"Parpados azules" ("Paupières turquoises") : vacances de rêve

Ernesto Contreras, 2007, sortie 14 novembre

Employée dans une fabrique duniformes, Marina gagne le grand prix annuel de lentreprise : un voyage pour deux personnes à Playa Salamandra, destination paradisiaque sous les cocotiers. Le problème, cest quelle ne sait pas avec qui partager son prix. Empoignant son téléphone, Marina se rend compte quelle a perdu de vue depuis longtemps tous les gens quelle essaye de joindre. Se résignant à téléphoner et proposer à sa sur de laccompagner, cette dernière essaye de lui extorquer son voyage pour elle et son mari. Dépitée, Marina se souvient de la rencontre inopinée la veille Victor, avec un ancien camarade de classe quelle na pas reconnu mais qui a insisté pour lui laisser ton numéro de téléphone, cest lui quelle va inviter !

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Victor, émoustillé, accepte aussitôt de partager le voyage de Marina et propose quon profite des quelques jours restants pour faire connaissance avant le grand départ. Cest loccasion dune série de sorties, pique-nique, cinéma, boite de nuit, où les deux cherchent vainement quelque chose à se dire, Victor, obsédé par ses années de collège, Marina par le prochain voyage. Une séance de cinéma va pourtant les rapprocher un tantinet, les deux dans la salle, fascinés par le couple quils voient à lécran, vont sen inspirer pour essayer de jouer à lamour mais la transposition fonctionne médiocrement

 

© Agencia SHA Galerie complète sur AlloCiné

 

Victor et Marina sont identiques, vieux garçon et vieille fille, vivant seuls chacun dans un appartement lugubre à faire la navette entre leur boulot ingrat, elle plie des blouses, il fait des photocopies, et leur repas seuls devant leur télé. Cest un sujet en or, celui de la fabrication dune relation dans le but de remplir la fiche de lagence de voyages et de correspondre au profil du couple idyllique gagnant un voyage de rêve où tout serait luxueux et gratuité. Comment lirruption du rêve dans une réalité monotone et lugubre mais moralement confortable va provoquer plus de désordres que de bonheurs, forçant Marina a faire le bilan dune vie affective déserte et Victor à sortir la tête dune enfance idéalisée.

 

Bien que le film soit beaucoup trop riche, voire confus en éléments scénaristiques, comme cette vieille dame mourante, propriétaire de la fabrique de blouses qui alourdit le récit, limage va en sens inverse de cette richesse vers le dépouillement excessif des décors. Avec un thème pareil, deux directions étaient possibles, la comédie ou le drame, pendant la première partie du film, on est en équilibre dans la tragi-comédie avec beaucoup dhumour et dautodérision mais le cap change en cours de route pour un récit nettement moins humoristique, plus dramatique, le réalisateur nayant pas pu choisir, ce qui égare un peu le spectateur

 

Ces restrictions faites, le film est inventif et touchant, les acteurs complètement crédibles, les situations souvent piquantes car on a tous quelque chose de Marina et de Victor en nous Cest là ou le film tape juste, avec la part de misère affective, morale, sexuelle en chacun prenant du relief sur le fond dune société de consommation qui vend du rêve avec des lessives.

 

 

Ecrit sur CinéManiaC/Allociné/Semaine de la critique 2007/ le 10/06/2007…. 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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