22 - 07
2009
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Dans le hall d'une maison cossue, une femme blonde en blanc tire sur un homme à bout portant, elle vide le chargeur, il s'écroule, elle dit alors à une femme brune se déplaçant comme un fantôme "viens!" et les deux femmes se dirigent vers une chambre du rez-de-chaussée : sur le lit, la brune déchire brutalement les vêtements de la blonde, arrache son soutien-gorge, la gifle, Sylvie Vartan/Stéphane Feuvrier se relève et appelle la police en confessant qu'elle a tué un homme qui a essayé de la violer. Prévenu en urgence, son mari, Michel Piccoli/Georges Feuvrier, juge d'instruction redouté et notable parmi les notables de Bordeaux, se précipite avec Paul, un ami avocat, qui accepte de défendre son épouse. Dans la foulée, Stéphane Feuvrier est emmenée en prison avec de grands ménagements...

photo Les Films Alain Sarde
Située dans les vignobles, la maison de Georges et Stéphane Feuvrier est immense, la grande bougeoisie de province fortunée, coincée, hypocrite s'y retrouve pour des dîners, des soirées. La dernière scène est un hommage ostentatoire au film noir avec la descente de l'escalier par Stéphane en robe longue lamé noir, superbe et tragique, le scandale muet qu'elle provoque en vampant une femme (le baiser sur l'escalier), en disant tout haut ce qu'on n'ose pas penser, et son départ marchant de dos vers un taxi qu'elle ne prendra jamais. De cette région bordelaise, Brisseau va tirer une ambiance sombre et rougie, des scènes intérieures comme des tableaux vivants, superbes, bien que le film tire déjà dans le sens des obsessions nymphettes de Brisseau (scène de fantasmes dans le bureau de l'agent artistique qui se souvient de Zoé, scène de Cécile se caressant face à la caméra dont elle sait qu'elle filme pour le pire), le personnage de la fille de Stéphane Feuvrier, Cécile, en étant le parfait prototype, mais ici, il est mis en échec par la femme fatale : s'épuisant à ruiner sa mère qu'elle déteste, Cécile n'aura jamais la vedette pour autant. Dans la scène où elle impose une vidéo vengeresse à sa mère, cette dernière n'est désespérée que par la trahison de son amant (on voit le regard de Sylvie Vartan s'embrumer à l'écoute de certains mots seulement), dans la scène finale, malgré tout le mal qu'elle s'est donné, la fille n'a toujours pas réussi à intéresser sa mère qui ne la voit pas...
A la jonction entre "Noce blanche" (1989) et les films du Brisseau d'aujourd'hui ayant pour sujet unique sa fameuse recherche du plaisir féminin chez les très jeunes femmes, prétexte à faire du porno soft un peu ridicule (comme dans le consternant "A l'Aventure"), un penchant obsessif qui lui a valu bien des déboires, on trouve déjà quelques scènes annonciatrices de la suite mais ici bien intégrées à l'ensemble, avec le bon dosage, et surtout très bien filmées, très belles. Beau casting avec aussi Philippe Torreton, Tchéky Karyo, Bernard Verley.... Voilà donc l'époque où Brisseau faisait du grand cinéma, il y a presque quinze ans.
PS. Un mot sur le scénario "original" de Brisseau, il y a quelques années en voyant par hasard "La Lettre" (1940) de William Wyler, je me suis rendu compte, stupéfaite, que "L'Ange noir" racontait exactement la même histoire que "La Lettre" dans un décor aux antipodes (en Malaisie)... Très troublante coïncidence...
Note CinéManiaC :

Mots-clés : cinérécent, cinéma français, Années 90, L'Ange noir, Jean-Claude Brisseau































































