14 - 10
2008
-

Pitch.
Un cynique président des Etats-Unis, fraîchement élu à la solde de son parti, reçoit la visite de l'archange Gabriel, à la suite d'un accident de voiture, et s'en trouve considérablement transformé, investi dès lors d'une mission divine.
Un cynique président des Etats-Unis, fraîchement élu à la solde de son parti, reçoit la visite de l'archange Gabriel, à la suite d'un accident de voiture, et s'en trouve considérablement transformé, investi dès lors d'une mission divine.
S'il est un film qui illustre le débat post-projection qu'on a eu récemment lors d'une soirée spécial blogueurs chez TCM sur l'élection du président de la république aux USA qui est aussi, ou avant tout, l'élu biblique (en deux mots...), c'est bien ce croquignolet "Gabriel over the White House", un film savoureux et drôlement gonflé, toujours d'actualité... La crise financière actuelle, avec Sarko devenu soudain "le sauveur" d'un pays qu'il a bradé en fanfare aux plus nantis au lendemain de son élection, en est le dernier exemple... Mais cette comparaison facile, pourrait-on objecter, est pourtant encore plus piquante quand on connaît l'historique de la sortie du film : produit par la MGM, tourné en 1932 peu après la plus grave crise financière qu'ait connu les USA, sous la présidence déclinante de Hoover, Louis B Mayer, se rendant compte en visionnant le film que c'est un plaidoyer en faveur du futur président Roosevelt, retarde sa sortie en 1933 après l'investiture de ce dernier.
La première partie du film montre l'élection et la cérémonie d'investiture du président Hammond : arrogant, inculte, l'homme est ravi d'occuper la Maison Blanche, décidé à y végéter confortablement et servir la soupe au Parti qui l'a mis en place, plus préoccupé d'en finir avec la corvée de serrer des mains que d'investir la fonction. Une jeune femme se présente, Pendie Malloy, visiblement la maîtresse de Hammond qui est célibataire, elle est aussitôt promue secrétaire particulière.
Un jeune homme pourtant réprésente tout ce que le président Hammond devrait être : Beck, son secrétaire particulier, idéaliste, travailleur, intègre, au courant des affaires du pays et des relations internationales où Hammond sèche lamentablement, ouvrant un télégramme de félicitations, il demande à Beck où est le Siam. Plus tard, tandis que la radio dans son bureau retransmet les émeutes des chômeurs, Hammond n'entend rien, en train de jouer à cache-cache avec son neveu. La conférence de presse est à l'image du nouveau président : langue de bois et indifférence, à toutes les questions, il répond que c'est un problème local...
Un jeune homme pourtant réprésente tout ce que le président Hammond devrait être : Beck, son secrétaire particulier, idéaliste, travailleur, intègre, au courant des affaires du pays et des relations internationales où Hammond sèche lamentablement, ouvrant un télégramme de félicitations, il demande à Beck où est le Siam. Plus tard, tandis que la radio dans son bureau retransmet les émeutes des chômeurs, Hammond n'entend rien, en train de jouer à cache-cache avec son neveu. La conférence de presse est à l'image du nouveau président : langue de bois et indifférence, à toutes les questions, il répond que c'est un problème local...

La scène de traversée de la première à la seconde partie est succulente et cocasse : Hammond, qui conduit lui-même sa voiture, roule à tombeau ouvert, les motards et la sécurité peinent à le suivre dans cette incroyable virée à fond la caisse, quand arrive l'accident providentiel... Tombé dans le coma, Hammond est visité par l'archange Gabriel, quand il se réveille, c'est un autre homme, plus proche de Lincoln que de Nixon... Passant désormais tout son temps à se documenter sur les affaires du pays, Hammond, passé des cajoleries à sa secrétaire à un respectueux Miss Malloy, est devenu un ascète, un saint qui veut faire le bien et redistribuer les richesses aux plus pauvres, ce qui va lui valoir l'ire du Parti, allant jusqu'à demander sa destitution. Un comportement christique où Hammond va donner de sa personne jusqu'à mourir à la tâche, s'épuisant à aller physiquement à la rencontre de "son peuple", s'occupant de tout et de tout le monde, combattant le gangster Nick Diamond et soutenant le chef des chômeurs John Bronson lors de la marche sur Washington. Hammond finira même par organiser un événement historique en convoquant sur un bateau tous les pays européens pour exiger le remboursement de la dette... Cependant, flirtant parfois avec le dictateur pour arriver à ses fins, Hammond version 2 réprésente aussi le danger d'un excès de vertu, LaCava, fine mouche, avait pensé à tout!
Un must que ce film introuvable que programme TCM en ce moment à l'occasion de son cycle "Présidents made in Hollywood". Par le plus grand des hasards, j'avais vu l'autre jour un autre film de l'oublié Gregory LaCava sorti dans la dernière livraison des DVD de la RKO "Primrose path", un mélodrame cru qui avait eu à l'époque des problèmes avec la censure.
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Mots-clés : CinéClassic, cinéma américain, Gabriel over the White house, Gabriel au dessus de la Maison Blanche, Gregory LaCava


























Commentaires
C'est un film que j'aurais vraiment aimé voir. Le débta m'avaot effectivement attiré l'attention dessus. Mais... je n'ai pas de téloche et donc pas TCM..
Laterna Magica - 16.10.08 à 11:27 - # - Répondre -
← Re:
Si tu trouves une télé, il y a plusieurs rediff : http://www.tcmcinema.fr/films/gabriel-au-dessus-la-maison-blanche ; C'est vraiment un film étonnant avec des quantités de questions posées, je n'ai pas assez insisté sans doute sur le président 2 devenu quasiment un dictateur pour faire le bien, la critique est partout dans les deux versions du président, avant et après. @+ à une soirée Allociné?
vierasouto - 16.10.08 à 14:21 - # - Répondre -
Soirée AlloCiné ? S'ils m'invitent ! Ce qui n'a pas été le cas pour Wall-E et les films de Richet... A bientôt tout de même !
Laterna Magica - 16.10.08 à 14:45 - # - Répondre -
← Re:
Réponse sur fb.
vierasouto - 16.10.08 à 15:56 - # - Répondre -
Film très ambigu entre fascisme et démocratie, appel au peuple et appel au chef
J'ai vu ce soir dans le très beau cycle de Patrick Brion ce film. Je ne suis pas d'accord avec votre point de vue, le film est très ambigu. Contrairement à ce que vous dites, Gregory La Cava, loin d'être fine mouche, semble au contraire épouser totalement la thèse que la dictature peut parfois être nécessaire en démocratie. Il n'y a aucune prise de distance avec le président "ressuscité", aucune distance critique. Il ne montre jamais les dangers d'une telle présidence, mais c'est nous qui les ressentons en voyant le film.
Kamel - 03.11.08 à 04:03 - # - Répondre -
← Re: Film très ambigu entre fascisme et démocratie, appel au peuple et appel au chef
Bonjour!
J'ai revu ce film sur TCM hier soir et je me suis rendu compte que j'avais fait preuve de naïveté en sous-estimant la dimension de dictateur de Hammond numéro 2 bien que ça me paraisse assez monstrueux comme message si vraiment le film est pro-fasciste. Le film est bien fait et même assez pervers en montrant Hammond 1, abruti opportuniste à la solde du parti, et Hammond 2 après la visite de l'archange Gabriel qui dans le second tiers du film se comporte mieux qu'avant l'accident, ce qui n'est pas difficile, du moins correctement en prenant connaissance des dossiers, en éprouvant de la compassion pour la marche des chômeurs au lieu de jouer avec son neveu sur fond d'une radio qu'il n'entend pas. C'est le troisième tiers du film qui est choquant quand Hammond 2 devient un dictateur pour "faire le bien", un élu biblique intégriste, et, à la relecture, le film est à l'échelle de la réalité, la dérive est habilement amenée, il y a un crescendo dans ce film en trois temps qu'il ne faut pas sous-estimer. Malgré tout, je laisse encore une chance à LaCava de nous laisser critiques de ce qu'il montre (bien que je pèse que le regard de 2008 n'est pas celui de 1933!), j'avais le sentiment que c'était le film d'un anarchiste un peu barge, mais, après recherches sur le net hier soir, ce film fut produit par Randolph Hearst qui avait parait-il des ambitions présidentielles et aurait vu en Hammond son président idéal, et apparemment LaCava était son collaborateur depuis des années mais il faudrait en savoir un peu plus et ce sont les limites du net pour des films anciens, les archives sont rares. J'avais eu l'idée de publier une critique contradictoire mais vous m'avez devancée, merci pour votre intervention, le parallèle avec ce qui se passe actuellement est si flagrant que je pense que vous avez (malheureusement) raison.
vierasouto - 03.11.08 à 14:33 - # - Répondre -
← Re: Film très ambigu entre fascisme et démocratie, appel au peuple et appel au chef
Oh je serais plus mesuré "avec ce qui se passe actuellement". La période est vraiment différente même si le contexte l'évoque parfois (crise financière et sans doute élection dans un fauteuil d'Obama). Rappelons-nous qu'à l'époque, Hearst a apporté au dernier moment son soutien à Roosevelt lors de la
convention démocrate de Chicago en 1932 (on peut cependant voir dans la résurrection du président Hammond une référence à Roosevelt, ressuscité de la polyomélite). Le film est vraiment passionnant car il montre clairement les tentations dirigistes jusqu'à la dictature chez nombre d'hommes politiques des années trente, de Tardieu ou Déat en France, à Lloyd George au Royaume Uni (admirateur de Mussolini). Même Churchill un temps, ne tarit pas d'éloge sur Mussolini. En fait, les hommes politiques des deux côtés de l'Atlantique observent avec intérêt les expériences soviétiques (grands travaux, planification de l'économie) et mussoliniennes (assèchement des marais pontins entre 1928 et 1932). Mais le film reflète aussi la tentation de la violence qui affleure toujours aux USA pour régler les problèmes (l'attaque du repaire des gangsters fait beaucoup
penser à l'attaque du repaire de Paul Muni à la fin de Scarface). Franchement, même si ce sont des chacals qui n'hésitent pas à ouvrir le feu sur le chef des chômeurs, l'exécution des gangsters après une parodie de procès fait froid dans le dos (les uniformes des forces de l'ordre sont proches de celui du colonel Gunther dans Il Etait une fois la Révolution). En fait, le programme de Hammond paraît être une synthèse du courant rooseveltien avec le New Deal (grands travaux, Civilian Conservation Corps véritable armée de jeunes embauchés pour des jobs publics, Tennessee Valley Authority, etc.), du courant populiste incarné par William Jennings Bryan par son esprit religieux (Bryan défendra le créationnisme dans le "procès du Singe" en 1925 à Dayton, Ohio), son pacifisme teinté d'isolationnisme. Ce courant populiste sera incarné sous Roosevelt par Huey Long, démagogue populiste et gouverneur de Louisiane assassiné dans des conditions étranges en 1935.
En tout cas un film très intéressant dans un cycle de Patrick Brion constellé de pépites (voir le très beau film de William Wellman,Wilds Boy of the Road, 1933 diffusé durant ce même cycle en octobre). Je conseille à tous aussi le cycle diffusé actuellement par l'action école, à Paris, consacré à M.President vu par Hollywood. Gageons que si Obama est élu, et ça paraît très bien parti, on assistera à une nouvelle floraison de films sur Mr.President.
Kamel - 03.11.08 à 17:22 - # - Répondre -