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"Un Prophète" : choc ciné assuré!

Grand Prix Cannes 2009, Jacques Audiard, sortie 26 aout 2009



27 - 08
2009
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Je n'ai pas revu ce film depuis le choc de la projection de Cannes, un film qui a fait l'unanimité auprès des festivaliers, ce qui est rare, sans doute le plus abouti et le plus parfait qu'on ait eu l'occasion de voir ces dernières années dans le cinéma français, si Jacques Audiard a reçu son Grand Prix à Cannes en disant qu'il avait un peu le sentiment d'imposture, pas nous, il méritait la Palme d'or, et, personnellement, je le préfère à l'austère "Ruban blanc" de Haneke qui l'a obtenu... Je rapatrie donc mes notes écrites dans la nuit pendant le festival, telles quelles (sauf une ligne à la fin pour rétablir les prix atttribués)...

 


 
Film choc magnifique de deux heures trente avec quelques scènes difficilement soutenables car réalistes et parfaitement crédibles, le film se passe presque entièrement dans une prison. Démarrant sur l'arrestation dans la pénombre d'un délinquant mineur, le jeune Malik, innocent et pauvre, sans relations ni ressources, c'est le récit de son apprentissage initiatique dans un univers carcéral ignoble où s'affrontent le clan des Corses mené par Cesar Luciani et celui des barbus. Etant moi-même d'origine Corse, je dois dire que j'ai été néanmoins émue d'entendre parler corse comme là-bas avec les intonations, les apostrophes des hommes entre eux, les expressions usuelles au delà des mots et de l'accent (beau travail de coaching et extraordinaire Niels Arestrup) et surtout par le chant national Corse, le "Dio vi salve regina" qu'entonnent les prisonniers autorisés à terminer leur peine près de chez eux qui me fait tjs monter les larmes aux yeux...

Cette petite parenthèse perso étant fermée, le personnage de Cesar Luciani est assez monstrueux, commandant son organisation mafieuse depuis la prison, il fait la loi aussi sur place, donnant des directives aux matons. Ayant repéré qu'un certain prisonnier arabe dont il veut la peau a fait des avances à Malik sous la douche, il va utiliser ce dernier pour l'assassiner de leur part dans sa cellule, la faute de cet homme étant d'être un témoin à charge dans un procès qui dérange beaucoup Luciani. Boucherie au rasoir terrible, un crime qui hantera Malik tout le long du récit au sens qu'on le présente à l'écran comme un fantôme lui donnant les conseils qu'il lui aurait donné s'il n'avait pas été obligé de le tuer.





photo UGC


photo UGC

Petit à petit, Malik va se construire, protégé par les Corses qui le méprisent, faisant le ménage et la vaisselle chez Luciani, il apprend en cachette le corse et comprend ce qu'ils disent... Parallèlement, il parle l'arabe et peut être vu comme un frère par ses compatriotes, bien qu'il y perdra vite son identité, corse pour les arabes et arabe pour les corses, il n'aura plus qu'un objectif : être lui et non le pion d'un clan. Allant même jusqu'à se la jouer petit chef roulant pour tout le monde et personne pendant un certain temps, l'appel des origines sera le plus fort... Au bout de cinq ans, Cesar Luciani solitaire et affaibli, s'est paradoxalement attaché à Malik, une fois sa bande partie qui aurait pu s'offusquer qu'il ne s'en tienne pas à la loi du clan. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid, Luciani devrait le savoir mieux que quiconque et même le deuil de la vengeance, l'indifférence, est une vengeance passive, presque pire...


photo UGC

Pardon conflictuel et parcellaire, chemin de croix et résilience, c'est aussi le thème du film "Fish tank" d'Andrea Arnold, prix du jury à Cannes cette année, la survie en milieu hostile, la reconstruction de soi quoi qu'on vous ait fait subir, comment être un rescapé ayant droit à une vie... Eblouissante prestation de Niels Arestrup, comédien haut de gamme, toujours parfait, il est ici au delà de son art, somptueux dans ce rôle de truand cruel, vil et vieillissant.





photo UGC


Voir l'article original du 16 mai 2009... 



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27/07/09


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Note : 1.8/5 (14 notes)



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un film exceptionnel

Une vie est-elle possible après la peine carcérale ? La peine carcérale permet-elle une réinsertion et une « droite réinsertion » des anciens détenus dans le « corps social » comme cela devrait être son objectif républicain (Rousseau) ou perpétue-t-elle la propension aux actes délictueux par une scission entre le regard que renvoie la société sur le détenu et le vécu du prisonnier, esseulé (Foucault) ?

Ce point là est présent tout au long du film. Malik, confronté à la violence de l’univers carcéral, finit par trouver sa liberté dans le développement de son propre réseau de délinquance. Ainsi, au-delà de toute appréciation morale, c’est bien la question de l’efficacité de la peine carcérale qui est, en filigrane, posée.

L’insularité et la perpétuation des valeurs d’un peuple peuvent-elles passer outre l’intégration d’autres cultures ? Telles semblent être les grandes interrogations de l’œuvre de Jacques Audiard. Si l’on peut bien sûr considérer qu’un amalgame entre « Mafia » et nationalisme corse est un raccourci pouvant induire une confusion du spectateur, il n’en est pas moins troublant que le film de Jacques Audiard pointe un fait incontestable : le dépeuplement d’une île, d’un peuple, et la crainte de la disparition de ses codes.

La scène qui évoque, en filigrane, cette disparition qui menace, est sans doute celle où l’on perçoit la solitude de César Luciani, l’ancien parrain respecté et craint de tous, rouler à terre un coup de pied au ventre. Aucune jeunesse pour le défendre. L’absence de descendance (filiale ou agrégée) est sa faiblesse.

Le film ne donne pas à voir une Corse raciste. Il donne à voir une Corse en manque de descendance. Il donne à penser sinon une transmission de valeurs, à tout le moins une substitution de mœurs. Et c’est là toute la force de son propos.

pretatourner - 15.08.09 à 22:56 - # - Répondre -

Re: un film exceptionnel

Merci pour ce commentaire très intéressant, bien entendu, sur l'impossible réinsertion, on n'a plus d'illusions, je suis tout à fait d'accord. Mais sur la figure de Cesar Luciani abandonné dans la cour de la prison par une sorte de fils adoptif qu'il a adoubé, transfuge d'un autre clan, au delà de l'impossible mariage entre les cultures, au delà du mépris pour la transmission des valeurs, quelles qu'elles soient, et de l'absence de relève, je pense que ça dépasse largement le cadre du problème Corse pris en exemple : l'absence de considération pour les anciens qu'on met "à la casse", l'impitoyable culte de la jeunesse et de la performance, je crois que c'est mondialement toute une société narcissique, individualiste, en rupture de filiation et de repères, qui se profile, le film, très pessimiste et noir, vise malheureusement juste.

vierasouto - 16.08.09 à 12:35 - # - Répondre -

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