Ouverture de la rétrospective Melville à la Cinémathèque française avec « Le Cercle rouge » : Michel Piccoli remplace Alain Delon

du 3 au 22 novembre 2010
      

Ouverture de la rétrospective* Melville à la cinémathèque française hier soir mercredi 3 novembre, viendra ou pas? On savait que Delon avait annulé sa venue, on le savait mais on ne voulait pas le savoir car restait un espoir qu’il annule son annulation… En arrivant, tapis rouge et spots, pour qui? Pour Michel Piccoli qu’on a appelé à la rescousse afin de remplacer Alain Delon qui serait en voyage à l’étranger, nous a dit Costa-Gavras (qui n’avait pas l’air de trouver ça très cool). Michel Piccoli n’a tourné qu’une seule scène dans un seul film avec Melville mais ce fut l’occasion de prendre date avec « Costa et Toubiana » (le président et le directeur de la cinémathèque) pour une rétrospective de ses films très bientôt. Présents également ce soir pour l’hommage à Jean-Pierre Melville :  le compositeur Eric Demarsan, ses deux neveux, Remy Grumbach et Laurent Grousset, Jean-François Delon, premier assistant de Melville, seul réalisateur français (avec Pagnol) qui possédait des studios à l’époque, ce qui lui valu un jour la visite d’Orson Welles.

Des studios qui ont brûlé, si j’ai bien compris, avant son dernier film « Un Flic », sorti en 1972, deux ans après le succès du « Cercle rouge », incompris par les critiques, boudé par le public. J’aimerais beaucoup revoir ce film, je me souviens très bien de l’impression que donne « Un Flic », à la fois plus coloré et plus glacé que les autres Melville, ce soir un intervenant a parlé d’abstraction pour ce film ultime. Bien qu’il ait participé à l’ouvrage collectif « Riffs pour Melville »*, qui vient de sortir à l’occasion de la rétrospective, Serge Toubiana  a lu un passage du « Cinéma selon Melville », entretiens avec le réalisateur où il annonçait notamment que le cinéma n’existerait plus vers l’an 2020, remplacé par la TV. Finalement, l’hommage fut émouvant, on sentait bien combien tous admiraient Melville, l’aimaient tout en reconnaissant qu’il était un peu frimeur. Pour moi, Alain Delon n’est pas venu par crainte d’être submergé par l’émotion, la cinémathèque, temple de la cinéphilie, Melville, ce cinéma qu’il estime et dont il ne se console pas, les images de ce passé flamboyant, ses trois films avec lui (« Le Samouraï », « Le Cercle rouge », « Un Flic »), le risque de plonger dans une nostalgie extrême, il ne l’a pas pris.
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* Rétrospective Melville 3/22 novembre 2010 à la Cinémathèque française (à noter : le 5 novembre conférence « Qui êtes-vous JP Melville? »)
** « Le Cinéma selon Melville » de Rui Noguera et « Riffs pour Melville » (nouveauté/ouvrage collectif)

  
Michel Piccoli avec Costa-Gavras (G), avec Rémy Grumbach (D)

   
Rémy Grumbach / Laurent Grousset

   
Costa-Gavras / Serge Toubiana
    
Michel Piccoli / JF Delon, Eric Demarsan, Laurent Grousset


« Le Cercle rouge » (1970)
 


Bourvil et François Perrier dans « Le Cercle rouge »

« Le Cercle rouge », revu ce soir, vu pour la première fois sur grand écran, c’était magique, silence sur l’écran bien souvent, silence dans la salle, sidération devant le film parfait où chaque plan est un tableau, où les personnages ont un style, une allure, comment dire… un peu l’Olympe des voyous… Exceptionnel Bourvil, le commissaire Mattei, ce corse blond aux yeux bleus que l’inspecteur chef de l’IGS trouve suspect comme il trouve le monde entier suspect, porteur du germe du crime. Bourvil qu’on a vu à contre-emploi dans trop peu de films (« Fortunat », « Le Miroir à deux faces », les deux excellents). Delon/Corey, cheveux et moustache noir jais, à peine plus bavard que dans « Le Samouraï », s’éclairant enfin d’un sourire à son comparse Vogel (Gian Maria Volonte), devenu tacitement son ami, quand tout annonce la tragédie finale… François Perrier/Santi, le caïd qui a encore un code d’honneur, que va piéger Mattei, lui-même acculé à retrouver Vogel, le prisonnier qu’il a laissé échapper dans un Wagon-lit au début du film. Yves Montand/Jansen, l’ancien superflic, tireur d’élite de la même promo que Mattei, assailli de zoopsies lors de crises de delirium tremens, qui va revivre en mourant vivant, « c’est toi? » dira Mattei, quand Jansen est à terre et ses derniers mots comme réponse « toujours aussi cons dans la police! ».

Chez Melville, c’est l’inéluctable de la tragédie grecque, on tombe pour pas grand chose, une paille dans un rouage, un paquet de billets soutirés à un pourri par un détenu sorti de prison qui monte de Marseille à Paris et croise la route d’un

évadé qui a faussé compagnie au commissaire de police qui le convoyait. Mais le pourri va chercher à se venger jusqu’au bout et ce n’est pas pour le casse de haut vol de la place Vendôme que les hommes vont tomber mais à cause de ce type, ancien ami du personnage de Delon (Corey) qui l’a oublié en prison, lui a piqué sa femme, lui refuse de l’argent, et à qui l’autre renvoie une image de salaud. Chez Melville, les vivants sont souvent plus morts que les morts, plombés par des souvenirs invalidants ; fantomatiques, mécaniques, des silhouettes en noir luttant pour survivre en gris en attendant d’être flingués pour de bon à leur tour.  


Alain Delon dans « Le Cercle rouge »

PS. « Le Cercle rouge » sera projeté à nouveau à la cinémathèque française le dimanche 7 novembre à 20h.

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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