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"Rome plutôt que vous" : le désert en ville

Tariq Teguia, sortie le 16 avril 2008



09 - 04
2008
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Comment faire un film sur l'Algérie en faisant impasse sur les paysages sublimes et la mémoire du passé? C'est la démarche du réalisateur. Le film raconte la quête dans les années 90 de deux jeunes gens, Zina et Kamel, à la recherche d’un moyen de quitter l’Algérie. Ce que veut décrire le réalisateur, c’est le présent vécu de l'intérieur des personnages, les conséquences d'une guerre lente et pernicieuse, sans ligne de front précise.

C’est ce pays déserté, où ils sont partagés entre effroi et ennui, avec néanmoins des moments de répit et de joie, que Zina et Kamel veulent quitter, "Rome plutôt que vous". Mais, avant de partir, l’arpenter, le sillonner, le voir, une dernière fois, toute la souffrance pressentie du futur exil… Au final, ça donne une sorte de road-movie urbain et erratique en vase clôt entre Alger et sa périphérie, le quartier de la Madrague.



photo Shellac distribution


Le film est un patchwork rêve, réalité, fantasmes. Démarré la nuit sur les hauteurs d’Alger, une route sombre et  fantômatique, le film est interrompu par le visage d'un homme face caméra, un simulacre d’exécution ou la difficile préparation en temps réel du café par Zina. Les petits rituels quotidiens en disent souvent long que tout le reste : en essayant d'utiliser les allumettes défectueuses, puis, le briquet paternel, en faisant chauffer son café dans la cuisine, Zina échange quelques apparentes banalités avec ses parents, qui vont donner des éléments essentiels de l’ambiance à l’intérieur et à l’extérieur de la maison. En voix off, le père proteste que sa fille doive sortir, la mère répond qu’elle travaille, qu’il ne s’en est même pas rendu compte depuis le temps, la mère s’inquiète que Zina prenne le bus à cause des attentats, ça donne immédiatement le ton de l’ambiance surchauffée en ville.

On a du mal à suivre cette juxtaposition de scènes qu’il faut reconstituer, ces brusques changements de rythme, de style, de sujets, de décors, ces interruptions sonores, on passe d’un sombre nocturne aux couleurs passées d’une rue qui ressemble à un décor, du rêve à la réalité, on sent une imagination débordante chez le cinéaste aussi désireux de s’exprimer sur la forme que sur le fond et c’est le problème : on décroche assez vite.


Rachid Amrani et Samira Kaddour
photo Shellac distribution


Un film qui tente de mettre en image d’indicible, le désert, l’enfermement, l’ennui, la crainte, toutes ces raisons qui donnent envie aux héros de fuir un pays qu’ils aiment… Démarche moderne et poétique de montrer ce qui ne se voit pas et qui donne un film au ton un peu littéraire, malheureusement l’ensemble est assez inégal, avec de beaux moments de temps en temps mais une construction compliquée et surtout trop hétérogène. Ce film a au moins le mérite de faire connaître le nouveau cinéma algérien, on peut le voir pour la découverte de cette volonté artistique sur un sujet politique car le film est assez unique et original… Un réalisateur à suivre…

Présenté dans plusieurs festivals, ce film a reçu le soutien du Groupement national des cinémas de recherche.


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Note : 3.2/5 (12 notes)



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