Paris-Cinéma est-il encore un festival pour le public? « Le Ciel de Paris » + « Elle s’appelle Sabine »/Avant-Première

La journée avait pourtant bien démarré avec la brillante présentation du film "Le Ciel de Paris" par Jonathan Fisher de RadioCampus qui n’est d’autre que… notre confrère Allocinéen du Blog CinéPark. La photo est ratée, la salle était très sombre, dommage !

"Le Ciel de Paris" de Michel Béna (1990)

Cette œuvre unique de Michel Béna, réalisateur malheureusement mort du sida avant la sortie du film, est intéressante et attachante, entre Téchiné, dont il fut l’assistant et Pialat. On y retrouve Sandrine Bonnaire, lumineuse et pleine de vie auprès de Paul Blain et d’Evelyne Bouix.
Marc et Suzanne forment un couple blanc, il est homosexuel, elle sort d’une histoire d’amour malheureuse. Cependant, les deux jeunes gens partagent un appartement et une intimité certaine. C’est à la piscine que Marc et Suzanne font la connaissance de Lucien. La piscine, lieu central où on revient régulièrement se défouler, se purifier, laver sa mémoire. Aussitôt, Marc tombe amoureux de Lucien, qui, lui est fortement attiré par Suzanne. Mais qui donc aime Suzanne ? Chemin faisant, bien que les jalousies s’installent, voire les disputes, on se rend compte que le vrai couple est peut-être bien celui qui ne l’est pas : Lucien devient vite l’objet du désir pour Marc et le miroir du désir pour Suzanne. Les deux complices se renvoient alors l’étranger nouveau venu de l’un à l’autre comme une balle de Ping Pong, se ménageant l’un et l’autre. Le film est interprété de façon très charnelle, regards et attitudes en disant plus long que les minces dialogues. D’autant qu’à l’exception de Sandrine Bonnaire, exceptionnellement naturelle (comme toujours), les autres paraissent parler, pour les hommes de façon distanciée et pour Evelyne Bouix minaudante (on est frappé par son changement de visage tout neuf de l’époque). On est à deux doigts d’une magnifique fin de film ouverte, Marc et Suzanne valsant sur "Le Beau Danube bleu" mais le réalisateur cède à la tentation de mettre des points sur les i en rajoutant deux scènes très physiques et explicites dont aurait pu se passer, à mon avis. Un récit minimaliste, sans fioriture et sans beaucoup d’illusions non plus, parlant avec tact de l’homosexualité pas toujours facile à vivre et à assumer en pleine période d’épidémie de Sida, filmé au plus près du réel et des visages, avec un ton et un style, une histoire banale qui parvient pourtant immédiatement à vous captiver.

Après une agréable pause à la terrasse d’un café pour le seul jour de soleil sur Paris depuis 10 jours, la météo parisienne va insidieusement tourner à l’orage…

Comme il m’avait été impossible d’acheter une place pour la séance très médiatisée de 20h en même temps que pour celle de 14h, je reviens donc m’y coller vers 18h30. Nous ne sommes que trois dans le hall de l’Arlequin : le caissier, un client et moi. Le client demande deux places pour 20h mais il n’a pas suffisamment d’argent, le caissier l’envoie aimablement au distributeur et lui met ses places de côté. Ensuite, il refuse mon Pass, ça ne peut servir qu’en accès de dernière minute, aussi, je me décide à débourser 4 Euros pour assurer ma place car je vois se profiler une soirée Paris-Cinéma 2007 comme la veille et l’avant-veille avec une promo d’enfer et pas de places à l’arrivée… Mais le caissier, agacé que j’ai trouvé une solution, décide qu’il ne vendra plus aucune place avant 19h20, je lui objecte que c’est deux poids deux mesures, qu’il vient de vendre deux billets sous mon nez, etc… S’en suit un psychodrame qui va durer presque deux heures. Le type, aussi sympa qu’un nazi dans un film de guerre, est tout à la jouissance de faire la loi et plus je proteste, plus j’aggrave mon cas, au final, le fin psychologue me traite de parano (drame de la psychiatrisation du langage où on dit n’importe quoi…)

Sur ces entrefaits, débarque l’équipe de Paris-Cinéma menée par une grande asperge blonde qui, le dos tourné, refuse d »écouter les doléances, ses collègues impassibles, eux, sont frappés de surdité providentielle (sauf les bénévoles qui font ce qu’elles peuvent), un peu plus tard, la bêcheuse est presque en larmes car elle se fait engueuler vertement par un groupe de détenteurs du Pass qu’on refoule tous les soirs. Un monsieur raconte que le premier soir du festival, la soirée à été annulée, que le second soir, il a essayé une projection à l’Institut du Monde arabe, également annulée, et à présent, on lui dit de rentrer chez lui, que le film sort en salles en janvier 2008. Un producteur s’entend répondre que si il produit le film, il n’a qu’a se débrouiller tout seul pour obtenir des places… Dans l’intervalle, l’impitoyable caissier, caisse fermée, traverse le hall et apporte une grosse pile de billets imprimés à la grande asperge snob du stand Paris-Cinéma pour les distribuer en invitations sup en plus des cartons, elle nous toise «c’est pour Sandriiiiine…», ce qui fait qu’au final, presque la moitié de la salle est réservée aux invités.

Enfin, le directeur du cinéma, un homme sympathique et bien élevé, ce qui tranche dans cette ambiance de plomb, décide d’aller prévenir la fille d’attente immense parquée rue de Rennes qu’on n’en prendra pas la moitié, puis seulement le tiers, il ne restait déjà que 100 places à vendre, à présent, il n’en reste que 70… Pour ma part, ça fait belle lurette que j’ai renoncé au film et je m’apprête à prendre des photos de Sandrine Bonnaire quand elle arrivera avant de rentrer chez moi. Quand, 5 mn avant le début de la séance, de derrière le stand de Paris-Cinéma, une gentille bénévole (merci à elle) dit à l’asperge «mais donnez-lui un ticket (les invités n’étant pas tous venus), elle attend depuis deux heures!», l’asperge fait la grimace mais ne trouve pas d’arguments pour refuser, donc, je rentre dans la salle mais l’envie de voir le film m’a désertée…

Je suis découragée par le relationnel ordinaire des parisiens entre eux qui s’aggrave d’année en année, les gens sont exaspérés, arrogants, agressifs, la loi du plus fort, du plus vache. Quand je vais en vacances en Normandie, je ne cesse de remercier à tout bout de champ quand quelqu’un est aimable dans un magasin alors qu’en fait, ils le sont tous naturellement. Le comble étant que le film de 20h est sûrement le plus compassionnel du festival «Elle s’appelle Sabine», bouleversant documentaire sur la sœur autiste de Sandrine Bonnaire qu’elle filme depuis 25 ans. A croire qu’on ne se souvient d’être humain qu’en regardant un écran pendant que dans la vie on est odieux.

J’en demande pardon aux lecteurs du blog que j’ai déjà assommé avec mes petits soucis de festivalière mais je stoppe le suivi et donc le compte rendu de Paris-Cinéma. On a visiblement cette année engagé une nouvelle agence de com qui a fait les choses en grand côté promo, luxueuse ouverture VIP sur les Champs Elysées, Pass permanents à 20 Euros qui n’existaient pas l’année passée. Dans ces conditions, si les salles ne sont toujours pas remplies dans la journée, en revanche, les parisiens se précipitent pour les quelques séances médiatisées où on crée l’événement en faisant venir des people… Mais le nombre de places a considérablement rapetissé en même temps que la promo augmentait. Comme je l’ai dit dans mon précédent billet, deux petites salles en sous-sol pour à la fois les films de la compétition et les avant-premières des films de Cannes au lointain MK2 Bibliothèque, une seule salle à l’Arlequin au lieu de trois l’année dernière et une programmation beaucoup plus auteuriste (pour un festival public) que l’année dernière. Hier, grâce à l’expertise du magazine Positif qui l’avait organisé, j’ai assisté au cinéma Max Linder à un passionnant débat avec Francesco Rosi après la projection de "L’Affaire Mattei" dans une salle heureusement très grande mais ne pouvant néanmoins contenir tous les postulants.

On va arriver au comble que le Pass de 20 Euros si il est inutilisable en accès de dernière minutes coûtera finalement plus cher que d’acheter une place à l’unité à l’avance à 4 Euros, seule façon de voir un film. Une France à deux vitesses, même au cinéma, il va falloir s’habituer…

Quelques idées pour se consoler et utiliser son Pass si on l’a déjà acheté : rétrospective Francesco Rosi au cinéma Reflet Médicis (deux salles). Les ciné-concerts Ernst Lubitsch au cinéma Le Balzac (grande salle). Mieux vaut choisir des films anciens sans invités et éviter les soirées et les week-ends.

"Elle s’appelle Sabine" de Sandrine Bonnaire (Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2007)

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Documentaire de Sandrine Bonnaire sur sa sœur autiste qu’elle filme depuis 25 ans. Un film tourné avec le cœur en juxtaposant les images de sa sœur jeune jolie et active, quasiment autonome, avec celle d’aujourd’hui, prostrée et brisée par 5 années d’Hôpital Psychiatrique. Après la mort de leur frère aîné, la mère de Sandrine Bonnaire déménage en province, se retrouvant en tête à tête dans une maison avec sa fille Sabine qui ne le supporte pas. Habituée à être entourée par tous ses frères et sœurs dans la RP, la panique la conduit à des crises de violences. Des essais sont alors faits de faire venir Sabine à Paris chez une de ses sœurs mais le vie de famille devient rapidement impossible. En dernier recours, Sandrine Bonnaire loue un appartement en face de chez elle pour sa sœur et deux garde-malades qui ne vont pas tarder à rendre leur tablier. En 2001, la famille de Sabine, décide de l’envoyer dans un hôpital psychiatrique pour une consultation, elle y restera 5 ans, faute de trouver une institution spécialisée car les rares centres existants n’ont pas de places. Témoignage de la mère d’un patient disant qu’elle a organisé l’avenir de son fils au delà de ses 18 ans quand il avait 12 ans ! Au sortir de ces années, la Sabine jeune et jolie aux longs cheveux, s’exprimant en souriant et voyageant avec sa sœur, a disparu. Sandrine Bonnaire participe à la création d’un nouveau centre dans le Poitou-Charentes. C’est là-bas qu’on retrouve à l’écran le film de la vie de Sabine aujourd’hui dans un état de terrible régression : ayant pris 30 kilos, les cheveux très courts, le regard souvent hagard, le maintien des épaules incertain, abrutie par les médicaments, perpétuellement fatiguée, terrifiée par l’idée que sa sœur oublie d’aller la voir, lui reposant inlassablement la question de quand elle reviendra, la jeune femme survit. Retrouvera-t-elle un jour ses capacités d’avant ses années d’enfermement en HP et quelle est la part d’évolution naturelle de la maladie ? Sandrine Bonnaire, des fleurs dans les bras à la fin de la projection et sourire lumineux (petite photo pas terrible), une belle personne à l’extérieur et à l’intérieur.

Sortie du film fin septembre 2007 sur France 3 et mi-janvier 2008 en salles.

Sandrine Bonnaire à la fin de la projection samedi 7 juillet au cinéma l'Arlequin

Sandrine Bonnaire à la fin de la projection samedi 7 juillet au cinéma l’Arlequin

 

 

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zoliobi

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