sans acide...)
vierasouto - 07.05.10 à 13:52 - # - Répondre -
← Re: Stop ou encore
ça pourrait bien me plaire...
Foxart - 07.05.10 à 18:08 - # - Répondre -
Vu ce mercredi ! peut-etre une infime longueur sur la fin...mais le départ et sa suite m'ont vraiment emballé !
la saturation de couleurs, la forét de néons et que réver de mieux pour un trip urbain !
Bon je vais tenter de pondre un petit post qui se tienne..
sinon en laissant de coté toute reference proprement psychédélique pour ne garder que des "impressions" filmiques, j'ai eu commme des "retours" de Lynch ("Inland Empire") ou "The Millions Dollars Hotel" de Wim Wenders..The Love Holel sans doute .
Cela me brancherai bien un petit voyage à Tokyo sinon !
In memorium of Timothy Leary !" Tune on, Tune in , Drop Out"
kilucru - 13.05.10 à 01:13 - # - Répondre -
← Re:
Je n'avais pas pensé à Timothy Leary mais c'est la bonne référence! pour un film comme sous acide, psychédélique, qui ouvre "les portes de la perception"!!!
vierasouto - 17.05.10 à 16:24 - # - Répondre -
Merci d'avoir partagé votre trip avec nous!
Je crois que je vais aussi me laisser tenter par l'expérience, puisque c'est clairement d'une expérience dont il s'agit!
Le cinéma de Gaspar Noé est déroutant parfois, innovant souvent, et surtout il ne ressemble à aucun autre.
Personnellement, j'avais été dérangé mais intéressé par "Seul contre tous", puis choqué et passionné par "Irréversible" qui démontrait déjà une vraie originalité, tant dans la narration que dans la mise en images.
Pour info, par rapport à la version d'"Enter the void" projetée l'an dernier à Cannes, le film a été coupé de 4 minutes, mais a gagné le prologue de 2 minutes ainsi que divers éléments visuels et sonores.
Enfin, bravo pour la comparaison très pertinente avec le documentaire "L'enfer de Clouzot" qui montre que déjà à l'époque, un réalisateur s'était aventuré sur le terrain expérimental du cinéma de la perception!
Mister Loup - 17.05.10 à 03:28 - # - Répondre -
← Re:
J'ai vu "l'Enfer" après "Enter the void" et j'ai immédiatement pensé que c'était la même démarche qu'avait tenté Noé, à la notable différence que Clouzot est intouchable! alors que Noé s'était fait massacrer, huer, à Cannes l'année dernière... Depuis, le film sortant presque un an plus tard, la presse dite traditionnelle a changé d'avis, même "Elle" l'a mis en coup de coeur, c devenu tendance... Eh oui! je n'ai pas vu le générique, je vais essayer d'yb retourner malgré la distribution au compte-goutte du film. Bon trip alors! PS. tant mieux si on n'a pas coupé grand chose.
vierasouto - 17.05.10 à 16:19 - # - Répondre -